Français à l'étranger
2 mars 2022

Enseignement français à l’étranger : les bons chiffres de l’AEFE

L’Agence qui coordonne le réseau des 552 lycées français à l’étranger renoue avec la croissance après deux années bouleversées par la pandémie de Covid-19. Le plan Macron, qui vise un doublement des effectifs d’élèves d’ici 2030, reste dans le viseur.

Agilité. C’est le mot qu’a appris et répété comme un mantra l’AEFE en deux ans de pandémie qui n’ont épargné aucun des 552 lycées français dans le monde. «Nous sortons de deux années particulièrement difficiles pour le réseau parce qu’il a été directement touché dès le mois de janvier 2020 par les effets de la crise sanitaire, se souvient Olivier Brochet, le directeur de l’AEFE, l’Agence sous tutelle du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères qui coordonne le réseau des établissements d’enseignement français à l’étranger. Cela nous a amenés dans un premier temps à la fermeture de tous les établissements, puis à leur réouverture progressive, avec des hauts, des bas, et en permanence des améliorations. Beaucoup de lycées ont dû s’adapter à des protocoles sanitaires très compliqués et à des situations hybrides. Cela a été particulièrement difficile et a conduit tous les établissements à installer des dispositifs pédagogiques qu’ils n’avaient jamais eu à mettre en place.» Enseignement hybride, cours uniquement à distance ou en présentiel avec gestes barrières, le travail de toutes les équipes pédagogiques sur le terrain a été dicté par l’évolution de la pandémie, pays par pays, avec un soutien très fort de l’AEFE pour remplir la mission pédagogique qui est la sienne et garantir que les élèves puissent, malgré toutes ces circonstances, être scolarisés même lorsqu’ils n’étaient pas présents dans les établissements. Signe d’un accompagnement réussis, tous les examens ont bien été organisés dans le réseau durant les deux dernières années et les élèves ont pu passer le baccalauréat et le brevet avec toujours d’excellents résultats.

Un fonds de 100 millions d’euros

Voilà pour le premier effet. «Le deuxième, poursuit M. Brochet, est économique et avec des effets directs sur beaucoup de lycées, car des familles se sont retrouvées en difficulté pour payer les droits de scolarité. Il y a eu également une baisse d’effectifs dans un certain nombre d’établissements, surtout à la rentrée scolaire 2020-2021.» La réponse de l’AEFE a été double : d’abord un soutien très fort de l’Agence au plan pédagogique pour aider les équipes à s’adapter, mais également à toutes les familles, non seulement françaises qui étaient déjà soutenues par le dispositif des bourses, mais aussi les familles étrangères en difficulté. Pour cela, l’État a mis à disposition de l’AEFE un fonds spécial de 100 millions d’euros voté à l’été 2020 dans le cadre de la loi de finances rectificative, et l’accès à des avances de France Trésor. «Toutes les familles ne sont pas éligibles, mais nous avons eu une augmentation du volume des bourses qui nous a permis de répondre à des demandes supplémentaires, explique M. Brochet. Les crédits que nous avons reçus nous ont permis aussi d’aider, sur la période de 2020-2021, les familles étrangères qui d’ordinaire ne sont pas admissibles aux bourses.»

Voies de la croissance

Le deuxième élément du bilan, dont se félicite sans doute le plus l’AEFE, c’est qu’aucun établissement n’a définitivement fermé. Le soutien apporté a permis de maintenir l’ensemble du réseau à flot. «Et le troisième point, poursuit Olivier Brochet, c’est que depuis la rentrée dernière, nous avons retrouvé une croissance nette des effectifs scolarisés. Nous sommes désormais à 380.000 élèves dans le réseau avec 2,2 % de croissance en septembre 2021.» L’augmentation a même été plus forte dans certaines régions comme l’Afrique subsaharienne, où la hausse des effectifs a atteint 9,5 %. Sur toute la zone Maghreb et Moyen-Orient, les taux de croissance oscillent entre 4 et 10 % selon les établissements. « Nous sommes dans une forme de convalescence du réseau qui se remet de la crise», confie M. Brochet. Chacun constate aussi que l’image de l’enseignement français à l’étranger n’a pas été affaiblie par la crise. «Bien au contraire ! se félicite-t-il, parce que notre capacité de réponse a finalement renforcé notre attractivité.» Et on le voit avec l’entrée d’établissements supplémentaires à la rentrée dernière. «La crise a été surmontée, certes difficilement, admet Olivier Brochet, mais nous nous sommes tous mobilisés pour affronter cette période très particulière. On en sort avec des bases qui restent solides et qui nous permettent de nous dédier complètement à notre plan de développement.»

