Leena Lecointre
31 janvier 2023

« Le distanciel permet d’avoir un contact permanent », Juliette Le Gouic responsable du programme Willa Expat

Accompagner des femmes expatriées dans leur projet de création d’entreprise: c’est la mission que s’est donnée l’association Willa Expat. Installée à Paris, elle accompagne chaque année près de 400 entrepreneuses en devenir.

Français à l’étranger : Pouvez-vous nous présenter Willa Expat ?

Juliette Le Gouic : L’association Willa a été créée pour accompagner le plus grand nombre de femmes vers l’entreprenariat. L’objectif est de faire en sorte que de plus en plus de femmes soient partie prenante dans la création d’entreprises, qu’elles soient mieux représentées dès le début du processus. Nous étions initialement basés à Paris, et avec le Covid, nous avons dû lancer tous nos programmes en digital. Avec ce nouveau format, nous avons pu toucher des personnes en dehors de l’Île-de-France. Parmi nos start-up, certaines fondatrices étaient elles-mêmes expats, notamment Marie-Caroline Heydenreich, la fondatrice de “Mi Casa es tu Casa”. Comme elle devait faire des allers-retours pour suivre le programme en présentiel, elle a proposé de créer un système d’incubation pour des expats. Elle a travaillé avec Flore Egnell, présidente de l’association, et Sarah Tahlaiti, la cheffe d’opération pour créer ce programme. Pour la première promotion, lancée en octobre dernier, nous avons eu une vingtaine de candidatures, et sélectionné neuf participantes. La deuxième édition du programme débutera le 27 février 2023.

FAE : Comment se déroule ce programme d’accompagnement ? 

JLG : Pendant quatre mois, nous accompagnons les porteuses de projet jusqu’à la phase de test. Lors de la sélection, nous leur demandons d’avoir déjà pré-testé le projet via des questionnaires,  des rencontres, la conception d’un premier produit, etc. Nous leur proposons ensuite un parcours guidé de création de la structure et de test du projet. Nous fonctionnons aussi par thématiques : business model, communication, marketing, financement, comment pitcher son projet, etc. Je les suis tout au long de leur programme, je les mets en relation avec des personnes de la communauté, pour faire en sorte qu’elles puissent avancer le plus vite possible dans leurs projets.

FAE : Accompagnez-vous des entrepreneuses dans tous les pays du monde ? 

JLG : Cet accompagnement dépend des fuseaux horaires et ce programme n’est donc pas faisable dans certaines régions du monde: la côte ouest des États-Unis par exemple. Nous fonctionnons avec des ateliers en distanciel mais pas « remote » : nos intervenants sont en direct à chaque atelier, il n’y a aucun replay. Cela nous permet de conserver une certaine proximité, mais c’est compliqué à mettre en place avec les décalages horaires.

FAE : Quels sont les défis pour les expatriées ? 

JLG : Cela dépend des pays dans lesquels elles se trouvent, mais la situation peut être compliquée en tant qu’expat. Souvent, elles sont rattachées à la situation salariée de leur mari. Mais dès lors qu’elles créent leur entreprise, les questions de sécurité sociale et d’assurances évoluent. Or, il s’agit d’enjeux beaucoup plus compliqués à gérer quand on est à l’étranger que quand on crée une structure juridique en France. Chez Willa, nous ne pouvons pas leur proposer d’expertise propre à chaque pays. Mais nous pouvons les aider à prendre contact avec des personnes compétentes sur leur territoire de résidence.

FAE : Y a-t-il eu de mauvaises expériences ? 

JLG : Lorsque ça se passe mal, c’est souvent parce qu’il n’y a pas eu assez d’échanges avec la porteuse de projet. L’objectif est de rester en contact tout le temps, de détecter rapidement quand ça ne va pas. Nous essayons d’anticiper les moments où elles pourraient avoir l’impression d’être complètement isolées.

FAE : Le sentiment d’isolement est-il plus régulièrement ressenti par les entrepreneuses expatriées ? 

JLG : Paradoxalement, le distanciel permet d’avoir un contact permanent. Nous organisons des visio tous les vendredis et elles échangent beaucoup par Whatsapp. Je pense qu’elles se sentent bien dans cette communauté Willa, parce qu’elles peuvent échanger avec d’autres expats, partager leurs expériences de mères, femmes et entrepreneuses. Nous avons aussi adapté notre méthodologie pour mettre en place des moments de partage un peu plus informels : des rencontres inspirantes en distanciel avec des entrepreneurs par exemple, étant donné qu’elles n’ont pas accès aux événements que nous organisons à Paris tous les mois.

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