Anne-Florence Salvetti
15 janvier 2026

Partir en famille : la place difficile du parent au foyer

Certains Français partent s’installer à l’étranger avec partenaire et enfants, alors que leur cocon familial est déjà bien développé. Quelles sont les risques spécifiques liés à cette configuration ?

Partir avec un bagage solide

S’installer à l’étranger avec des enfants est, la plupart du temps, une décision mûrement réfléchie et longuement préparée. Astrid, qui a rejoint son mari — un combattant professionnel de MMA — en Thaïlande, a eu tout le loisir de se préparer à ce changement.
« Il m’en avait parlé dès notre rencontre, il y a quinze ans », confie-t-elle. « Mais pour d’autres familles, le projet se met en place sur une période bien plus courte, parfois seulement quelques mois ou un an avant le départ. »

C’est ce qu’il s’est passé pour Fanny et sa famille, ce qui n’a toutefois pas occasionné de difficultés. « Notre départ a été assez spontané, on n’a pas vraiment eu le temps d’y réfléchir. Mais nous n’avons pas traversé plus de difficultés que lors de notre quotidien en France ».

La Française installée aux États-Unis se demande même s’il est bon de trop planifier et de se préparer à des conflits conjugaux. « Cela peut être une épreuve pour le couple mais est-ce vraiment l’expatriation en soi qui est la cause ? S’il y a un problème de fond, les problématiques seraient peut-être arrivées plus tard dans un autre contexte, sous une autre forme. »

Crédit photo : Unsplash / Jessica Rockowitz

Quand le couple explose

C’est justement ce qui est arrivé à Marie, arrivée en famille aux États-Unis il y a 7 ans. « On est arrivés sur une base déjà en souffrance mais on a pensé que l’expatriation allait redonner un souffle à notre couple. » En réalité, ce départ a empiré la situation. « On a amené tous nos bagages émotionnels de problématiques non résolues, et l’expatriation est venue amplifier les failles et les blessures. »

Être loin de ses proches et de ses repères peut fragiliser les individus. « Il faut être vraiment en cohésion avec son partenaire pour que le couple n’explose pas. » Mais, même si son couple n’a pas survécu à cette installation à l’étranger, Marie apporte une note d’espoir. « La bonne nouvelle c’est qu’on peut tout reconstruire, parfois même en mieux ! La quête de moi-même a été mon cheminement, comme si c’était écrit. »

Crédit photo : Pexels / Alena Darmel

Le cas des « suiveurs » devenus parents au foyer

Une situation fréquente dans le cas de l’expatriation en famille est que l’un des partenaires, bien souvent la femme, suit l’autre. Sans visa de travail, sans emploi qui l’attend à l’arrivée, le « suiveur » peut se retrouver désœuvré, sans repères, sans liens sociaux autres que de s’occuper des enfants. « Si l’un des deux se retrouve mère ou père au foyer plus ou moins contre son gré, la dynamique du couple peut s’en trouvée déséquilibrée » met en garde Pascal Reuillard, psychologue expatrié depuis plus de 25 ans.

Astrid vit bien cette situation, qui permet à ses enfants d’avoir une meilleure qualité de vie et d’éducation, mais elle croise parfois d’autres expatriées qui se sont senties obligées de suivre leur compagnon. « La femme peut perdre son identité personnelle, devenir uniquement femme et mère de, perdre également son identité professionnelle, son lien social, son autonomie, notamment financière. Et il y a souvent de l’incompréhension de la part du partenaire, qui considère que l’autre a le luxe de ne pas travailler. »

Crédit photo : Pexels / Helena Lopes

Le vécu des enfants

Le couple doit faire face aux nouveautés, bouleversements et perte de repères liés à leur nouvelle vie, mais les enfants affrontent les mêmes problématiques. « L’enfant peut mal vivre cette transition et il faut être disponible pour lui alors que la situation est déjà difficile pour nous. Souvent, tu n’as pas de « village » pour t’aider, les parents sont alors seuls dans leur parentalité. » regrette Astrid. Un vécu difficile de la part des enfants peut accroître les tensions dans le couple, où un fossé a déjà pu se creuser.

Heureusement, ce n’est pas un passage obligé. « Le départ peut aussi resserrer les liens familiaux » rassure Pascal Reuillard. « Toute la famille se retrouve dans le même bateau et peut avoir tendance à s’entraider davantage pour faire face à l’inconnu et à la nouveauté. » Le psychologue souligne toutefois qu’il est important pour le couple de réussir à se dégager du temps sans enfants : « les faire garder un soir pour aller au cinéma, au restaurant, dans un hôtel… »

Pour Astrid, le plus important est de communiquer ses ressentis et de laisser la place à l’autre de s’exprimer sans jugement. « Même si on vit ensemble, on ne vit pas forcément l’expatriation de la même façon. C’est un compromis permanent, il faut s’adapter aux besoins de l’autre et réajuster les choses pour trouver un équilibre sur le long terme. »

Crédit photo : Pexels / Vika Glitter

share Partager

Vie pratique

L'immersion totale est-elle encore possible à l'ère de la surconnexion ?

De nos jours, vivre à l’étranger implique généralement de garder un contact presque quotidien avec ses proches restés en France, il est possible de suivre des contenus français à distance et de se rapprocher de la communauté française locale en deux clics. Est-il encore possible de couper totalement le cordon avec la France et de plonger pleinement dans la culture locale de son pays d'accueil ? L'hyperconnexion empêche-t-elle l'intégration ? Ou bien faut-il justement cesser de valoriser une immersion totale à l'étranger ?

Vie pratique

Guide gratuit à télécharger : Éducation, scolariser ses enfants à l’étranger

Entre école française, établissement international, école locale ou enseignement à distance, la scolarisation des enfants est l’un des sujets les plus structurants pour les familles expatriées. Choix du système éducatif, apprentissage des langues, reconnaissance des diplômes, intégration culturelle ou encore perspective de retour en France : autant de critères qui rendent la décision complexe.

Vie pratique

Comment utiliser ses deux passeports, français et britannique, pour voyager

Vous venez d’être naturalisé et vous vous demandez quel document montrer à quel moment (entrée, sortie des territoires), entre le passeport britannique et français, notamment lorsque vous circulez entre le Royaume-Uni et la France ?

Vie pratique

CFE : la réforme devenue incontournable

Longtemps cantonnée à un rôle technique de continuité des droits, la Caisse des Français de l’étranger se retrouve désormais au cœur d’un débat politique majeur. Les Assises de la protection sociale, clôturées à l’automne 2025, ont mis en lumière ses fragilités structurelles, mais aussi les attentes considérables qui pèsent sur elle. Financement, gouvernance, relation aux assurés, élargissement des publics : la transformation de la CFE n’est plus une option, mais une condition de survie. Reste à savoir si les Assises permettront d’en être le véritable déclencheur.

Vie pratique

Assises de la protection sociale : que vont-elles réellement changer ?

Clôturées à l'automne 2025, les Assises de la protection sociale ont marqué une première : celle d'un État acceptant de traiter la protection sociale des Français de l'étranger comme un enjeu global et politique, et non plus comme une somme d'ajustements techniques. Cette vaste concertation a ouvert une séquence inédite. Reste désormais à savoir si elle débouchera sur des transformations concrètes.