Morgane Guillou
4 mai 2026

Dix ans après le vote du Brexit, le grand rapprochement ?

Ni rupture nette, ni retour triomphal : dix ans après le vote du 23 juin 2016, le Royaume-Uni et l'Union européenne explorent un pragmatisme prudent. Entre rapprochement économique, coopération défensive et opinion publique qui évolue, certains rêvent de « Brentry »…

Cet article fait partie du dossier Vivre au Royaume-Uni, dix ans après le Brexit. Téléchargez l’intégralité de ce dossier au format PDF : Guide gratuit à télécharger : Vivre au Royaume-Uni, dix ans après le Brexit. : 1/14

La politique du portefeuille

Selon Philippe Marlière, politologue et professeur en politiques française et européenne à l’University College London (UCL), le premier point de rapprochement avec l’UE se fera sur le plan économique, alors que le Royaume-Uni est de plus en plus confronté à des crises internes et externes affectant son économie, dont la croissance reste faible.

Le pays pourrait tout particulièrement chercher à remettre un pied dans le libre-échange européen en se basant sur des modèles d’intégration économique sans adhésion complète, comme celui de la Suisse, qui dispose d’un accès au marché intérieur européen par le biais d’accords et d’un alignement dynamique en matière de réglementation dans certains secteurs. Ce modèle intéresserait tout particulièrement le leader britannique et son gouvernement : Downing Street a déjà pour projet de faire voter une loi proposant de s’aligner aux règles du marché européen dictées par Bruxelles, sans nécessiter par la suite d’autres votes parlementaires.

Il convient également de rappeler que les accords commerciaux post-Brexit conclus avec l’Australie ou dans le cadre du CPTPP n’ont pas comblé le vide laissé par la perte d’accès au marché unique européen — ce qui renforce l’attrait du modèle suisse aux yeux de Londres.

Projets et risques

« La réadmission économique peut se faire par paliers, c’est-à-dire revenir en étant comme d’autres pays européens qui ne sont pas membres de l’UE mais qui font partie de la zone économique européenne, autrement dit bénéficier dans certains domaines de certains droits », confirme Philippe Marlière.

Un projet sur lequel Keir Starmer se montre ces jours-ci « particulièrement ambitieux », comme l’a fait remarquer Iain Begg, professeur et chercheur associé à la London School of Economics (LSE), du fait que le Brexit a laissé un goût amer dans la bouche des Britanniques et que les échanges entre le Royaume-Uni et les États-Unis ne sont pas au beau fixe. Mais ce projet d’une réintégration, même partielle, au marché européen lui paraît compliqué, notamment en raison des sentiments mitigés de l’UE vis-à-vis du modèle suisse et de l’approche envisagée par le Premier ministre, qui donnerait une arme supplémentaire à ses opposants pro-Brexit, comme Reform UK, en vue des prochaines élections.

L’imprévisibilité américaine

La défense pourrait être un autre point de rapprochement, alors que les conflits internationaux se multiplient et que le Royaume-Uni peine à préserver sa « special relationship » avec l’Amérique de Donald Trump, dans un contexte marqué par l’imprévisibilité trumpienne et les critiques du président américain à l’égard de ses ennemis comme de ses alliés.

En outre, le départ du Royaume-Uni de l’UE a sans doute provoqué le « recul du début d’une défense européenne », comme le note Philippe Marlière. Toutefois, le pays a signé l’an dernier un partenariat de sécurité et de défense avec l’UE. Il est aussi déjà « totalement associé aux négociations et réunions de crise » sur d’éventuelles menaces sécuritaires touchant l’Europe, comme on l’a vu après le début de l’invasion russe de l’Ukraine en 2022.

D’autre part, le Royaume-Uni bénéficie d’une « unité de défense » plus large, celle de l’OTAN, « dans laquelle on retrouve déjà une grande partie des Européens » et qui rend moins urgente toute notion de défense européenne. Toutefois, dans l’éventualité d’un départ des États-Unis de l’OTAN, comme l’a plusieurs fois évoqué Donald Trump, Iain Begg considère que la question d’un « OTAN européen » pourrait se poser. « Cela va rapprocher le Royaume-Uni de l’Union européenne », estime-t-il, même si « l’UE n’est pas une organisation de défense » pour le moment.

Un retour dans le bloc encore envisageable ?

S’il y a une éventualité qui semble pour l’instant désuète, c’est celle d’un retour du Royaume-Uni dans l’UE dans un avenir proche, même si un sondage récent — dont la source mériterait d’être précisée — a révélé que 63 % des Britanniques voteraient aujourd’hui pour un « rejoin ». Mais pour le moment, le Premier ministre s’intéresse plutôt à un « rapprochement en douceur », comme le précise Philippe Marlière.

« Il faudra différents gouvernements, de gauche et de droite, qui démontreront qu’effectivement, persister dans cet état, dans cette situation est tout à fait préjudiciable à l’économie britannique », analyse-t-il.

À ce moment-là, l’UE se montrera certainement plus exigeante sur ses conditions pour sceller une adhésion plus pérenne que la précédente, excluant par exemple toute forme de cherry-picking, ou d’exceptions dont bénéficiait autrefois le Royaume-Uni par rapport aux autres pays membres du bloc. « Mais avant d’en venir là, il faudra aussi voir l’état de l’Union européenne », prévient Philippe Marlière, alors que « beaucoup d’années » devraient s’écouler avant que l’éventualité d’un « Brentry » ne soit véritablement considérée.

> Dates clés

  • 23 juin 2016 — Vote du Brexit : 51,9 % des Britanniques votent pour quitter l’UE.
  • 29 mars 2017 — Déclenchement de l’article 50 : début officiel des négociations de sortie.
  • 31 janvier 2020 — Sortie effective du Royaume-Uni de l’Union européenne.
  • 31 décembre 2020 — Fin de la période de transition ; le Royaume-Uni quitte le marché unique et l’union douanière.
  • Juillet 2024 — Victoire des Travaillistes aux élections générales ; Keir Starmer Premier ministre.
  • 2025 — Signature d’un partenariat de sécurité et de défense entre le Royaume-Uni et l’UE.
  • 2027 — Retour annoncé du Royaume-Uni dans le programme européen Erasmus+.
Dossier Royaume-Uni - Mai 2026

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