Frédéric Lassaigne
2 juin 2026

Erasmus+ victime de son succès

Le nombre de stages financés par l’agence européenne basée à Bordeaux a été multiplié par trois ces dernières années. Mais faute de budget, Erasmus+ n’a pu financer l’an dernier qu'à peine plus de la moitié de ces demandes. Et le retour prochain du Royaume-Uni ne risque pas de faire baisser cet engouement.

Larguez les amarres ! Les étudiants et les jeunes actifs français ont soif d’aventure. Depuis 2022, deux ans après la crise Covid, la demande ne cesse de croître de façon exponentielle. « On n’arrive tout simplement plus à satisfaire la demande de mobilité des jeunes », explique à franceinfo Nelly Fesseau, la directrice d’Erasmus+ France.

Lors du dernier appel à projets, l’agence a ainsi reçu 4 653 dossiers de candidatures, alors que le budget disponible s’élevait à 422,7 millions d’euros, soit une demande ne pouvant être satisfaite qu’à hauteur de 57 %. Les étudiants et jeunes actifs français en quête de formation ont été 200 000 à bénéficier du programme en 2025, portant à plus de 2 millions le nombre total de bénéficiaires depuis l’origine du programme en 1987 (sur 16,5 millions à l’échelle européenne).

Au-delà de la découverte d’une nouvelle culture, d’une nouvelle langue et d’un nouveau pays, ces mobilités financées par Erasmus+ (qui fêtera l’an prochain ses quarante ans, ndlr) permettent aux jeunes une insertion plus rapide sur le marché de l’emploi, que ce soit en France ou à l’étranger, de l’ordre de trois à quatre mois contre cinq à six mois pour ceux qui n’ont pas bénéficié de cette mobilité.

Ces stages à l’étranger permettent aussi aux jeunes de décrocher un meilleur salaire, de l’ordre de 3 à 400 euros bruts supplémentaires de plus.

Décrocher un meilleur salaire

« Erasmus+ n’est pas qu’un voyage : c’est une arme pour un accès durable à l’emploi et un accélérateur de confiance, affirmait récemment lors d’une table ronde Sabrina Roubache, ministre déléguée chargée de l’Enseignement, de la Formation professionnelle et de l’Apprentissage. En donnant à chaque jeune, quel que soit son point de départ, les clés de l’Europe, nous construisons une France des compétences, plus juste et plus forte. »

D’une durée d’un mois en moyenne pour la voie professionnelle, trois mois pour l’enseignement supérieur, ces stages permettent aussi aux jeunes de décrocher un meilleur salaire, de l’ordre de 3 à 400 euros bruts supplémentaires de plus que ceux qui n’ont pas eu recours à Erasmus+. Leurs capacités d’adaptation, d’autonomie et d’ouverture sont particulièrement recherchées dans un marché du travail en pleine transformation.

Au-delà des mobilités individuelles, Erasmus+ joue également un rôle central dans le développement de coopérations entre établissements, centres de formation, entreprises et acteurs publics. Le programme va dans le sens de la stratégie européenne « Union des compétences » dans des secteurs stratégiques comme les énergies renouvelables, la santé, le numérique ou encore l’industrie.

Erasmus+ joue également un rôle central dans le développement de coopérations entre établissements, centres de formation, entreprises et acteurs publics.

Le retour du Royaume-Uni

Fort de ces résultats, Erasmus+ appelle à une hausse de ses financements pour accorder encore davantage de stages. « Si on veut répondre à l’ensemble de la demande, il faut doubler le budget, plaide Mme Feysseau. Si on le rapporte à un budget national, c’est trois fois rien, et ce n’est que 2% du budget total de l’Union européenne. » Il lui faudra sans doute beaucoup d’énergie pour convaincre les instances financières de l’UE à une période où la chasse aux économies est devenue une priorité dans tous les pays.

Le succès d’Erasmus+ n’est sans doute pas prêt de se démentir. Au 1er janvier prochain, le Royaume-Uni réintégrera en effet le programme européen d’échanges universitaires après l’avoir quitté il y a six ans après le Brexit et sa sortie de l’UE. Le gouvernement travailliste britannique affirme ainsi que plus de 100 000 personnes devraient en bénéficier dès la première année.

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