Marjorie Philibert
4 février 2026

Cinq projets qui redessinent le Panama

Confronté à la pression climatique, à une concurrence logistique mondiale de plus en plus forte et à l’évolution rapide des flux énergétiques et commerciaux, le Panama a choisi d’investir massivement dans ses infrastructures. Métro, ports, énergie, rail, gestion de l’eau : ces grands chantiers dessinent une stratégie cohérente, destinée à consolider — et surtout diversifier — son rôle régional au-delà du seul transit maritime.

Cet article fait partie du dossier Le Panama, bien plus qu’un canal. Téléchargez l’intégralité de ce dossier au format PDF : Guide gratuit à télécharger : le Panama, bien plus qu’un canal : 3/14

1. Un pipeline interocéanique pour diversifier les revenus du Canal

C’est l’un des projets les plus ambitieux jamais portés par l’Autorité du Canal de Panama. Un pipeline de gaz liquéfié (LPG) traversant le pays d’une côte à l’autre est actuellement à l’étude. Long d’environ 76 kilomètres, il relierait l’Atlantique au Pacifique et permettrait le transport quotidien de 2 à 2,5 millions de barils, sans passer par les écluses du canal.

Estimé entre 4 et 8 milliards de dollars, ce projet pourrait entrer en phase de construction à partir de 2027. Il répond à un double objectif : réduire la dépendance du canal aux seuls droits de passage maritime et positionner le Panama comme un acteur clé du transport énergétique mondial. Une manière pour le pays d’anticiper les mutations du commerce international.

2. La ligne 3 du métro, extension majeure de la capitale

Déjà dotée de deux lignes en service, Panama City poursuit l’expansion de son réseau avec la Ligne 3 du métro de Panama. Financé notamment par un prêt japonais d’environ 2,5 milliards de dollars, ce projet reliera la capitale à la zone de Panamá Oeste, où résident des dizaines de milliers de travailleurs effectuant chaque jour le trajet vers le centre-ville.

Le tracé, long d’environ 25 kilomètres, inclut un tunnel sous le canal — une prouesse technique dont le perçage est déjà achevé. Le chantier est confié à un consortium sud-coréen, et son achèvement est prévu autour de 2028. Au-delà de la mobilité, cette ligne doit structurer de nouveaux pôles urbains et accompagner la croissance démographique de l’agglomération.

3. De nouveaux ports dans la zone du Canal

Pour accompagner l’augmentation des flux, l’Autorité du Canal prévoit la construction de deux nouveaux ports dans sa zone d’influence directe. Ces infrastructures doivent renforcer les capacités de transbordement, de stockage et de services logistiques à valeur ajoutée, tout en améliorant la fluidité des échanges.

Ces projets s’inscrivent dans un plan d’investissement global de 8,5 milliards de dollars sur cinq ans, destiné à moderniser et élargir l’écosystème du canal. L’objectif est clair : capter davantage de valeur sur place et transformer le Panama en hub logistique intégré, bien au-delà du simple rôle de passage maritime.

4. Un réseau ferroviaire en préparation

Autre chantier stratégique : le rail. Le gouvernement panaméen a relancé le projet d’un réseau ferroviaire reliant Panama City à la frontière costaricienne, en confiant une étude de faisabilité à l’entreprise américaine AECOM. Ce futur axe doit améliorer l’accès à la capitale depuis l’intérieur du pays et désengorger les principaux corridors routiers.

Les premiers travaux pourraient débuter dès 2026, sous réserve des validations techniques et environnementales. À terme, ce réseau offrirait une alternative durable pour le transport de marchandises et de passagers, en complément du canal et des infrastructures portuaires.

5. Sécuriser l’eau, enjeu vital pour le pays

Les épisodes de sécheresse récents ont mis en lumière une vulnérabilité majeure : la dépendance du canal à l’eau douce. Pour y répondre, un réservoir sur le fleuve Indio est à l’étude, pour un coût estimé à 1,6 milliard de dollars.

Ce projet vise à garantir les transits durant les saisons sèches et à sécuriser l’approvisionnement en eau sur le long terme. S’il suscite des débats sociaux et environnementaux, il est considéré par les autorités comme stratégique pour la pérennité du canal.

Une montée en gamme assumée

Pris ensemble, ces projets traduisent une ambition claire : diversifier l’économie, sécuriser les infrastructures critiques et renforcer le rôle régional du Panama. Plus qu’une juxtaposition de chantiers, ils dessinent un pays qui change d’échelle et se positionne comme une plateforme intégrée du commerce, de l’énergie et de la mobilité mondiale.

Dossier Panama - Février 2026

share Partager

Destinations au banc d'essai

Pondichéry, Bangalore, Delhi : où vivent les Français en Inde ?

L'Inde, c'est un continent à elle seule ; choisir où s'y installer change tout. Delhi, Bangalore, Pondichéry : trois villes, trois rythmes, trois façons de vivre à la française, mais sous le soleil indien.

Destinations au banc d'essai

Vivre en Inde : un choc des cultures

L'Inde, on aime ou on déteste, mais personne n'y reste indifférent. Retour sur ce choc culturel qui déstabilise les nouveaux arrivants et finit, presque toujours, par les captiver.

Destinations au banc d'essai

S’installer en Inde : un parcours administratif semé d’embûches

Visas, permis de travail, création de société: s'installer en Inde ne s'improvise pas. Guide pratique pour naviguer dans la complexité administrative indienne.

Destinations au banc d'essai

L'Inde, eldorado des startups françaises ?

Elle connaît l'Inde comme sa poche. Souad Tenfiche-Ancelle, présidente de la French Tech India, a tout connu : les succès fulgurants, les échecs évitables, les erreurs classiques. Voici ses conseils à ceux qui veulent parier sur ce pays d’avenir.

Destinations au banc d'essai

Paris Panini : le pari indien d'un entrepreneur français

En 2015, Nicolas Grossemy se lance dans la restauration à Bangalore. Malgré les difficultés initiales, son enseigne Paris Panini compte aujourd’hui 17 points de vente dans la capitale de la tech indienne.