Didier Bras
3 août 2022

Sécurité dans le monde : gros plan sur les zones de vigilance du 3 au 8 août

Tour d'horizon de l'actualité internationale avec notre partenaire International SOS, pour la période du 3 au 8 août.

Afrique

Guinée

La junte militaire, au pouvoir depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, devrait ramener la période de transition politique de trente-six à vingt-quatre mois dans la perspective de prochaines élections. C’est en tout cas ce qu’a affirmé le 28 juillet Umaro Sissoco Embaló, président de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et chef d’État de la Guinée-Bissau voisine, disant avoir convaincu les militaires guinéens de cette nécessité. Pour autant, la junte n’a pas encore confirmé cette information et les mouvements de protestation gagnent en intensité dans la capitale Conakry depuis début juillet. Le collectif du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) est à l’origine de ces manifestations et plusieurs figures de ce mouvement ont été arrêtées depuis début juin. Des échauffourées lors de la manifestation du 1er juin avaient également coûté la vie à un manifestant de 19 ans. Le FNDC a annoncé la suspension de tout mouvement de protestation jusqu’au 6 août, mais l’éventualité de rassemblements spontanés dans les rues de Conakry n’est pas à exclure.

République démocratique du Congo

La région du Nord-Kivu (province de l’est du pays) est à nouveau le théâtre d’affrontements entre les Forces armées congolaises (FARDC) et le mouvement rebelle du M23 après seulement deux semaines d’accalmie. Couplée à la crise diplomatique avec le Rwanda (dont le M23 est proche), cette détérioration de l’environnement sécuritaire engendre de nombreuses manifestations durement réprimées par les forces de l’ordre. Au moins vingt-deux personnes auraient été tuées et plus de soixante autres blessées lors de manifestations dans les localités de Beni, Bukavu, Butembo, Uvira, ainsi que dans le chef-lieu provincial, Goma. Le 31 juillet, ce sont les forces de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco), basées en Ouganda, qui sont entrées en RDC à la frontière de Kasandi et ont tiré à balles réelles sur les manifestants et la police locale. Deux personnes auraient été tuées et dix autres auraient été blessées.

Sénégal

Dans l’attente du résultat définitif des législatives du 31 juillet, le camp présidentiel (Benno Bokk Yaakar) et l’opposition (réunie au sein de la coalition Yewwi Askan Wi) revendiquent tous deux la victoire. La coalition présidentielle affirme avoir remporté trente départements sur quarante-six, mais l’opposition conteste ces résultats et devrait continuer à mobiliser ses troupes, avec des risques d’affrontements avec les forces de l’ordre et l’édification de barrages routiers.

Afrique du Nord/Moyen-Orient

Irak

Illustration de la crise politique et des rivalités entre les organisations chiites irakiennes, des partisans de l’influent leader Moqtada al-Sadr ont envahi le 30 juillet dernier, pour la seconde fois en une semaine, le Parlement situé dans la Zone verte de Bagdad, enclave pourtant hautement sécurisée. Leur vindicte porte sur la candidature de Mohamed Chia Al-Soudani au poste de Premier ministre. Ce dernier est soutenu par l’Iran et considéré comme proche de Nouri Al-Maliki, ennemi de longue date de Moqtada al-Sadr. Au moins vingt-six personnes ont été blessées lors d’affrontements entre militants sadristes et forces de sécurité. Pour l’heure, le pays est toujours dans l’attente de la nomination d’un nouveau président et d’un Premier ministre, dix mois après les élections législatives d’octobre 2021.

Israël/Liban

La question de la délimitation des frontières maritimes reste conflictuelle entre les deux pays, toujours officiellement en guerre en dépit des négociations entamées en octobre 2020 sous l’égide des États-Unis. Dépêché ces jours derniers sur les rives de la Méditerranée, le médiateur américain Amos Hochstein s’est néanmoins déclaré «optimiste» quant à la possibilité d’un accord sur cette question qui renvoie aussi à la prospection d’hydrocarbures dans les zones concernées. Pourtant, la rhétorique violente du chef libanais du Hezbollah Hassan Nasrallah, des incidents impliquant notamment l’interception de drones par les forces de sécurité israéliennes aux abords des eaux contestées, mais aussi la présence à proximité du champ gazier de Karish (dans la zone maritime contestée entre les deux pays) d’un navire affrété pour le compte d’Israël par la société d’exploration britannique Energean sont aussi des facteurs de blocage quant à l’avancée des négociations.

