L’Indice de connectivité mondiale DHL 2026, produit en partenariat avec l’université de NYU Stern, dresse un constat de stabilité remarquable. La connectivité globale, qui a atteint son sommet historique de 25 % en 2022, a réussi à se maintenir à ce niveau jusqu’en 2025. Le commerce de marchandises, par exemple, a progressé plus rapidement en 2025 que n’importe quelle année depuis 2017, hors volatilité liée au Covid-19.
D’après le rapport, cette dynamique repose sur deux moteurs conjoncturels, rejoignant ainsi des analyses partagées par nombre d’institutions, dont dernièrement l’OMC. Le premier moteur est une véritable « course à l’équipement » liée à l’intelligence artificielle (IA), l’infrastructure d’IA étant responsable de 42 % de la croissance du commerce de marchandises sur les trois premiers trimestres de 2025. Le second est une anticipation des barrières tarifaires aux États-Unis, les acheteurs ayant précipité leurs importations par crainte des nouveaux droits de douane promis par Donald Trump.
Comme l’analyse Steven A. Altman, co-auteur du rapport et maître de recherche au NYU Stern, le découplage reste limité : seuls 4 % à 6 % des flux mondiaux se sont détournés des rivaux géopolitiques en dix ans. « Les risques sont réels, mais la résilience systémique des flux l’est tout autant », affirme-t-il, qualifiant la démondialisation de mythe politique.
L’Europe, épicentre de l’interconnexion mondiale
L’Europe demeure la région la plus connectée au globe, devançant l’Amérique du Nord.
Sa force structurelle réside essentiellement dans des liens intrarégionaux profonds. Les pays d’Europe du Sud et de l’Est (Espagne, Pologne, République tchèque, Hongrie, Roumanie), par exemple, renforcent ce réseau par des liens très resserrés. L’Europe dispose également d’une ouverture internationale massive. À titre d’exemple, la Turquie joue un rôle clé en renforçant la position de l’Europe en tant que pont reliant le continent à l’Asie et au Moyen-Orient.
Cette suprématie est portée par des pays aux profils complémentaires :
- Les Pays-Bas, sont 3ème sur 180 au classement mondial (73/100). Ils s’imposent comme la porte d’entrée majeure des flux mondiaux, avec un volume de transactions exceptionnel pour la taille de leur économie. Ils sont 19ème en termes de PIB mais 6e en termes de volume de flux.
- Le Royaume-Uni est 9ème (66/100), il dispose du réseau de partenaires le plus diversifié au monde.
- L’Allemagne est 14ème (61/100), elle est un pilier de la stabilité européenne, réalise deux tiers de ses échanges au sein du continent tout en restant un moteur industriel global.
Selon Mike Parra, P-dg de DHL Express Europe, cette intégration permet aux entreprises du continent de cultiver une agilité face aux chocs, en s’appuyant sur un marché intérieur fort pour conquérir des opportunités lointaines.
Le rayonnement international de la France
De son côté, la France se classe au 22ème rang mondial avec un score de 59/100. Si elle a regagné 3 places depuis 2023, elle illustre un paradoxe structurel entre « profondeur » et « étendue ». Le rapport identifie la profondeur comme l’importance des flux internationaux d’un pays par rapport à la taille de son économie domestique, tandis que l’étendue indique dans quelle mesure ces flux sont répartis à l’échelle mondiale plutôt que concentrés de manière étroite.
D’un côté, en termes de profondeur, l’Hexagone se place au 86ème rang mondial. En cause, la part des flux internationaux par rapport à l’activité domestique qui reste perfectible, la France consommant et produisant encore largement pour son marché intérieur. En revanche, la France excelle par la dispersion géographique de ses flux, ne dépendant pas d’un nombre restreint de partenaires. Elle se place au 6ème rang mondial en termes d’étendue.
C’est sur le terrain de l’influence et des capitaux que la France surperforme. Elle est première mondiale pour l’étendue de ses transactions de fusions-acquisitions entrantes et de ses projets greenfield, soit de créations de sites à l’étranger. Elle se hisse également au 2ème rang mondial pour l’étendue de son trafic d’actualités en ligne, de ses investissements entrants (IDE) et de son émigration.
Bien qu’elle détienne la 5ème plus grande part des flux internationaux totaux de la planète, la France reste ancrée dans son socle européen : 61 % de ses échanges sont intrarégionaux. Ce positionnement stratégique lui permet notamment de transformer la fragmentation mondiale en opportunité de rayonnement, confirmant son rôle de pivot au sein de l’Union européenne.






