Nastasia Peteuil
27 avril 2026

Matthew Caws (Nada Surf) : l’enfance bilingue qui a changé sa vie

« Ronronner ». C’est le mot qui a tout déclenché pour Matthew Caws, chanteur et guitariste du groupe américain Nada Surf. Lorsque ses parents l’emmènent en France pour une année sabbatique alors qu’il n’a que cinq ans, ils l’inscrivent à l’école du quartier.

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« Je ne comprenais pas un mot. Et puis un jour, on lisait un livre sur une grand-mère avec un chat sur les genoux, et le chat ronronnait. C’était le premier mot que j’ai compris », se rappelle le musicien new-yorkais de 58 ans, maintenant installé en Angleterre. « À ce moment-là, je me suis dit : il suffit que je collectionne les mots et je finirai par m’en sortir. »

Une éducation internationale

Ce premier déclic marque le début d’un lien durable avec la France. Sa mère, professeure universitaire spécialisée en littérature française, nourrit depuis longtemps une passion pour le pays et le lui transmet très tôt. Il passe ses étés en Provence, où ses parents achètent dans les années 1970 une petite maison au pied du Mont Ventoux. Il poursuit ensuite cette immersion au Lycée Français de New York, de l’école primaire jusqu’en seconde.

Dans cette école au cœur de Manhattan, où se côtoient des élèves venus du monde entier, il grandit dans un environnement bilingue et international. « C’était une très belle chose d’être entouré d’enfants de tant de nationalités différentes », se rappelle-t-il.

Comme beaucoup d’anciens élèves du réseau, il garde le souvenir d’un enseignement exigeant. Les longues journées de cours, les notes sur 20 et les moyennes parfois sévères faisaient partie du quotidien. « Obtenir un 16, c’était presque exceptionnel », se souvient-il en riant. Une rigueur parfois intimidante pour les élèves, mais qu’il considère aujourd’hui comme formatrice : « L’école vous apprend bien sûr des choses, mais elle vous apprend surtout à travailler. »

Pour lui, grandir entre deux langues reste surtout une chance. « Être bilingue, c’est un peu comme avoir une autre fenêtre pour regarder le monde », explique-t-il, ajoutant que cette éducation est « bonne pour le cerveau, mais aussi pour le cœur ».

Une rencontre décisive

C’est aussi dans les couloirs du Lycée Français de New York qu’une rencontre déterminante aura lieu. Matthew Caws y fait la connaissance de Daniel Lorca, futur bassiste de Nada Surf. Des années plus tard, lorsque le groupe connaît ses premiers succès à la fin des années 1990, ce lien avec la culture française va prendre une dimension inattendue. Leur titre Popular devient rapidement très diffusé en France, notamment sur Fun Radio, et le groupe se met à tourner régulièrement dans l’Hexagone.

Le fait que Matthew Caws et Daniel Lorca parlent français crée alors une proximité particulière avec le public. « On pouvait faire des interviews en français, parler au public sur scène. » Le groupe choisit très tôt de parcourir tout le pays. « Pour notre deuxième album, on nous a demandé si on voulait faire deux ou trois concerts comme la plupart des groupes étrangers. On a répondu : non, on veut faire la plus longue tournée possible. »

Résultat : une trentaine de concerts à travers la France, parfois dans de petites villes. « Et aujourd’hui encore, des gens viennent me dire qu’ils nous ont vus en 1998 dans un endroit improbable », confie-t-il.

La langue française finit même par s’inviter dans sa musique. Au fil des années, Nada Surf a repris quelques chansons françaises, et Matthew Caws s’est lui-même essayé à l’écriture dans la langue de Molière. Le morceau, intitulé Je t’attendais, n’a finalement pas été intégré à l’album et est sorti en face B. Un choix qu’il regrette encore aujourd’hui. « C’est l’une de mes chansons préférées de Nada Surf », confie-t-il.

Dossier Education - Avril 2026

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