En Europe, la situation est plus encadrée qu’ailleurs, mais elle dépend d’abord du statut de la future mère. Une Française installée dans un pays de l’Union européenne relève en principe du système local si elle y travaille ou y est affiliée. Aux Pays-Bas, par exemple, le suivi par une sage-femme, l’accouchement à domicile ou à l’hôpital pour raison médicale relèvent de l’assurance obligatoire ; un accouchement hospitalier choisi sans indication médicale peut toutefois entraîner un reste à charge.
Hors Europe, CFE, complémentaire ou premier euro
Hors Europe, la question assurantielle devient centrale. La Caisse des Français de l’Étranger permet alors de conserver un lien avec le système français, mais elle suppose d’anticiper. Comme le rappelle Rachida Kaci, directrice marketing, communication et développement de la CFE, « pour être couvert pour la maternité, plusieurs volets entrent en jeu ».
Le premier concerne les frais de santé liés à la grossesse et à l’accouchement. « Pour être prise en charge, l’expatriée doit souscrire à la garantie assurance maladie de la CFE impérativement avant la date de conception : celle-ci permet un remboursement des consultations, examens et frais d’accouchement sur la base des tarifs de la Sécurité sociale française ». Mais dans de nombreux pays, ces tarifs sont inférieurs aux coûts réels. « Aux États-Unis, par exemple, une naissance peut rapidement atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros. » Une complémentaire santé reste donc souvent indispensable.
Le second volet concerne le congé maternité. « Pour percevoir des indemnités journalières de la CFE pendant l’arrêt de travail, il faut souscrire à l’option indemnité journalière – capital décès – invalidité », indique Rachida Kaci. Mais cette couverture suppose d’avoir suffisamment anticipé : « Si l’option n’a pas été souscrite dès le départ de France, l’assurée doit avoir cotisé au moins dix mois avant de pouvoir percevoir ces indemnités. »
Autre point de vigilance : les délais de carence. « Lorsque l’adhésion à la CFE n’intervient pas dans les trois mois suivant le départ de France, une carence peut s’appliquer. » Pendant cette période de trois à six mois, l’assurée cotise mais ne peut pas prétendre à des remboursements.
Certaines expatriées choisissent alors une assurance privée internationale, dite « au premier euro », se substituant à la CFE et à la complémentaire. Ces contrats peuvent être plus couvrants, mais ils sont coûteux, soumis à conditions et excluent souvent les grossesses déjà en cours…
La protection réelle ne se limite pas au remboursement
Mais s’agissant de maternité, la protection réelle dépend aussi de la qualité du suivi, de la fiabilité des professionnels et de la capacité à choisir un lieu de naissance adapté.
Pour Marion Daron, sage-femme et cofondatrice de Naissances Nomades, qui accompagne les femmes vivant une grossesse à l’étranger, « le suivi de grossesse doit se préparer comme un véritable parcours d’orientation ». Les consulats peuvent servir de relais, car « ils aident les familles en référençant des praticiens de confiance ». Les groupes d’expatriés, sur Facebook ou WhatsApp, permettent aussi de recueillir des retours d’expérience.
De cette enquête préalable découle le choix du lieu d’accouchement : hôpital, clinique privée, maison de naissance ou domicile. Mère de cinq enfants, Marion Daron a elle-même accouché en clinique privée en Afrique du Sud et à domicile au Congo.
En Afrique du Sud, où le recours à la césarienne est fréquent dans certains établissements privés, elle appelle à la vigilance : « Il faut être informée pour ne pas tout accepter sans comprendre. »
À l’inverse, l’accouchement à domicile suppose un cadre très sécurisé. Au Congo, Marion Daron a pu l’envisager parce qu’elle était accompagnée par une sage-femme française et qu’une solution de repli était prévue : « Un accouchement à domicile nécessite une équipe expérimentée et un établissement hospitalier de repli en cas d’urgence. »
Après la naissance, la protection réelle se mesure aussi à l’accompagnement. « Le premier conseil, c’est de ne pas rester seule », insiste Marion Daron. Elle cite Le Club Poussette, les réseaux de mères expatriées et les doulas, des accompagnantes non médicales présentes dans de nombreux pays : « Elles ne remplacent ni une sage-femme ni un médecin, mais apportent un soutien émotionnel, physique et pratique. »
En Afrique du Sud, la doula de Marion Daron n’était pas prise en charge par son assurance, mais pour seulement 400 euros, sa présence a été décisive.
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