Anne-Florence Salvetti
21 mai 2026

Retour contraint en France : de « l’arrachement » au « deuil »

Le retour en France, suite à une période de vie à l’étranger, peut être souhaité, appréhendé, longuement préparé. Mais il est aussi parfois soudain, pour des raisons d’obligations familiales ou de contraintes médicales. C’est ce qu’ont vécu avec difficultés, chacun de leur côté, Lucie et Cédric.

Des retours précipités pour raisons de santé

Après plus de 13 années passées à Nouméa en Nouvelle-Calédonie, Lucie a été contrainte de rentrer vivre en métropole assez soudainement. « J’ai pris cette décision car ma mère a subi trois cancers successifs et était en fin de vie. Elle nous a quitté 10 jours après mon retour. ». De plus, son père rencontrait également des problèmes de santé et avait besoin d’une aide et d’une présence.

D’une vie douce et sans date de fin à Nouméa à un retour précipité auprès de ses proches, Lucie a dû s’adapter rapidement. « J’ai d’abord fait plusieurs allers-retours, mais mes proches me prévenaient que l’état de ma mère se dégradait. J’avais plus de flexibilité à rentrer que mon frère, qui vit à Tokyo avec sa famille. » Malgré cette décision brutale, Lucie s’est sentie alignée avec cette nécessité de rentrer. « Il y avait cette urgence à vouloir passer les derniers moments auprès d’elle. »

De son côté, c’est pour prendre soin de lui-même que Cédric a dû renoncer à prolonger son aventure espagnole. Après une belle année d’Erasmus en Espagne, il est rentré malgré lui vivre en France. En cause : une rupture du suivi médical de ses troubles psychiques. « Le système de santé espagnol est très différent et je n’ai pas pu bénéficier d’un suivi adapté. Il était nécessaire que je rentre pour retrouver un cadre médical plus stable, notamment pour pouvoir poursuivre mes études sereinement. »

Crédit photo : Unsplash / Steven van Deursen

« J’ai l’impression d’être toujours en deuil de ma vie là-bas »

Si la décision de Cédric était raisonnable, il ne l’a toutefois pas bien vécue. « Après un an, j’avais construit de véritables repères sur place, tant sur le plan personnel qu’académique. J’ai eu le sentiment de laisser derrière moi une expérience importante, un environnement dans lequel j’étais intégré, ainsi qu’une dynamique d’ouverture encore en cours. Il y avait une forme d’arrachement, j’aurais voulu rester plus longtemps. »

Trois ans plus tard, l’idée de repartir à l’étranger, et tout particulièrement en Espagne, se pose de nouveau pour Cédric. « J’y suis tout à fait ouvert mais ce projet est conditionné à la possibilité d’un accompagnement médical adapté sur place. ».

Quant à Lucie, elle a dû faire face à un double deuil lors de son retour. Celui de sa mère, et celui de sa vie en Nouvelle-Calédonie. « Encore aujourd’hui, quatre ans plus tard, j’ai l’impression d’être en deuil de ma vie là-bas. D‘autant plus que le Nouméa que j’ai connu a été détruit [lors des violents affrontements entre manifestants indépendantistes et forces de l’ordre] il y a deux ans maintenant. » Depuis son retour, elle vit avec son père dans la maison familiale. Mais l’espoir de nouveaux projets se dessine.

« Il va beaucoup mieux depuis l’an dernier, et mon frère revient vivre en France avec sa famille cet été. Ma vie est entre parenthèses depuis le décès de ma mère, je commence à avoir besoin de faire émerger des projets personnels. » Grâce à ce contexte, le champ des possibles s’ouvre pour Lucie, et lui permettra peut-être un nouveau départ.

Crédit photo : Pexels / William Laverty

share Partager

Vie pratique

Même à l’étranger, la transmission se prépare et s’organise

La question successorale est l’une des plus complexes en situation d’expatriation, et l’une des plus négligées. Elle mérite une attention prioritaire.

Vie pratique

Les investissements éthiques, c’est pas du toc ?

Avec le changement climatique, de nombreux épargnants, y compris expatriés, tentent d’investir dans des placements respectueux de l’environnement ou dans le secteur de l’économie sociale et solidaire. Est-ce rentable ? Comment s’y retrouver parmi les labels ? On vous donne quelques pistes.

Vie pratique

Où placer son épargne une fois à l’étranger ?

Entre placements locaux, solutions internationales et investissements conservés dans l’Hexagone, voici quelques clés pour bâtir une stratégie adaptée à son horizon de vie, à son retour éventuel en France et à ses objectifs patrimoniaux.

Vie pratique

Faire garder son animal à Londres : quelles options et à quel prix

Vous partez en vacances et ne pouvez malheureusement emmener avec vous votre chat ou votre labrador. Vos amis ne sont non plus pas disponibles ou en mesure de les garder… Quelles solutions s’offrent à vous à Londres ? Et à quels prix ?

Vie pratique

Nomades numériques : gérer son patrimoine quand on vit aux quatre coins du monde

Ils parcourent la planète avec souvent pour seul bagage un sac à dos et un ordinateur. Mais, aussi libres soient-ils, ces nouveaux globe-trotteurs ne peuvent pas toujours couper tous les ponts avec la France.