Frédéric Lassaigne
15 octobre 2026

Thaïlande : pourquoi Bangkok veut désormais choisir ses expatriés

Pendant des années, la Thaïlande a cherché à attirer les étrangers : retraités, investisseurs, travailleurs à distance… Mais aujourd’hui, le royaume resserre les conditions d’entrée et de séjour.

Pour les Français installés sur place, ou ceux qui rêvent de partir, le temps du « visa facile » semble toucher à sa fin. Le gouvernement a en effet approuvé au printemps dernier la suppression de l’exemption de visa de 60 jours, mise en place en 2024. C’est un vrai changement de cap. Les touristes français munis d’un passeport ordinaire pourront encore voyager en Thaïlande sans visa préalable, mais pour une durée deux fois moindre.

Notes impayées et incivilités

Depuis le 15 septembre, en effet, l’exemption de visa accordée aux détenteurs d’un passeport ordinaire est limitée à 30 jours, contre le double précédemment. « Deux phénomènes sont à l’origine de ce resserrement, avance Jean-Louis Guénard, administrateur de la page Facebook Retraité en Thaïlande : des notes impayées dans les hôpitaux du secteur public, difficilement recouvrables et des incivilités (rixes, rodéos urbains) commises dans certaines stations balnéaires, en premier lieu à Phuket. » Le nouveau dispositif vise clairement à maintenir l’activité touristique tout en renforçant le contrôle des séjours et des entrées sur le territoire.

Un Français meurt tous les jours en Thaïlande

« Une fois à Phuket, certains touristes français font n’importe quoi, confirme Me Christophe Larrouilh, avocat français en Thaïlande. Comme la police est plutôt laxiste, ils roulent à scooter sans casque et sans permis. Ils pensent que tout est autorisé. C’est très accidentogène. Au total, entre la circulation et les autres causes comme la vieillesse, un Français meurt tous les jours en Thaïlande. Les autorités ont dû endiguer un accroissement de la délinquance commise par des Français. » Certains de nos compatriotes ont même été récemment jetés en prison pour trafic de cannabis.

Politique migratoire durcie

« Les règles avaient été assouplies après le Covid, observe Me Larrouilh, elles reviennent à ce qu’elles étaient avant la pandémie, rien de plus. » Comme avant 2020 donc, les personnes qui prévoient de rester entre 31 et 60 jours devront donc désormais demander à l’avance en ligne un visa touristique standard, appelé e-Visa, avant leur départ. Le tourisme reste un secteur central pour l’économie du pays : il représente plus de 10 % du produit intérieur brut thaïlandais.

En règle et respectueux

16 070 Français étaient inscrits au registre consulaire en 2025 contre 11 899 en 2015 soit une progression de 35% en 10 ans, mais l’inscription est volontaire et le ministère des Affaires étrangères estime à environ 40 000 le nombre réel de Français résidant en Thaïlande. « Les années de laisser-aller semblent appartenir au passé, constate M. Guénard, et le gouvernement exige désormais des étrangers qu’ils soient à la fois très respectueux et parfaitement en règle. »

Jean-Louis Guérard : « Où veulent en venir les autorités tient en un mot : transparence. » (Photo Facebook)

Une communauté durablement installée

Un dépassement de la durée autorisée pourra entraîner des amendes forfaitaires et, dans certains cas, une procédure d’expulsion. Autre restriction pour les voyageurs au long cours : les entrées en Thaïlande par voie terrestre sans visa seront plafonnées à deux passages par année civile. Une extension temporaire pourra toutefois être demandée auprès des services de l’immigration.

« La communauté est durablement installée en Thaïlande, constate Thibaut Girard, conseiller des Français de l’étranger en Thaïlande et au Myanmar. Dans une consultation que nous avons lancée en avril dernier, 62 % des répondants disent vivre ici depuis au moins cinq ans, 24 % depuis plus de quinze ans, et 43 % envisagent d’y rester indéfiniment. La qualité de vie est la première motivation citée, devant les opportunités professionnelles et les projets familiaux. »

Un visa adapté

La nouveauté, pour les séjours prolongés ou le travail à distance, c’est le visa DTV, ou Destination Thailand Visa à destination essentiellement des nomades numériques qui travaillent depuis leur ordinateur. Ce droit de séjour est valable six mois. Il implique de détenir un contrat de travail à l’étranger, et de disposer sur un compte à l’étranger d’au moins 13 000 euros et d’un salaire mensuel d’au moins 1 200 euros (quatre fois le SMIC thaï) pour subvenir à ses besoins. « L’autre possibilité de l’obtenir est de s’inscrire comme étudiant pour apprendre la langue thaïe ou dans un centre de boxe thaïe », ajoute Me Larrouilh.

Ce visa ne permet ni d’ouvrir ni de détenir un compte bancaire en Thaïlande. Il existe aussi un visa retraité, à partir de 50 ans, avec obligation de détenir au moins 21 000 euros (800 000 baths). « Où veulent en venir les autorités tient en un mot, décrypte M. Guénard : transparence, c’est-à-dire que chacun vienne en Thaïlande avec le visa adapté à sa situation et à son véritable objectif. » Quant à créer son entreprise dans le pays, cela implique d’être à la tête d’un capital de 50 000 euros au moins.

Thibaut Girard : « La communauté est durablement installée en Thaïlande. La qualité de vie est la première motivation citée. »

La chasse aux faux est ouverte

Concernant les Français installés en Thaïlande, la réglementation n’a pas changé mais la chasse aux faux est désormais ouverte. Ainsi, les « auto-déclarations » de revenus fantaisistes dont le consul ne fait que certifier l’identité de l’auto-déclarant sont de moins en moins acceptées par les bureaux d’immigration.

« De même, ajoute M. Guénard, alors que des « agences » prêtaient souvent des fonds pour vingt-quatre heures, permettant de satisfaire aux exigences financières des autorités pour s’installer comme expatrié, la Bank of Thailand a récemment émis une recommandation d’avoir à geler le dépôt pendant les quatre mois suivant la demande d’extension de visa. » Pour l’instant, une seule des grandes banques a suivi cette consigne.

Me Christophe Larrouilh : « Les règles avaient été assouplies après le Covid, elles reviennent à ce qu’elles étaient avant la pandémie, rien de plus. »

Des échanges économiques soutenus

Les échanges de biens entre la France et la Thaïlande ont atteint environ 5 milliards d’euros l’an dernier : 1,5 milliard d’euros d’exportations françaises et 3,5 milliards d’importations depuis la Thaïlande. La France enregistre donc un déficit commercial d’environ 2 milliards d’euros. « La Thaïlande reste néanmoins le troisième client de la France en ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est, ndlr) et son deuxième fournisseur dans la région », salue M. Girard, également entrepreneur.

Plusieurs entreprises créées en Thaïlande par des Français ont connu un développement important, parfois jusqu’à s’internationaliser, comme Dextra, Roojai, Food by Phone (racheté par Food Panda) ou Manatal.

Si, d’après plusieurs observateurs, la priorité donnée au respect des règles n’a pas encore eu d’effet négatif certain, elle risque néanmoins de se faire sentir sur les deux points suivants: triche sur les revenus réels importés de plus en plus difficile et une prise de conscience de l’impossibilité d’acheter un terrain.

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