Emmanuel Langlois
7 février 2020

Hélène Farnaud-Defromont: « La Belgique, c'est le laboratoire de l'Europe »

La nouvelle ambassadrice de France en Belgique, Hélène Farnaud-Defromont, a accordé une interview au Journal des Français à l'étranger. Nommée à Bruxelles en juillet dernier après un début de carrière au ministère des Affaires étrangères et à l'AEFE, cette diplomate originaire du département voisin du Nord savoure ce poste d'observation unique de la relation entre les deux pays. 

C’est votre premier poste comme ambassadrice, pouviez-vous rêver mieux que Bruxelles? 

Hélène Farnaud-Defromont : La Belgique était mon vœu numéro 1 et je suis ravie d’avoir été nommée à Bruxelles car je souhaitais être en poste dans un pays de l’Union européenne sans pour autant être dans « la bulle » européenne. L’ambassade bilatérale est un formidable point d’appui pour suivre de près les évolutions de la Belgique, que l’on qualifie souvent de « laboratoire de l’Europe ». La relation franco-belge est très dense dans tous les secteurs : politique, économique, culturelle, en matière de défense et de sécurité… À titre personnel, je suis également très contente d’être en poste en Belgique car cela me rapproche de mes racines familiales nordistes et j’éprouve un grand attachement pour ce pays.

Dans quels domaines les relations entre la Belgique et la France ont-elles le plus de réalité ?

H.F-D : Nos deux pays sont traditionnellement très proches. La France et la Belgique sont tous deux membres fondateurs de l’Union européenne, alliés au sein de l’Otan. Nous partageons de longue date une vision commune sur les questions européennes et internationales. Nous partageons par ailleurs une frontière longue de 620 kilomètres et les interactions sont permanentes et quotidiennes. La coopération transfrontalière est très riche, ce sont des sujets très concrets qui touchent la vie des gens dans les domaines de l’emploi, des transports, de la santé ou de l’environnement. Dans le domaine économique aussi, nos deux pays sont des partenaires commerciaux de premier plan, les investissements croisés sont élevés. Enfin, la francophonie nous unit. La France et la Belgique ont en partage la langue française et travaillent conjointement à promouvoir notre langue en Belgique et au sein des institutions internationales.

La Belgique est un pays à part, d’abord parce que c’est un royaume divisé en trois parties, ensuite parce qu’il abrite une des capitales de l’Europe. Cela se ressent-il ?

H.F-D : Bien que nous soyons très proches historiquement et géographiquement, la Belgique reste un pays étranger pour un Français(e) parce que l’organisation institutionnelle et administrative, la déconcentration des compétences et les débats internes sur les questions linguistiques ou de modèle de société sont différents de la France. Mais la Belgique est un pays profondément européen et les Belges ne remettent pas en question ce que l’Europe leur apporte, d’autant plus que Bruxelles, la capitale fédérale, est le siège de nombreuses institutions européennes et internationales. C’est une ville très cosmopolite. Elle est, après Washington, la deuxième ville d’accueil en nombre de diplomates et de fonctionnaires internationaux du monde entier. Deux mille Français travaillent au sein des institutions européennes à Bruxelles.

Comme ancienne directrice de l’AEFE, aurez-vous un regard particulier sur le volet enseignement dans la collaboration France-Belgique ? 

H.F-D : Oui, absolument ! Nous avons deux lycées français en Belgique. Le lycée Jean-Monnet à Uccle est l’une des têtes de pont du réseau de l’enseignement français à l’étranger. Il accueille près de 3 000 élèves et obtient d’excellents résultats aux examens. Nous avons également un lycée français international à Anvers qui est un établissement en pleine dynamique de croissance, parfaitement implanté dans le paysage anversois. Sur les questions éducatives, la Belgique a son histoire, ses enjeux, mais nous partageons des réflexions communes, sur l’âge de la scolarité obligatoire ou sur les moyens de lutter contre le décrochage scolaire par exemple. La question de la scolarisation des enfants de migrants est également un point d’attention en France comme en Belgique car elle est un puissant facteur d’accueil et d’intégration des enfants et de leurs familles.

