Leslie Fauvel
4 septembre 2020

"Eviter les manifestations", le conseil de l'ambassade aux Français de Biélorussie

La petite communauté française installée en Biélorussie est plongée, comme le reste des habitants du pays, en pleine révolution des pantoufles. Paris leur recommande de faire profil bas.

> Qui sont les Français de Biélorussie ?

La communauté française en Biélorussie ne compte que près de 220 inscrits dans les registres consulaires, dont un tiers de mineurs. Les majeurs sont essentiellement des retraités ou des entrepreneurs indépendants – dans des secteurs d’activité variés -, souvent établis localement avec un conjoint biélorusse. Quelques étudiants et artistes comptent aussi parmi les ressortissants français installés dans le pays. Pour André Benchtein, le consul de France à Minsk, le soulèvement populaire qui a démarré en juin et s’est intensifié depuis août contre le maintien au pouvoir d’Alexandre Loukachenko, les Français de Biélorussie s’adaptent à la situation actuelle: “ils sont familiers du pays et prennent les précautions d’usage. Au vu du contexte politique actuel, l’Ambassade recommande aux ressortissants français d’éviter les rassemblements et manifestations et d’éviter de provoquer les forces de l’ordre. Aucun membre de la communauté française n’a rencontré de problème à ce stade.”

> Rupture des relations diplomatiques

La répression des manifestations par le régime d’Alexandre Loukachenko, accusé d’avoir volé l’élection présidentielle du 9 août après déjà 26 ans au pouvoir, a conduit l’Union européenne (UE) à adopter des sanctions individuelles à l’encontre de cadres de l’Etat biélorusse. Les ambassadeurs des pays membres de l’UE, laquelle ne reconnaît pas la réélection du leader biélorusse, se sont même réunis à Minsk pour déposer des fleurs et honorer la mémoire d’un manifestant mort sous les coups des forces de l’ordre le 10 août. Le Conseil européen a déclaré le 19 août soutenir le mouvement populaire contre la dictature de Loukachenko: “Les citoyens de Biélorussie ont le droit de décider de leur avenir. Les membres du Conseil européen expriment clairement leur solidarité avec les citoyens de Biélorussie dans leur volonté d’exercer leurs droits démocratiques fondamentaux. La violence doit être évitée et toutes les personnes détenues illégalement doivent être libérées immédiatement et sans condition. Les progrès accomplis ces dernières années dans les relations entre l’UE et la Biélorussie sont menacés. Toute nouvelle dégradation de la situation affectera nos relations et aura des conséquences négatives. Nous invitons les autorités biélorusses à trouver un moyen de sortir de la crise en mettant fin à la violence, en apaisant les tensions et en engageant un dialogue national.”

Le député français Christophe Lejeune (LREM), président du groupe d’amitié France-Biélorussie et dont l’épouse est Biélorusse, n’a plus aucun contact avec ses homologues biélorusses: “il n’y a plus un seul député d’opposition en Biélorussie, alors que dans l’ancienne mandature il y en avait une. Tout le système est verrouillé par Loukachenko. J’ai du mal à avoir des contacts avec des personnes qui représentent un pouvoir décrié dans son propre pays et où les opposants sont embastillés.”

> Presse muselée et propagande d’Etat

Le 30 août, le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a dénoncé les atteintes à la liberté de la presse en Biélorussie: “Les mesures arbitraires prises par les autorités biélorusses à l’encontre de journalistes sont contraires à la liberté de la presse. Je les condamne. J’appelle les autorités biélorusses à revenir sans délai sur ces mesures.” En effet, des représentants de la presse étatique ont investi les rédactions des chaînes télévisées du pays pour que soit diffusée de manière quasi continue la propagande du régime. Pour le député français Christophe Lejeune, la situation est sans précédent: “Tous les quarts d’heure, les programmes télévisés sont entrecoupés d’annonces qui disent que l’OTAN est aux portes de la Biélorussie, prêt à bombarder le pays. On montre des images de Syrie, d’Irak, de Libye, en disant que c’est ce qui attend le pays si les manifestations continuent. On joue sur la peur et le mensonge d’Etat. Loukachenko parade tous les dimanches Kalachnikov à la main. Les journalistes ont été virés, c’est une inquiétude. Qui va donner une image objective? Les manifestants sont complètement pacifistes, tout ce qu’ils veulent ce sont des élections libres et démocratiques où les candidats peuvent débattre entre eux, avec un scrutin transparent qui soit respecté. L’inquiétude est très forte.”

Dès le 1er septembre, le régime d’Alexandre Loukachenko a réquisitionné 140 000 hommes âgés de 25 à 40 ans qui sont envoyés aux frontières du pays pour augmenter les effectifs militaires déjà sur place. “Ces hommes mobilisés sont des manifestants potentiels en moins, qu’on va rééduquer pendant leur séjour à l’armée. Cela va servir à galvaniser la propagande nationale”, note Christophe Lejeune.

> Crise économique

Pour le consul de France à Minsk, André Benchtein, “les difficultés économiques nées de la crise du Covid-19 ont eu un impact plus important que celles liées à la crise politique, qui sont pour l’instant limitées.” Pourtant, selon la propagande étatique, le nouveau coronavirus n’a pas pénétré les frontières du pays, resté indemne de la pandémie. Aussi, les frontières du pays sont toujours restées ouvertes. Néanmoins, l’Union européenne n’accepte sur son sol que les Biélorusses détenant un contrat de travail dans un pays de l’UE.

En attendant, le rouble biélorusse poursuit sa dévaluation, le pouvoir d’achat des habitants du pays a chuté, il est impossible de changer des roubles pour plus de 100 euros ou dollars… De janvier à juin 2020, le PIB a perdu 1,7% par rapport à la même période en 2019. L’économie du pays est entièrement dépendante de son voisin russe. Alors que le président russe Vladimir Poutine brandit la menace d’une intervention de ses troupes pour venir en aide à son allié Loukachenko, la situation ne pourra s’améliorer que par une entente entre Moscou et Bruxelles, selon Christophe Lejeune: “La Biélorussie c’est l’Europe. Il faut que l’Union européenne et Moscou s’entendent, ils doivent se parler, la solution leur appartient. Les Biélorusses ne veulent ni intégrer l’UE ni devenir Russes. Ils veulent être Biélorusses.”

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