Amériques

Haïti

Le pays demeure sous l’emprise des gangs qui redoublent d’affrontements dans la capitale Port-au-Prince, dans un contexte de paralysie politique. Selon les observateurs de l’Organisation des Nations unies, près de 500 personnes ont été tuées, blessées ou portées disparues lors d’une flambée de violence à Cité-Soleil (plus grand bidonville du pays, dans la conurbation de la capitale) entre le 8 et le 17 juillet dernier. Par ailleurs, les affrontements constants entre groupes armés ont également provoqué le déplacement de plus de 3000 personnes. Ce climat d’insécurité majeur, qui perdure depuis plusieurs années, a été amplifié depuis l’assassinat du président Jovenel Moise en juillet 2021. Les deux principales organisations criminelles – le G9 et le GPEP – profitent d’une grande impunité dans la capitale haïtienne et ont étendu leurs forfaits au-delà des bidonvilles.

Asie-Pacifique

Papouasie-Nouvelle-Guinée

Débutée en mai dernier avec les élections générales, la période électorale vient d’être prorogée jusqu’au 5 août en raison des violences et des nombreux incidents autour des dépouillements dans les bureaux de votes. Plus de cinquante personnes ont déjà trouvé la mort dans ce contexte électoral délétère, à l’image des affrontements entre partisans rivaux dans la capitale Port-Moresby le 24 juillet. D’autres échauffourées ont eu lieu dès le lendemain dans la capitale, entraînant la suspension des dépouillements et nécessitant le déploiement d’une centaine de militaires supplémentaires. D’autres épisodes d’affrontements ont été signalés dans la province de Morobe (nord-est de l’île de Nouvelle-Guinée) où le dépouillement a aussi été suspendu pour tenter de faire la lumière sur des allégations de fraude électorale. Cette situation sécuritaire très instable devrait perdurer les prochaines semaines sur l’ensemble du territoire.

Europe/Communauté des États indépendants (CEI)

Arménie/Azerbaïdjan

L’accord signé le 6 avril dernier entre ces deux pays pour la mise en place d’une commission bilatérale sur la délimitation des frontières a généré d’importantes tensions côté arménien. Conséquence de la guerre du Haut-Karabagh (du 27 septembre au 10 novembre 2020) qui s’est soldée par le retrait des forces arméniennes – acte considéré comme une forme de capitulation par une partie de la population –, cet accord a notamment nourri la contestation contre le Premier ministre Nikol Pachinian. En signe d’apaisement, l’opposition arménienne a indiqué le 22 juillet dernier son intention de mettre fin à son boycott du Parlement, mais la situation devrait rester volatile à Erevan dans les semaines à venir, à l’instar des rassemblements antigouvernementaux quasi quotidiens dans la capitale et dans l’ensemble du pays, parfois ponctués de violences. Plus largement, et malgré le cessez-le-feu prononcé en septembre 2020, des violences périodiques continueront de se produire dans le territoire contesté, l’Azerbaïdjan ayant encore accusé l’Arménie d’avoir bombardé certaines de ses positions le 30 juillet.

Kosovo/Serbie

Les nouvelles règles initialement prévues par les autorités kosovares et applicables à la frontière avec la Serbie ont finalement été suspendues le 1er août. Celles-ci exigeaient entre autres que les ressortissants serbes présentent, outre leur carte d’identité, un document supplémentaire pendant leur séjour au Kosovo. Les résidents serbes devaient par ailleurs se munir de nouvelles plaques d’immatriculation kosovares dans un délai maximum de soixante jours. Des décisions de nature à raviver les tensions toujours latentes entre la communauté serbe et les autorités kosovares, à l’image des barricades érigées et des coups de feu tirés sur les forces de l’ordre le 31 juillet dans le nord du pays. Preuve de la grande sensibilité de cette zone, la mission de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) au Kosovo (KFOR) a indiqué être «prête à intervenir» si la situation sur place ne parvenait pas à se stabiliser.

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