Oriane Raffin
6 avril 2026

Erasmus+ : ils partent découvrir le monde dès l’école maternelle

Rattaché aux étudiants dans l’imaginaire collectif, le programme Erasmus + finance pourtant chaque année des mobilités internationales pour des écoliers, collégiens ou lycéens. Une opportunité de se confronter aux autres cultures dès le plus jeune âge.

« On emmène les enfants qui ont compris qu’ils passeraient plusieurs dodos sans papa et maman, mais avec doudou, les copains et maîtresse ! ». Depuis 2012, Christelle Boldarino, directrice de l’école maternelle Saint-Jean, à Soultz, dans le Haut-Rhin, accompagne régulièrement une partie de ses élèves de grande section en mobilité Erasmus + dans différents pays européens. Pologne, Espagne, Suède… des séjours de 6 à 8 jours pendant lesquels les petits écoliers, âgés de 5 ans, découvrent enfants et écoles du pays. Il n’y a pas d’âge pour vivre une expérience Erasmus.

« Le programme Erasmus, créé en 1987, n’était initialement ouvert qu’aux étudiants, explique Nelly Fesseau, directrice de l’Agence Erasmus +. Pour autant, depuis 2014, il est également ouvert au public scolaire, à celui de la formation professionnelle ainsi qu’aux adultes dans le cadre de la formation continue ». Concrètement, sur les 200 000 mobilités que l’Agence Eramus+ finance chaque année, environ un quart concerne des élèves du premier ou second degré. Et parmi eux, une poignée d’enfants de maternelle.

« Ils s’en souviendront toute leur vie »

Au Pays Basque, l’école publique bilingue de Mouguerre-Bourg organise, elle aussi, des mobilités depuis 2018. Avec des enfants de CM2, âgés donc d’une dizaine d’années. « C’est très riche de faire un tel voyage avec des enfants si jeunes, de quitter la famille, de prendre l’avion : c’est bien souvent nouveau pour eux, constate Laurent Carrère-Gée, directeur de l’établissement. Le fait d’être reçus par d’autres élèves leur permet de découvrir de nouvelles façons d’apprendre, d’être au contact d’enfants qui ne parlent pas la même langue, de découvrir les différences pédagogiques, etc. Ils s’en souviendront toute leur vie ! » Cette année, les CM2 sont répartis en trois groupes : en octobre, un tiers d’entre eux sont partis à Syracuse, en mars, d’autres sont allés à Grande Canarie, et fin avril, le dernier tiers se rendra à Prague, chez un autre partenaire du projet Erasmus+. Avant d’accueillir tout le monde en juin.

Un temps de découverte qui profite à toute l’école. « Les enfants ont toujours les yeux qui pétillent sur ces moments-là, poursuit le directeur. Ils aiment beaucoup accueillir les autres enfants, faire des activités ou des visites tous ensemble. Et généralement, ce sont des camarades qu’ils ont déjà rencontrés lors de leurs mobilités et qu’ils retrouvent avec plaisir. ». Le directeur ressent chez eux un grand enthousiasme face à cette ouverture au monde. « On essaie vraiment d’encourager la découverte et la curiosité ! Les enfants grandissent énormément en une semaine ».

« Des amitiés se créent rapidement par le geste ou les jeux »

Même s’ils ne maîtrisent pas la langue de l’autre, les échanges sont nombreux. « L’avantage des enfants de maternelle, c’est qu’ils communiquent beaucoup sans la langue : des amitiés se créent rapidement par le geste, des jeux dans la cour, explique Christelle Boldarino. Ils arrivent à se faire comprendre. En Espagne, nous avons eu un projet autour des danses : chacun apprenait une danse à l’autre. Tout passait par le corps et la musique, c’était génial ». Parmi les bénéfices qu’elle constate : une meilleure ambiance de classe et des enfants plus soudés.

« Les retours que nous avons sont formidables, se félicite Nelly Fesseau. 80% des enseignants impliqués sur un projet Erasmus+ du 1er degré estiment que l’expérience améliore considérablement le climat scolaire : change le rapport entre les enfants, encourage l’esprit d’équipe et la motivation à apprendre. »

Le projet, qui peut se présenter sous différente forme, comporte souvent également une mobilité du personnel, qui bénéficie ainsi d’un échange de pratiques sur des points de pédagogie, par exemple. Ce qui enrichit sa formation pour les années suivantes, et bénéficie à un large nombre d’élèves.

> En pratique

Toutes les écoles peuvent déposer des demandes pour créer ou rejoindre un partenariat Erasmus +. Cela peut également se faire à l’initiative d’une collectivité locale, pour l’ensemble de ses écoles. Plusieurs formes de partenariats sont possibles. Et l’Agence Erasmus+ propose désormais une plateforme, eTwinning, pour mettre en relation les établissements des différents pays.

share Partager

Etudier et travailler

Études supérieures : combiner alternance et expérience internationale, c’est possible !

Contrairement aux idées reçues, il est tout à fait envisageable de combiner les deux… avec un peu d'organisation préalable. Conseils et témoignages.

Etudier et travailler

Cybersécurité : ces experts français qui choisissent l’expatriation

Pénurie mondiale de talents, multiplication des cyberattaques, internationalisation des entreprises… Dans la cybersécurité, les opportunités dépassent désormais largement les frontières françaises. Aux quatre coins du monde, de plus en plus d’ingénieurs français choisissent l’expatriation, attirés par des projets d’envergure, des carrières accélérées et un marché en tension permanente.

Etudier et travailler

« Tu te dis que t’es sur une autre planète » : ces expatriés de l’extrême racontent leur vie en Antarctique

Des températures qui peuvent chuter à – 60 degrés. Du blanc à perte de vue. Plus de possibilité de revenir en arrière. Non, ce ne sont pas les astronautes qui posent le pied sur la lune, mais l’arrivée en bateau de ceux qui choisissent une expatriation de l’extrême : l’Antarctique. Chaque année, environ cent Français embarquent pour quelques mois à un an pour vivre sur une des stations polaires françaises.

Etudier et travailler

Enseignement français à l’étranger : y a-t-il un risque de déconventionnement de certains établissements scolaires ?

Face à la crise traversée par l’AEFE et l’augmentation des participations financières demandées aux établissements, certains parents et enseignants craignent de voir les établissements quitter le giron français.

Etudier et travailler

Matthew Caws (Nada Surf) : l’enfance bilingue qui a changé sa vie

« Ronronner ». C’est le mot qui a tout déclenché pour Matthew Caws, chanteur et guitariste du groupe américain Nada Surf. Lorsque ses parents l’emmènent en France pour une année sabbatique alors qu’il n’a que cinq ans, ils l’inscrivent à l’école du quartier.