Marion Zipfel
27 février 2024

Singapour, nouvel épicentre mondial de la fintech

En une quinzaine d’années, Singapour s’est imposée comme la nouvelle Silicon Valley asiatique avec un écosystème riche de 55 000 start-up, 220 incubateurs et pas moins de 400 fonds de capital-risque. Et parie notamment sur les technologies financières. Elle est aujourd’hui le premier hub de la fintech en Asie et le quatrième mondial.

À l’Ouest de Singapour, le Block 71, une barre d’immeuble de sept d’étages aux balcons bleus, bien loin des tours ultramodernes de la cité-Etat, est devenu le symbole de la « start-up nation ». En face du campus de l’Insead et à quelques encablures de l’Université nationale de Singapour, le gouvernement façonne ici ses ambitions de Silicon Valley, attirant start-up, incubateurs et centres de recherches du monde entier. Et le résultat est payant. Selon le classement de Startup Genome de 2023, Singapour décroche la huitième place du meilleur écosystème au monde.

Évolution réglementaire

Mais la révolution tech se passe également dans le quartier des affaires de la cité-Etat. Résolument tournée vers l’innovation, Singapour a également compris la nécessité de ne pas laisser sa place financière (la première d’Asie) à la traîne et a pu compter sur l’Autorité monétaire de Singapour (MAS) pour embrasser la révolution technologique et devenir un smart financial center. En 2015, la cité-Etat comptait moins d’une centaine de Fintech, elle en accueille aujourd’hui plus de 1 000. « Comme toujours, Singapour a été très proactive constate Eric Barbier, serial entrepreneur de la Fintech à Singapour. La MAS a opéré un vrai changement réglementaire pour permettre le développement de l’industrie, mais aussi son encadrement. »

Au-delà du cadre réglementaire visant à faire place à l’expérimentation et l’innovation, la MAS a également sorti son carnet de chèques. Un fonds spécial, le Financial Sector Development Fund a été mis en place pour soutenir le programme le programme Financial Sector Technology & Innovation. Depuis 2015, l’équivalent de 235 millions d’euros ont été alloués pour développer l’écosystème. Parmi les initiatives emblématiques, il y a notamment la sandbox (ou « bac à sable » réglementaire), un dispositif qui vise à encourager les jeunes start-up du secteur à expérimenter et lancer leurs solutions. En parallèle, la MAS a également ouvert en 2017 un espace de coworking géant, le RR80 Fintech Hub, pour doper les échanges et synergies entre les différents acteurs. Et le régulateur ne compte pas s’arrêter là. En août dernier la MAS a annoncé débloquer un peu plus de 100 millions d’euros sur trois ans pour soutenir les fonds de capital risque qui investissent dans les fintechs, promouvoir les dernières innovations et enfin développer la fintech « verte ».

Des opportunités pour les entrepreneurs français

Pour renforcer et promouvoir la place de Singapour, la MAS a également lancé en 2016 le rendez-vous mondial de la Fintech avec le Singapore Fintech Festival. L’édition 2023, en novembre dernier, a attiré près de 66 000 visiteurs contre 62 000 en 2022. « Le Premier ministre Lee Hsien Loong est venu à l’inauguration, c’est dire l’importance stratégique des fintechs pour Singapour », observe Eric Barbier, CEO de Triple A, prestataire de services de paiement spécialisé dans les crypto actifs. Mais l’homme d’affaires, également président de la French Tech à Singapour, déplore que les entrepreneurs français ne regardent pas davantage vers l’Asie. « Il y a encore beaucoup de frilosité mais il faut venir voir ici, il faut venir prendre la température”, martèle t-il. Tout va vite ici, Singapour est par exemple le premier pays à avoir adopté une réglementation en matière de cryptomonnaie, en France cela n’arrivera peut-être pas avant vingt-cinq ans. »

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