Weena Truscelli
13 avril 2021

Billet : une étude à prendre avec des pincettes

Français à l'étranger a relayé hier l'étude produite par la Banque transatlantique sur les expatriés. Une enquête à lire avec prudence

Un tiers de nos compatriotes installés à l’étranger voudraient rentrer en France, selon cette enquête. Douteux, selon nous. Nous contestons en effet tout d’abord l’échantillonnage sur laquelle est elle basée, constitué par l’Union des Français de l’étranger (UFE).

D’une façon surprenante, le fichier utilisé par l’UFE est passé de 200.000 personnes en 2020 à 300.000 en 2021. Ce fichier a été constitué par l’utilisation illégale des listes électorales à des fins commerciales car l’UFE a été rémunéré par la Banque Transatlantique…
Cet usage pourra être puni d’une amende de 15.000 € (article L1132 du code électoral) quand la CNIL et le ministère de l’Europe et des affaires étrangères se saisiront de ce dossier.
Selon le communiqué de presse publié par la Banque Transatlantique le 8 avril 2021, la banque prétend donner la parole aux 3,5 millions de Français établis hors de France (source INSEE)
En page 2 de leur note méthodologique, il est précisé: “dans cette synthèse, le terme ” EXPATRIÉS” est utilisé pour désigner les Français vivant à l’étranger”.

Aucune distinction n’est faite entre ceux qui résident en Europe et les autres.
Aucune mention n’est faite des 50% de binationauxdont malheureusement une partie vivent en dessous du seuil de pauvreté au Liban, à Madagascar ou au Cameroun, et ne sont jamais venus en France.
Aucune différenciation n’est opérée entre eux et les expatriés au sens traditionnel, envoyés par les entreprises et qui représentent moins de 10 % de nos compatriotes dans le monde, et un nombre en forte diminution.
On peut regretter le caractère très incomplet de cette étude qui aurait mérité davantage de rigueur méthodologique:
– l’échantillon n’est absolument pas représentatif de la population française de 18 ans et plus résidant à  l’étranger,
– il n’a pas été constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexes, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle et de pays de résidence

Autant de raisons qui nous conduisent à mettre en doute les résultats de ce baromètre qui ne nous semble pas refléter les aspirations de nos 3,5 millions de compatriotes résidant à l’étranger.

Jean-Pierre Pont
Directeur de la publication

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