Leena Lecointre
29 mars 2023

Mieux encadrer le volontariat international pour que chacun y trouve sa voie

Augmenter les partenariats à l’étranger, éviter les dérives du “volontourisme”, relancer la communication… Voilà les grands enjeux pour développer le volontariat international selon les différents intervenants politiques et associatifs, réunis à l’occasion d’un colloque sur le sujet le 24 mars 2023.

« Chacun peut trouver sa voie » dans le volontariat international, rappelle la secrétaire d’État au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères en charge du développement, de la francophonie et des partenariats internationaux, Chrysoula Zacharopoulou. Service civique international, volontariat de solidarité internationale, corps européen de solidarité, volontariat senior…  Autant de possibilités que France Volontaires centralise depuis 2009 pour accompagner les personnes qui veulent partir réaliser leurs missions de bénévolat à l’étranger. Depuis le 1er janvier 2023, l’association est reconnue par l’État comme groupement d’intérêt public.

Pour développer et promouvoir ces mobilités, la députée de la 10e circonscription des Français établis hors de France, Amélia Lakrafi s’est associée à France Volontaires pour organiser un colloque intitulé « Le volontariat international : levier transversal de la politique de développement de la France », qui s’est tenu à l’Assemblée nationale le 24 mars 2023. 

« Ceux qui partent à l’étranger sont transformés à vie »

Durée et nature des missions, destinations… Il existe des alternatives adaptées à toutes les catégories de population, selon les spécialités professionnelles mais aussi l’âge : « Il n’y a pas que les jeunes qui se lancent dans le volontariat et tous ceux qui partent sont transformés à vie » assure Amélia Lakrafi. 

C’est le cas de Chantal Marinthe, infirmière à la retraite qui a décidé de s’engager en partant faire une mission de volontariat d’échanges et de compétences (VEC) au Togo pendant trois mois. Un temps de séjour qui lui a permis « d’allier engagement associatif et familial » explique-t-elle. Partie avec son mari, Chantal Marinthe a pu mettre ses compétences d’infirmière au service d’un hôpital local. « J’y ai appris la sobriété, témoigne-t-elle. Et la joie de vivre malgré la précarité. » L’ancienne infirmière précise toutefois que c’est l’accompagnement de la Délégation catholique pour la coopération (DCC) avec qui elle a effectué sa mission qui lui a permis de ne pas « être trop choquée » des différences culturelles et sociales sur place.

Encadrer pour éviter les dérives

Le rôle des associations est justement « d’offrir des garanties sur la démarche et la qualité de la rencontre » précise Vincent Rattez, représentant de la Guilde, une organisation qui facilite l’envoi de volontaires internationaux pour différentes missions à travers le monde. Au-delà de cet accompagnement sur place, les associations apportent également aux futurs bénévoles les informations nécessaires à leur voyage. 

Car même pour des personnes bien intentionnées, un manque de connaissances sur les options de volontariat peut rapidement entraîner des dérives selon Anne Genetet, députée de la 11e circonscription des Français établis hors de France. « Il existe des organisations à but lucratif qui exploitent la générosité des jeunes qui veulent se rendre utile » regrette-t-elle. Appelée « volontourisme » cette pratique consiste, pour des organisations à but lucratif, à proposer des voyages humanitaires payants, le plus souvent organisés dans des conditions troubles. « Au Cambodge par exemple, ces organisations ont créé de faux orphelinats et enlevé des enfants à leurs familles. Ils ont ensuite fait payer des voyages à des Français pour venir s’occuper d’eux ».

La participation de l’État dans le développement du volontariat

L’implication d’acteurs politiques dans le domaine devrait donc permettre de « détacher les activités lucratives du volontariat » et « prévenir les pratiques dangereuses » selon Anne Genetet. Tout comme les autres intervenants, la députée considère que l’État doit davantage communiquer sur les dispositifs honnêtes. Pour cela, Amélia Lakrafi confirme vouloir « travailler davantage avec les collectivités » afin de les faire connaître au plus grand nombre, notamment aux jeunes de territoires défavorisés. 

Le gouvernement envisage également de développer des accords bilatéraux dans davantage de pays : « la réciprocité est un élément fort du processus, note Anne Genetet. Nous ne passons pas d’accords avec les pays qui refusent ce principe ». Car si les programmes de VSI permettent aux Français de partir à l’étranger, ils permettent aussi à des volontaires étrangers de venir réaliser leurs missions en France.

Favoriser les mobilités croisées 

C’est le cas du Malgache Herdo Radabanoro qui a réalisé son service civique au Moulin Nature, centre d’éducation à l’environnement situé à Lutterbach (Haut-Rhin). Il a pu y mettre à profit ses compétences professionnelles ainsi que son engagement écologique. « Mon service civique m’a permis de trouver ma voie dans le milieu associatif » explique l’étudiant en administration. Il insiste également sur l’aspect « d’interculturalité », l’un des aspects fondamentaux du volontariat international. 

Ce principe est largement partagé par les pays partenaires de la France : le ministre de la Jeunesse et de l’éducation civique camerounais Mounouna Foutsou évoque ainsi la « mise en place d’une représentation dans les pays d’accueil ». L’augmentation de ce type de mobilités permet de « donner des visages humains à la coopération internationale », conclut Guillaume Legaut, président de France Volontaires.

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