Marlène Panara
8 juin 2022

Transition écologique : le paradoxe scandinave

Depuis près de trois décennies, et bien avant ses voisins européens, la Scandinavie promeut des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Les politiques nordiques en la matière, érigées en véritable modèle, sont-elles idéales ? Éléments de réponse.

Friluftsliv ! (« vie à l’air libre », en français). Ce concept scandinave, symbole des sociétés norvégiennes, suédoises et danoises, rend compte de l’attachement de ses habitants pour la nature, la recherche du bien-être dans les ressources naturelles et le fait de privilégier l’activité physique en extérieur plutôt qu’en intérieur. La finalité ? Atteindre un parfait équilibre entre vie professionnelle et vie privée grâce au lien entretenu avec la nature. Ce mode de vie scandinave, prisé des Français qui en font un critère de choix de leur expatriation, va de pair avec des politiques environnementales engagées il y a déjà plusieurs années par les pays concernés.

En Scandinavie, la part de la consommation finale d’énergie provenant de sources vertes – hydroélectrique, éolien, biomasse – est supérieure à la moyenne européenne. Elle s’élève à 35% en Suède et culmine à 48% en Norvège et au Danemark. De quoi rendre fier Ola Eslvestuen, ancien ministre norvégien du Climat et de l’Environnement, qui déclarait début 2019 : « Plus de 95% de notre électricité est produite par nos centrales hydrauliques. D’ici à 2020, le chauffage au gaz et au fioul sera interdit. »

Le Danemark, lui, est un véritable pionnier de l’énergie éolienne. En 1990, le pays est le premier du monde à construire un parc éolien offshore. Aujourd’hui, il est un des leaders mondiaux du secteur. En 2021, le gouvernement a approuvé un plan visant à construire la première île énergétique au monde dans la mer du Nord. Elle produira et stockera suffisamment d’énergie verte pour couvrir les besoins en électricité de 3 millions de ménages européens.

La fiscalité verte est, elle aussi, en pointe en Scandinavie. Stockholm a par exemple mis en place une taxe carbone dès 1991. Considérée comme la plus élevée du monde, elle a aussi permis le lancement de plusieurs projets, comme l’amélioration des transports publics ou encore l’utilisation de biocarburants pour l’isolation des logements.

Le plus gros producteur d’hydrocarbures d’Europe de l’Ouest

Depuis le début des années 1990, la Scandinavie se distingue de ses voisins européens en matière de politique environnementale. Mais cet idéal, tant vanté ailleurs, est-il à nuancer ? Pour certains observateurs, les admirateurs de l’écologie à la scandinave seraient victimes de « boréalisme » : les pays nordiques, idéalisés, auraient été fabriqués par les discours au cours de l’Histoire. Si la Norvège met par exemple tout en œuvre pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2030, en interdisant notamment la vente de voitures thermiques d’ici 2025, elle est aussi le plus gros producteur d’hydrocarbures d’Europe de l’Ouest.

De plus, l’arrivée récente de représentants de l’extrême droite au pouvoir contrarie les efforts de diversification et entaille un peu l’image de « pays vert » que s’est forgée la Norvège. L’an passé, Kjell-Borge Freiberg, ancien ministre du Pétrole, de l’Énergie et membre du parti d’extrême droite du Progrès, annonçait en effet que plus d’une centaine de blocs seraient ouverts à l’exploration pétrolière au large des côtes nationales.

Le voisin suédois est confronté au même défi. Dans ce pays où le lien avec la nature est sacré, la montée de l’extrême droite étrille le modèle écologique établi depuis trois décennies. Les Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna), qui constituent la troisième formation politique du pays, « ne font jamais mention de la crise écologique et ne proposent pas de réformes dans le sens de la transition énergétique », explique un article publié dans « La Fabrique écologique », qui poursuit : « L’extrême droite nordique – en Suède comme en Norvège ou au Danemark – se positionne en général en faveur des subventions aux énergies fossiles. » La construction d’un modèle scandinave de transition écologique, bien qu’entamée, est encore loin d’être une réalité.

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