Nora Litoussi
22 avril 2021

Les nouveaux Français de l’étranger : Frantz Champin : « Vivre en Afrique de l’ouest, c’est un autre monde »

Installé au Sénégal depuis 2004, Frantz Champin est conseiller immobilier. A travers son groupe Facebook, sa chaine YouTube et ses engagements politiques, le Français s’implique vivement pour la communauté de ses compatriotes établis au Sénégal

C’est en octobre 2004 que Frantz Champin décide de poser bagage à Saly Portugal, station balnéaire située à 80 km au nord de Dakar au Sénégal. Son objectif : partir vivre ailleurs et revenir en France pour les vacances. Ce n’est pas la première fois qu’il quitte la France métropolitaine. En 1992, après avoir effectué son service militaire, le jeune Français alors âgé de 20 ans s’était installé en Nouvelle-Calédonie pendant deux ans et a par la suite enchaîné les allers-retours entre la France et Cuba. « Je suis toujours parti en électron libre. Je me suis toujours déplacé aux quatre coins du monde sans contrat de travail, en me débrouillant par moi-même » raconte-t-il.

Ce qui l’a conduit à tout quitté pour le Sénégal, c’est un mélange d’aventure et de raisons idéologiques. « Très jeune, je me suis rendu compte que le système quon nous proposait en Europe : travailler, cotiser pendant 40 ans pour espérer une hypothétique retraite. Je narrivais pas à me projeter dans ce schéma. Donc très jeune, jai voulu partir, et je savais que mon avenir passait par l’étranger » raconte Frantz Champin.

Pas de double nationalité

Une fois arrivé au Sénégal, il tente de monter une entreprise dans la réparation de climatisation et d’électroménager. Au bout de trois ans, il prend conscience que cet objectif professionnel est plus difficile à mettre en place que ce qu’il imaginait. Et pour cause, trouver et changer des pièces détachées au Sénégal n’est pas une affaire facile. Le Français se réoriente donc dans le suivi technique des maisons. Il passe ainsi de réparateur à vendeur pour aujourd’hui être installé à son compte en tant que conseiller dans l’immobilier.

Malgré ses 17 ans passés au Sénégal, Frantz Champin ne veut pas de la double nationalité sénégalaise, et ce, pour diverses raisons : « Il faut savoir quen optant pour la double nationalité, vous n’êtes plus sous la protection consulaire de la France. Vous devenez un ressortissant de votre pays daccueil. Cest pour cela que je souhaite rester Français. Je tiens à garder des racines avec mon pays. Cest important, ça fait partie de mon raisonnement philosophique : être loin, certes, mais toujours rester attaché à son pays et ses racines » explique-t-il.

Une communauté sans grande cohésion

En effet, Frantz Champin est resté proche de la France, notamment de la communauté française du Sénégal, une des plus importantes de l’Afrique de l’Ouest. « La communauté française du Sénégal est assez diversifiée. Il existe quelques associations, mais je ne dirais pas quil y a un sens réel de la communauté. On ne ressent pas une grosse cohésion, doù mon engagement politique. Jessaie justement de nouer des liens au sein de la communauté, de donner de la communication, de linformation et de l’échange à travers ma chaîne YouTube et le groupe Facebook qui regroupe plusieurs milliers de personnes. Nous essayons de nous donner des informations et puis, cela permet de créer une petite ossature. Mon but, cest darriver à créer de l’échange et de linformation au sein de la communauté française. » Frantz Champin est en effet candidat aux élections consulaires, tête de liste d’un mouvement citoyen rattaché à la CISE ( confédération internationale solidaire et écologique ).

Bien que présent pour la communauté française, Frantz Champin reste aussi à l’écoute de la population locale. Une problématique l’a notamment interpelé : l’image de la France en Afrique. Il témoigne : « Je trouve que limage de la France sest dégradée en Afrique francophone, et ce, pour beaucoup de raisons. Je pense quil faut quen tant que Français, nous nous remettions en question dans nos rapports avec lAfrique. Cest important et même capital. Si nous ne le faisons pas, nous allons créer une distance qui va sinstaller de plus en plus entre la France et ses anciennes colonies. Il faut encourager le rapprochement entre la France et la jeunesse africaine en particulier, car il y a une distance, une colère voire une haine pour certains contre la France. La France devra absolument à court ou moyen terme, révolutionner sa politique africaine. Cest indispensable et incontournable et cest un de mes combats avec ma liste citoyenne. »

 

Autre combat du candidat, la notion « d’immigré ». « Souvent, jentends le terme d’« expatrié français » mais très peu utilise « immigré » par honte ou car ils nosent pas et je me bats contre ça à mon échelle. Si on veut combattre les mots, il faut savoir utiliser les termes. En France nous cataloguons les étrangers qui vivent sur notre sol comme des immigrés alors que quand nous vivons nous-même sur un sol étranger on se considère comme des expatriés, ce nest pas normal. Je ne me définis pas comme un expatrié, mais comme un immigré français qui vit au Sénégal et respecte ses us et coutumes » explique le candidat.

 

En prenant du recul sur son expérience de Française à l’étranger, Frantz prend conscience de la richesse humaine qu’elle lui aura apportée. « Entre le Frantz que j’étais il y a 17 ans et celui de maintenant, il y a une grande différence. LAfrique ma appris la débrouillardise, ladaptabilité et le lâcher prise » conclue le Français.

 

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