Leslie Fauvel
7 décembre 2020

Tout savoir sur la garantie d'Etat AFD/Proparco dédiée au secteur privé africain

La garantie d'Etat de 160 millions d'euros accordée par l'Etat à destination des entrepreneurs d'Afrique sera bel et bien mise en place d'ici la fin de l'année. Pour Français à l'étranger, Grégory Clemente, le directeur général de Proparco, décrit son fonctionnement.

En juillet, le projet de loi de finances rectificative actait que l’AFD pourrait bénéficier d’une garantie d’Etat de 160 millions d’euros pour venir en aide, via sa filiale Proparco, au secteur privé africain. Alors que les entrepreneurs d’Afrique attendent toujours sa mise en place, Grégory Clemente, le directeur général de Proparco, répond à nos questions. 

Français à l’étranger: Quand cette garantie d’Etat sera-t-elle effective  ? 

Grégory Clemente: Dès cette adoption dans le projet de loi de finances rectificative en juillet, nous nous sommes mis en ordre de marche pour travailler avec les administrations et notamment le ministère des finances et le ministère des affaires étrangères. D’abord, nous avons du attendre l’arrêté ministériel qui a été finalement été publié le 17 novembre, ce qui nous a permis de signer une convention avec l’Etat dès le lendemain, le 18 novembre. En parallèle, nous avons travaillé avec des réseaux bancaires présents en Afrique, notamment nos partenaires historiques. L’objectif est de nouer des partenariats avec les banques locales pour déployer les différents instruments qui font partie de la réponse que la France, via le groupe AFD, a décidé d’apporter au regard de cette crise économique qui frappe les acteurs économiques africains et parmi eux les intérêts des Français de l’étranger. Nous allons déployer la solution au cours du mois de décembre. 

Sous quelles formes cette garantie d’Etat sera-t-elle déployée  ? 

Pour répondre aux besoins urgents des PME, le Groupe AFD, dont nous sommes la filiale secteur privé, vient de mobiliser 1 milliard d’euros supplémentaire dans le cadre de l’initiative Choose Africa. Ce nouveau volet qui s’appelle “Choose Africa Résilience” a été rendu possible notamment grâce à une garantie de 160 millions d’euros de l’Etat français. Sur ces 160 millions d’euros, 100 millions seront utilisés pour offrir une garantie à 80 % à 125 millions d’euros de prêts qui vont être consentis par les banques locales en faveur de TPE ou de PME qui sont affectées par la crise. Ces prêts-là seront garantis à hauteur de 80% par Proparco. Les 60 millions d’euros de garanties restantes permettront de mener d’autres actions toujours en faveur des banques locales et des TPE/PME, par exemple à travers des institutions de microfinance pour toucher les toutes petites structures. 

Au final, sur les 160 millions d’euros que l’Etat nous confie, on va pouvoir déployer 245 millions d’euros au bénéfice d’entreprises africaines parmi lesquelles celles des Français de l’étranger. Car il y a un effet de levier entre la ressource que l’Etat nous confie, notre propre bilan et celui des banques locales  : une partie du risque s’adossera à notre bilan et une autre partie du risque s’adossera au bilan des banques locales. C’est cela qui nous permet d’avoir un volume encore plus important. 

Ce seront des prêts de 12 à 48 mois qui seront accordés et qui ne pourront pas dépasser 25% du chiffre d’affaires de 2019. On a jusqu’au 31 décembre 2021 pour utiliser cette garantie. Cela va s’ajouter à ce que nous faisons sur notre propre bilan: Proparco déploie environ 50% de son activité sur le continent africain, ce qui représentait plus d’un milliard d’euros en 2019. 

Quels sont les critères définis pour pouvoir bénéficier de ces prêts  ?