L’été dernier, un tiers des ambassades a changé de locataire, mais cette vague de nominations se fait encore largement aux dépens des femmes. Vous faites figure d’exception. Qu’en pensez-vous ? 

H.F-D : Je n’ai pas du tout le sentiment d’être une intruse ou une exception ! Le nombre d’ambassadrices n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Depuis 2010, il y a eu autant de femmes nommées ambassadrices que durant les quarante années précédentes. Nous sommes actuellement 54 femmes ambassadrices de France à travers le monde. Ce chiffre est largement supérieur à la moyenne observée dans les autres grandes diplomaties. Dans le cadre de mes fonctions précédentes de directrice générale de l’administration du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, j’ai contribué à la mise en œuvre d’une politique de gestion des ressources humaines qui avait pour ambition de promouvoir l’égalité femmes/hommes et de favoriser l’accession des femmes aux plus hautes fonctions au ministère. C’est un processus de longue haleine, mais il est pleinement engagé.

share Partager

Actualités politiques

Sénatoriales 2026, Français de l’étranger: quatre sortants réélus, LFI échoue à trois voix

Douze listes, six sièges, 524 suffrages exprimés. Dimanche 27 septembre, les grands électeurs des Français de l’étranger ont reconduit l’équilibre politique sortant au Sénat : ASFE, écologistes, socialistes, centristes, LR et Renaissance conservent chacun leur siège. Mais derrière cette apparente stabilité, le scrutin s’est joué à une poignée de voix, et La France insoumise est passée tout près d’une percée historique.

Actualités politiques

Sénatoriales 2026 : six sièges représentant les Français de l’étranger en jeu et une bataille à couteaux tirés

Dimanche 27 septembre, six sénateurs représentant les Français établis hors de France remettront leur siège en jeu. Un scrutin sans scrutin direct, mais où chaque voix compte : 533 grands électeurs (433 conseillers des Français de l’étranger, 77 délégués consulaires, les 11 députés et les 12 sénateurs représentant les Français établis hors de France) et une multitude de listes. Derrière cette élection feutrée se joue une recomposition politique de la représentation des Français de l’étranger.

Actualités politiques

Sénatoriales 2026 : les élections consulaires redessinent les équilibres de la rentrée

Deux semaines après le vote des Français de l'étranger en mai 2026, les états-majors politiques ont le regard rivé sur la fin de l'été. Si ces élections consulaires n'ont mobilisé qu'une faible partie du corps électoral, avec une participation qui s'établit à 13,98 % (soit 234 463 votants pour 1,7 million d'inscrits), leur portée dépasse de loin le simple cadre local. En renouvelant les conseillers et les délégués à travers le monde, ce scrutin a dessiné la composition du collège des grands électeurs. Ce sont eux qui désigneront, en septembre prochain, six des douze sénateurs des non-résidents.

Actualités politiques

Droit au compte : pourquoi le sujet fait-il (encore) l’actualité ?

Une proposition de loi visant le renforcement du droit au compte pour les Français de l’étranger a été retoquée par les sénateurs en mai. Le sujet concerne pourtant beaucoup d’entre nous. On fait le tour de la question.

Actualités politiques

Élections consulaires : en Asie-Pacifique, des élus face à l'éclatement d'une expatriation devenue nomade

À l’approche du scrutin consulaire, les communautés françaises installées en Asie du Sud-Est et en Océanie révèlent les nouvelles réalités de l’éloignement. Essor des visas temporaires, profils indépendants et dispersion hors des capitales économiques obligent les conseillers des Français de l’étranger à composer avec une population parfois de passage, souvent déconnectée des canaux officiels. À l’autre bout du monde, le défi des élus est de maintenir un maillage humain là où la distance physique et l'isolement guettent les ressortissants.