Un écosystème structuré autour de grands projets
Appuyée sur ses géants du secteur, la présence française est forte dans les projets structurants majeurs. Dans les énergies renouvelables, ENGIE s’est ainsi associée au groupe marocain Nareva pour développer le parc éolien de Tarfaya, l’un des plus puissants d’Afrique avec plus de 300 MW installés. À Dakhla, les deux partenaires travaillent également sur une usine de dessalement d’eau de mer alimentée par énergie éolienne, destinée à sécuriser l’approvisionnement en eau et soutenir l’agriculture locale.
La gestion de l’eau et des services urbains constitue un autre pilier. Veolia, après l’expérience historique de Lydec à Casablanca, demeure un acteur structurant dans l’assainissement et l’efficacité énergétique des infrastructures urbaines. Dans la construction durable, Bouygues et sa filiale locale BYMARO ont signé plusieurs projets hospitaliers et publics intégrant des standards énergétiques élevés.
Plus récemment, TotalEnergies a annoncé un investissement majeur de 2 milliards d’euros dans un projet d’hydrogène vert dans la région de Guelmim-Oued Noun. Cette initiative s’inscrit dans l’objectif national d’atteindre 52 % d’électricité d’origine renouvelable d’ici 2030, pierre angulaire de la stratégie énergétique marocaine.
Valdeme : pionnier du recyclage électronique
Ces grandes structures côtoient des entrepreneurs français qui incarnent le green business sur le terrain, chacun à leur manière. Philippe Baudet, directeur de Valdeme, filière marocaine de Sovamepe, société spécialisée dans le recyclage des métaux précieux issus de l’électronique, a développé l’une des premières filières structurées de recyclage industriel du pays. « Nous sommes arrivés en 1997. Notre spécificité est de traiter l’or, l’argent, le palladium ou le rhodium contenus dans les composants électroniques ». Première société occidentale à installer ce type d’activité au Maroc, Valdeme récupère quotidiennement les déchets électroniques de grandes usines (Thomson, Motorola…) pour les broyer localement, avant traitement final à Toulouse.
« Nous avons investi dans des équipements et des standards européens, ce qui nous permet d’être souvent le partenaire privilégié des sociétés étrangères, en répondant à leurs besoins industriels exigeants », précise Philippe Baudet. Mais le secteur reste complexe : « Il est victime de l’informel et de monopoles locaux », même s’il concède que le pays a beaucoup évolué en 15 ans. Valdeme emploie aujourd’hui une centaine de personnes et gère une cinquantaine de fournisseurs, un réseau exceptionnel pour ce type d’activité sur le continent. Une extension de site est également prévue d’ici fin 2026, ce qui devrait créer trente à quarante emplois supplémentaires.
Water Connect : une PME française de l’eau qui prospecte le marché marocain
Créée en 2018, Water Connect s’est spécialisée dans des dispositifs urbains liés à la gestion de l’eau et à l’adaptation climatique : solutions de rafraîchissement urbain, gestion raisonnée de la ressource, équipements connectés pour l’espace public et les collectivités.
Le Maroc constitue sa première cible à l’international : « Nous nous sommes lancés à l’export en avril dernier. Les planètes se sont alignées », explique son président et cofondateur Pascal Poncet. L’entreprise a intégré au printemps une délégation d’entreprises franciliennes puis la task force économique franco-marocaine liée à la Coupe du monde 2030, une visibilité qui facilite l’accès aux décideurs publics.
« Nous rencontrons les autorités locales et de grands institutionnels pour voir si nos dispositifs répondent aux problématiques du pays ». Des propositions ont été transmises mais aucun contrat n’est encore signé : « Cela ne fait pas un an. Sur ces marchés, il faut du temps », commente le président. Sur place, la PME a fait le choix de travailler exclusivement via des distributeurs locaux.
Si des commandes se concrétisent, la PME envisage à moyen terme l’implantation d’atelier d’assemblage local pour réduire les coûts logistiques, mais pas d’implantation industrielle lourde. Selon Pascal Poncet, au Maroc, « c’est maintenant qu’il faut y aller, mais il faut accepter le temps long ». Pour Water Connect, le pays représente à la fois un laboratoire d’exportation et un possible futur hub régional depuis Casablanca. Sur ce segment du green business, la concurrence reste modérée : le positionnement technologique et haut de gamme constitue un atout : « Le made in France est bien perçu, au Maroc comme au Moyen-Orient », analyse Pascal Poncet.
Un marché stratégique et exigeant
Ces exemples illustrent la complémentarité entre savoir-faire français et besoins locaux, mais aussi la complexité du climat des affaires. Philippe Baudet insiste : « Pour réussir, il faut apporter une vraie plus-value. Le Maroc n’est pas un eldorado. C’est un pays très commerçant, très intelligent, et il faut respecter ses codes et sa culture ». Pascal Poncet abonde : « Il faut comprendre le contexte réglementaire et être patient. Les projets prennent du temps, mais l’impact environnemental et économique est réel ».
Pour les Français implantés, c’est à la fois un marché stratégique et une porte d’entrée sur l’Afrique, un continent dont les enjeux environnementaux vont devenir cruciaux au fil de la croissance économique.
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