Frédéric Lassaigne
16 juin 2026

Traité de Porto : vers un rapprochement entre la France et le Portugal

Enseignement, PME, défense, énergie… Signé l’an dernier, le Traité d’amitié et de coopération entre les deux voisins européens est entré en vigueur en avril de cette année. Il vise à renforcer les liens entre les deux pays dans tous les domaines. Mais en matière d'éducation, la France traîne encore des pieds, analyse un expert.

« Vers une Europe plus compétitive, plus souveraine et plus forte ! » avait lancé Emmanuel Macron au moment de la mise en place de ce Traité de Porto (photo). Après l’Allemagne, la Pologne et l’Italie, le Portugal fait donc à son tour l’objet d’un accord avec la France. « Ce document va bien au-delà de l’évocation du passé ou de la coopération diplomatique classique dans le cadre européen, observe Carlos Pereira, directeur de LusoJornal, le premier média en ligne destiné aux Portugais de France. Il traite de sujets très concrets : la sécurité et la défense, l’économie, l’agriculture, l’énergie, les transports, les interconnexions, ainsi que l’enseignement ou la recherche scientifique. »

Le traité se concentrera entre autres sur la coopération entre les forces armées et les industries de défense de la France et du Portugal, notamment le cyberespace. Le texte stipule ainsi qu’en cas de menace, Paris et Lisbonne s’engagent à se fournir une assistance mutuelle, y compris militaire.

Après le black-out d’avril 2025 en Espagne voisine, il est aussi question de rapprocher les réseaux énergétiques des deux pays. La France et le Portugal affirment ainsi leur volonté de « renforcer et de rendre plus résilient le marché intérieur européen ». Dans ce cadre, les projets d’interconnexions électriques, ainsi que le corridor d’hydrogène vert H2Med, doivent être relancés et accélérés. Il en va de même pour les liaisons de transport et de télécommunications, notamment la 5G.

Carlos Pereira : " L'ampleur et l'articulation des thématiques abordées dans un même document témoignent d’une volonté commune de franchir un cap. »

Carlos Pereira : « L’ampleur et l’articulation des thématiques abordées témoignent d’une volonté commune de franchir un cap. » Photo : António Borga / LusoJornal

Franchir un cap

S’il ne crée pas de mesures immédiates, l’accord fixe un cadre destiné à structurer les relations dans la durée. Le texte prévoit aussi de renforcer les liens entre les PME et encourage la transition énergétique avec le développement d’une économie maritime durable dans l’Atlantique.

« Les thématiques abordées reflètent les axes traditionnels de la diplomatie franco-portugaise, analyse M. Pereira. Leur ampleur et leur articulation dans un même document témoignent en tout cas d’une volonté commune de franchir un cap. » De plus en plus de grands groupes français s’installent au Portugal. Le travail de la délégation de l’AICEP (Agence pour l’investissement et le commerce extérieur du Portugal), à Paris, y contribue fortement, mais le Portugal est à la mode et attire naturellement les investisseurs.

Plusieurs groupes portugais sont par ailleurs déjà implantés en France, comme le secteur du liège dans la région de Bordeaux, l’industrie des moules dans le Nord, la fabrication de bouteilles de lait, la métallurgie ou les énergies renouvelables.

Education : peut mieux faire

Côté éducation, le traité est censé favoriser le recrutement et la formation des enseignants de français et de portugais de part et d’autre de la frontière, tout en accélérant la mobilité des élèves. « Je m’attendais toutefois à davantage, regrette M. Pereira. Certes, un paragraphe est consacré à l’enseignement du portugais en France, mais il faut reconnaître que la France ne manifeste pas une réelle volonté de développer l’apprentissage de la langue portugaise. » Pour lui, l’annonce d’un accroissement du nombre de sections internationales portugaises est un point positif, « mais il faut admettre, dit-il, que la France compte très peu de collèges et lycées internationaux. Leur nombre restera donc limité. »

Ainsi, le dispositif EILE, destiné aux classes élémentaires et au primaire, repose essentiellement sur des cours en dehors du temps scolaire. « Or, ces enseignements dépendent parfois des municipalités, relève l’expert, qui ne souhaitent pas toujours financer le chauffage en fin d’après‑midi en hiver, ni rémunérer du personnel pour ouvrir les écoles le mercredi ou le samedi. » Pourtant, ce sont des enseignants financés par le gouvernement portugais pour enseigner en France.

La France était l’an dernier le 3ème partenaire commercial du Portugal. 1,5 million de Portugais vivent en France, ce qui en fait la 3ème communauté étrangère dans l’Hexagone et dans les territoires d’Outre‑mer après l’Algérie et le Maroc. 30 à 50 000 Français vivent eux au Portugal, dont un quart de binationaux.

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