On a essayé de les établir en liens avec les réseaux bancaires. Il est important que l’on réussisse à aligner les intérêts de toutes les parties prenantes. 80% du risque va être pris par l’Etat, 20% pour le bilan des banques locales. Les critères sont les suivants  : seront éligibles seules les entreprises de moins de 200 salariés, il faut qu’elles démontrent avoir subi une perte de chiffre d’affaires de plus de 20% par rapport à l’exercice de 2019 et il faut qu’elles montrent qu’elle respectaient au 31 décembre 2019 des ratios financiers qui étaient solides. On veut aider les entreprises qui étaient en bonne santé avant la crise. Ce n’est pas un produit d’intervention structurel mais un produit d’intervention conjoncturel. Il faut que l’entreprise montre qu’elle était saine avant la crise et qu’elle subit durement les effets de cette crise. 

Quel sera le montant que les entreprises pourront demander  ? 

On estime que le montant moyen des prêts tournera autour de 50 000 euros. La limite est 25% du chiffre d’affaires de l’année précédente. Nous essayons d’apporter une réponse à la crise qui affecte le continent. Nous avons déjà déployé sur notre propre bilan 300 millions d’euros en faveur de banques locales pour qu’elles apportent des liquidités d’urgence dans la première vague de la crise. 

Quels pays sont concernés  ? 

Nous avons essayé de croiser plusieurs critères  : nous avons regardé si nous disposions de partenaires bancaires locaux à qui l’on pouvait confier le déploiement de cet instrument, nous voulions voir s’il y avait des mécanismes étatiques ou gouvernementaux qui ont été mis en place et qui auraient fait doublon avec le produit que nous proposons. Il s’avère que  les pays et géographies identifiés coïncident souvent avec  une présence importante de Français.

Pour l’instant nous allons travailler avec une dizaine de pays mais cette liste a vocation à s’allonger au gré de l’actualité mais aussi des partenaires bancaires que nous trouverons sur place. On démarre d’abord le déploiement dans les pays où nous avions déjà des accords avec des banques pour déployer le mécanisme “Ariz” qui existe depuis trois ans. Nous allons donc commencer  avec les régions d’Afrique de l’Ouest et Centrale dans des pays comme  la Côte d’Ivoire ou le Cameroun par exemple. 

Pourquoi seulement l’Afrique  ? 

La garantie qui a été voté par le parlement cet été ne porte que sur le continent africain, c’est peut-être lié au fait que même si tous les parlementaires des Français de l’étranger ont été très dynamiques, ceux de la circonscription “Afrique”  ont été entendus dès cet été. Historiquement, la plus grande partie des activités de l’AFD et de Proparco concerne l’Afrique. Techniquement, nous avons la possibilité de déployer ces produits sur l’Asie et l’Amérique latine même si nous avons moins de réseaux bancaires partenaires là-bas. Mais pour l’instant l’enveloppe disponible ne concerne que l’Afrique. L’Afrique est la priorité géographique du groupe AFD et du gouvernement français: il y a une forte concentration de la dépense publique sur l’Afrique.

Pourquoi cela a pris autant de temps à se mettre en place  ? 

L’arrêté ministériel n’a été voté que le 17 novembre et on ne pouvait donc pas signer de convention avec l’Etat avant. L’élaboration des critères a pris du temps également, de même que les accords avec les partenaires bancaires. Cela prend du temps de négocier ces modalités. On a essayé de faire vite, on a peut être perdu un peu de temps car le volet sanitaire était le plus urgent dans cette crise. 

Proparco et l’AFD prévoient-ils d’autres mesures visant à venir en aide au secteur privé à l’étranger?

Proparco travaille étroitement avec sa maison mère l’AFD, avec ses homologues européens, extra-européens, multilatéraux (IFC notamment) et de l’Union européenne (qui apporte plus de 100 millions d’euros sous forme de garanties), pour que les réponses apportées par les différentes institutions de financement du développement soient fortes, coordonnées et adaptées aux besoins du secteur privé.

De plus, lors du “Finance in Common Summit”, le 1er  Sommet mondial des banques publiques de développement, organisé à l’initiative du Groupe AFD et son directeur Général Rémy Rioux, nous avons fait un grand pas supplémentaire vers une parfaite coordination des réponses des bailleurs à cette crise avec un engagement d’une vingtaine d’entre eux à mobiliser 4 milliards de dollars d’ici à la fin 2021.

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