Leena Lecointre
3 février 2023

AFE : Vers une « refondation complète des dispositifs d’affaires sociales pour les Français de l’étranger » ?

Entretien avec Florian Bohème président de la commission des affaires sociales, de l’emploi et des anciens combattants à l’Assemblée des Français de l’étranger.

Français à l’étranger : Quels sont les grands enjeux de votre commission ?

Florian Bohème : Les affaires sociales concernent toutes les aides sociales pour nos compatriotes du monde entier. Le grand volet de cette mandature c’est de travailler sur l’accès aux services publics sur le volet des affaires sociales. Certains Français bénéficient d’aides parce qu’ils sont en difficulté, or dans certains pays ils ne les percevront pas en janvier et en février. Pourquoi ? Parce qu’il y a un rééquilibrage budgétaire : elles sont suspendues deux mois dans l’année et redistribuées en mars. Il faut pouvoir harmoniser ces pratiques et s’assurer qu’il n’y ait pas de rupture des aides sociales. Nous devons convaincre le Quai d’Orsay que les pratiques doivent évoluer. Le budget même des affaires sociales n’est pas suffisant. Il y aura un million d’euros en plus pour 2023, mais avec la crise sur l’inflation et sur la parité monétaire, ce million d’euro va partir pour payer les taux de change et l’inflation. Je plaide pour une refondation complète des dispositifs d’affaires sociales pour les Français de l’étranger, qui ne sont pas réalistes par rapport à ce qu’ils vivent dans leur pays.

Français à l’étranger : Quels ont été les sujets abordés lors de la dernière session plénière d’octobre 2022 ?

Florian Bohème : Nous avons travaillé sur les questions d’emploi et de formation : là non plus, le dispositif n’est pas suffisant. Seuls 20 Français à l’étranger – sur 3,5 millions – ont fait une demande de formation professionnelle : c’est ridicule. Pour suivre une formation reconnue et subventionnée, il faut que ces personnes rentrent en France. Ça engendre des frais incroyables, alors que l’argent serait beaucoup mieux utilisé s’ils pouvaient obtenir des dispositifs de formation en ligne et des aides dans leur pays de résidence. Nous avons aussi travaillé sur le sujet de la fin de vie, pour intégrer les Français de l’étranger dans ce grand débat national. Ça nous a été refusé, mais je souhaite faire évoluer la loi pour que nous soyons systématiquement intégrés aux grandes consultations nationales, parce que je suis sûr nous pourrions apporter une expertise développée dans nos pays de résidence. Nous voudrions aussi être associés complètement au sujet sur la réforme des retraites. Il y a en effet une discrimination lorsque l’on fait sa carrière à l’étranger, avec tout un système de pénalités.

Français à l’étranger : Quelle est la feuille de route pour la prochaine session ?

Florian Bohème : Nous allons continuer de travailler sur la question du droit des femmes et des violences conjugales. Nous avons déjà abordé le sujet en octobre et allons le poursuivre tout au long du mandat. Le rapport annuel du gouvernement – qui se base sur le nombre de personnes qui ont demandé un accompagnement dans un consulat – recense 235 cas de violences sur des femmes signalés par an : ce n’est pas possible, c’est très en dessous de la réalité. Il faut faire du bruit sur ces questions, dire que les femmes françaises victimes de violences à l’étranger sont probablement encore plus en difficulté que les femmes françaises sur le territoire national. La protection consulaire doit être une priorité, il faut s’assurer que l’assistance des Français en danger soit bien effective. Il faudrait améliorer le dispositif juridique, faire en sorte que les femmes françaises victimes de violence puissent déposer plainte en France. Même à 10 000 km de Paris, il faut qu’on ait les outils juridiques pour déposer plainte en ligne, être en contact avec des magistrats. Ce n’est pas très compliqué, ça devrait être possible.

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