Un défi de taille

Cette dynamique ne devra pas se démentir si l’AEFE veut atteindre l’objectif fixé en 2018 par Emmanuel Macron : un doublement des effectifs des élèves des lycées français d’ici 2030 ! Le défi est de taille. «Bien sûr, la crise marque un ralentissement de la croissance que nous souhaitions, reconnaît Olivier Brochet, mais si l’on compare les chiffres actuels à ceux de mars 2018, c’est à dire au moment où le chef de l’État s’était exprimé, nous comptons dans le réseau presque 60 établissements supplémentaires et les effectifs dans l’enseignement français à l’étranger ont augmenté de près de 40 000 élèves !» La hausse du nombre d’élèves passe d’abord par une aide apportée aux établissements déjà homologués pour leur permettre d’accueillir encore davantage d’élèves. «Quand un établissement se crée, il commence par l’ouverture d’une maternelle, détaille M. Brochet, elle est homologuée, puis le directeur ou la directrice va demander l’homologation du cycle 1, du cycle 2 et celle du cycle 3. Donc, il y a nécessairement un effet de croissance qui s’accélère année après année grâce à l’augmentation des effectifs des nouveaux établissements.» L’intégration de nouveaux établissements dans le réseau, c’est la mission du nouveau Service d’appui au développement du réseau (SADR) créé par l’AEFE en janvier 2019, un an tout juste avant la crise du Covid-19. «Ça a été la première réponse à la commande présidentielle avant même d’avoir eu connaissance du plan de développement annoncé ! se félicite Olivier Brochet. Nous nous sommes mis en ordre de marche.» Le SADR a aujourd’hui signé une soixantaine de conventions avec des porteurs de projets, que ce soit des comités de gestion parentaux ou des organismes qui investissent dans l’éducation. Ces candidats sont accompagnés avec l’objectif, dans les deux ou trois ans qui viennent, d’obtenir l’homologation du MENJS permettant de rejoindre le réseau. L’AEFE est saisie régulièrement de demandes d’accompagnement.

Renforcer la formation

Le deuxième levier de croissance est de donner les moyens à ces établissements de se développer en garantissant la qualité, et pour cela l’enjeu numéro un est celui des ressources humaines. « Les établissements doivent trouver des enseignants compétents sur les programmes français, avance M. Brochet. C’est un énorme chantier pour l’AEFE, qui consiste à renforcer son outil de formation continue des personnels. » Le ministre de l’Éducation nationale, de la jeunesse et des sports M. Jean-Michel Blanquer, s’est engagé à ce que sur la décennie 2020-2030, le nombre de détachés dans le réseau de l’enseignement français à l’étranger augmente de 1.000 titulaires, ce qui est très positif. Pour assurer la formation continue, en particulier des recrutés locaux, « nous avons créé les Instituts régionaux de formation le 1er janvier, et c’est maintenant complètement consolidé par la nouvelle loi votée à l’initiative de la sénatrice Samantha Cazebonne » explique Olivier Brochet. Un IRF a été ouvert dans chacune des seize zones du monde. Ils permettent de renforcer le dispositif de formation de l’AEFE en l’adaptant aux enjeux du plan de développement. « C’est une étape absolument essentielle pour la solidité de notre processus et sa crédibilité dans le temps, conclue Olivier Brochet. C’est relativement facile de construire des murs, mais c’est très compliqué de mettre des profs. El les écoles, ce sont des murs et des profs. »

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