Emmanuel Langlois
18 juin 2025

Les Français d’Iran livrés à eux-mêmes ?

Dans un pays sur lequel pleuvent depuis plusieurs jours et plusieurs nuits les bombes israéliennes, et peut-être bientôt américaines, nos compatriotes ont le sentiment d’être abandonnés par le Quai d’Orsay, comme en témoigne le conseiller consulaire local.

Ils ont l’impression que personne ne s’occupe d’eux. Le millier de Français présents en Iran, souvent des binationaux, n’ont toujours reçu aucun ordre d’évacuation de la part du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) alors que des pluies de bombes et de missiles s’abattent sur les grandes villes du pays, en particulier Téhéran la capitale, dans le cadre de l’offensive lancée la semaine dernière par Israël. Depuis les début des hostilités, 700 ressortissants d’une quinzaine de pays ont été exfiltrés vers l’Azerbaïdjan ou l’Arménie voisine.

Contrairement à l’Ukraine, la Chine ou la Thaïlande, qui ont positionné des avions pour évacuer leurs ressortissants, le Quai d’Orsay se contente, lui, aujourd’hui, d’appeler les Français d’Iran à « s’abstenir impérativement de tout déplacement dans le pays. » Pas de quoi rassurer nos compatriotes, qui se demandent où est l’autorité française et reprochent à Paris de n’avoir mis à leur disposition qu’un numéro de téléphone d’urgence, et encore, uniquement disponible jusqu’à 20h !

« La France ne bouge pas ! » s’agace Armand Meimand, président du conseil consulaire de la circonscription d’Asie centrale, qui inclut l’Iran. « On a reçu deux fois le même e-mail, envoyé par un chargé d’affaires car il n’y a plus d’ambassadeur de France en Iran depuis plus d’un mois. On n’a aucune instruction. » Jusqu’au déclenchement des hostilités la semaine dernière, les Français d’Iran étaient concentrés à 95 % sur Téhéran et dans sa banlieue. Depuis les premiers bombardements, ils se sont éparpillés sur tout le territoire iranien, notamment sur les bords de la mer Caspienne, ce qui ne facilite pas leur recensement.

Armand Meimand, président du conseil consulaire de l’Asie centrale, ici à Téhéran : ” L’ambassade de France ne collabore pas avec moi ! “

Des diplomates exfiltrés “en douce” ?

« L’ambassade ne collabore pas avec moi, fulmine M. Meimand, également juriste. Je leur ai demandé de diffuser le numéro du groupe que j’ai créé sur WhatsApp pour fédérer nos compatriotes, ils ont refusé ! » Toujours présent à Téhéran, le Franco-Iranien est d’autant plus agacé de la situation qu’il a appris qu’un groupe de diplomates français s’apprêtait à quitter « en douce » l’Iran vers l’Azerbaïdjan. « Ils se sauvent et ils nous laissent en plan », dénonce-t-il.« J’ai écrit au centre de crise (installé au Quai d’Orsay, ndlr) pour leur demander d’envoyer des SMS, plus efficaces en cas de coupure d’internet, ils ne me répondent même pas. »

Alors pourquoi cette attitude du MEAE qui s’apparente à du délaissement par les intéressés ? Armand Meimand a son idée : « Ils n’en ont rien à faire de nous puisqu’il y a beaucoup de binationaux et qu’ils doivent donc se débrouiller seuls. Mais il y a aussi les Français de passage dont on ignore le nombre. Aucune instruction n’a été envoyée aux chefs d’îlots. Les épouses étrangères ont besoin de visas pour quitter l’Iran et venir en France, rien n’est prévu. » Selon lui, les listes de nos ressortissants ne sont même pas à jour. Quant aux deux points de regroupement envisagés en cas de crise, la résidence de l’ambassadeur de France et l’école française de Téhéran, où sont stockés des vivres, des tentes et des médicaments, ils ne seraient même pas préparés à accueillir nos compatriotes.

(MàJ) Dans l’après-midi de mercredi, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a répondu lors des questions au gouvernement au Sénat. « Nous avons ouvert une ligne téléphonique 24h/24, 7 jours/7. J’ai réuni toutes les ambassades concernées et j’ai décidé que nous allions renforcer le dispositif d’écoute pour faciliter la prise en charge. » Dans le même temps, le Quai d’Orsay recommandait « aux ressortissants français de se mettre en sécurité à l’extérieur de l’agglomération de Téhéran ». C’était avant le conseil de défense organisé à l’Elysée sur le conflit entre l’Iran et Israël. L’occasion pour Emmanuel Macron de tenter de mettre de l’ordre dans la communication gouvernementale sur le sujet, en demandant au Quai d’Orsay de  prendre les mesures nécessaires pour faciliter le départ d’Iran ou d’Israël des ressortissants français qui le souhaitent, selon un communiqué de la présidence.

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