Frédéric Lassaigne
13 octobre 2026

Erasmus + : le grand retour de la Hongrie

Quatre ans après leur suspension du système européen de mobilité pour les jeunes, les vingt-et-une grandes universités hongroises réintègrent le programme grâce à un « deal » passé avec l’UE au printemps dernier.

La voie est à nouveau libre ! Elles avaient été exclues d’Erasmus+ après être passées sous la tutelle de fondations privées sous la houlette de Viktor Orbán et au sein desquelles siégeaient plusieurs de ses proches. En 2022, la situation avait donc poussé Bruxelles à suspendre les financements en raison de préoccupations liées aux conflits d’intérêts, à l’État de droit et à la transparence. L’Union européenne dénonçait notamment l’emprise croissante du gouvernement sur ces institutions.

Mauvaise cible

« Ce n’était pas une bonne réponse, tranche Vincent Liegey, conseiller des Français de l’étranger, ingénieur et enseignant-chercheur en Hongrie, notamment à l’université ouverte Cargonomia et à la grande université d’économie Corvinus de Budapest (photo). Couper les fonds européens a pénalisé en premier lieu les personnes qui souffraient déjà du régime Orbán et qui s’y opposaient, à savoir les étudiants et les enseignants. » Certes, l’aide de Bruxelles a aussitôt été remplacée, à l’euro près, par les autorités hongroises mais les étudiants hongrois sont devenus des pestiférés à l’étranger car ciblés notamment par le Conseil de l’Europe.

Les Ambassadeurs Erasmus+ aux côtés d’Anna-Livia Susini, Déléguée aux relations européennes, internationales et à la coopération au ministère de l’Education nationale, et de Nelly Fesseau, directrice de l’Agence Erasmus+ France / Éducation Formation. Photo : L’Opty

Relancer les mobilités

« Les restrictions empêchaient ces établissements de recevoir de nouveaux financements européens, confirme Nelly Fesseau, directrice d’Erasmus+,  notamment pour les départs en mobilité de leurs étudiants et personnels. Néanmoins, elles n’interdisaient pas aux étudiants français et étrangers d’aller en Hongrie avec un financement Erasmus+ attribué par leur pays d’envoi. » La levée de ces restrictions permettra en tout cas de relancer les mobilités sortantes de Hongrie et les projets de coopération des établissements concernés. Le nombre de bénéficiaires supplémentaires dépendra des projets et des accords entre établissements ; il serait prématuré de l’estimer, à ce stade.

Projets annulés

« Monter un projet de recherche d’envergure comme Horizon Europe, par exemple, poursuit M Liegey, ce sont des mois et des mois de travail de fond, notamment pour constituer un consortium, et du jour au lendemain, on dit aux personnes qui l’ont construit : « vous êtes exclues » ou : « vous n’aurez pas l’argent. » Beaucoup de projets ont été annulés. C’était assez violent. »

Vincent Liegey en Hongrie : « Il y a aujourd’hui une forte mobilisation pour que les choses avancent le plus vite possible. »

Un deal sur le dégel des fonds

Dirigeant nationaliste soutenu par la Russie, Viktor Orbán a donc été battu lors des élections d’avril dernier et la Hongrie retrouve toute sa place dans le programme Erasmus+ puisque c’est un Premier ministre conservateur et pro-européen, Peter Magyar, qui lui a succédé. Un « deal » sur le dégel des fonds européens (4,2 milliards d’euros, ndlr) a été passé fin mai 2026 avec l’Union européenne, débloquant la situation.

Transparence et prévention

« La Commission européenne estime que les mesures prises par la Hongrie répondent aux manquements ayant justifié les restrictions destinées à protéger le budget européen, nous confirme Mme Fesseau, notamment en matière de transparence et de prévention des conflits d’intérêts. » C’est donc sur cette évaluation qu’elle a proposé leur levée au Conseil.

Les Erasmus Days ont lieu cette année du 12 au 17 octobre. Photo : www.erasmusdays.eu

Manquements corrigés

« Chaque situation doit être examinée dans son cadre juridique propre, poursuit-elle. Ce dossier illustre néanmoins la possibilité de lever les restrictions lorsque les manquements qui les ont motivées sont corrigés. Notre priorité reste de permettre aux étudiants et aux établissements de bénéficier durablement de la coopération européenne, dans le respect des règles communes. »

Forte mobilisation

Selon les termes de cet accord, les universités hongroises sont donc à nouveau accessibles, depuis quelques jours, aux étudiants et jeunes travailleurs étrangers. En contrepartie, selon le média en ligne hongrois Telex, Budapest va « rétablir leur autonomie » et « supprimer les fondations dites d’intérêt public ». « Il y a une forte mobilisation pour que les choses avancent le plus vite possible, salue M. Liegey. Je suis confiant dans cette dynamique d’autant que la mise en place d’une nouvelle Constitution en Hongrie est aussi engagée. Depuis avril dernier et la défaite de Viktor Orbán, l’ambiance dans le pays est extraordinaire. » Même si la situation économique de la Hongrie n’a rien à envier à la France.

Nelly Fesseau : « La perspective d’une réouverture complète d’Erasmus+ aux universités hongroises est une excellente nouvelle. » Photo : LinkedIn

Retour du Royaume-Uni

A l’approche du 40ème anniversaire d’Erasmus+ l’an prochain, et en plein cœur des Erasmus Days, qui se déroulent jusqu’au week-end prochain, cette bonne nouvelle, après le retour annoncé du Royaume-Uni post-Brexit comme pays associé pour le 1er janvier prochain,  donnera en tout cas de quoi réjouir aux participants à la fête ! La Suisse vise également une association à partir de 2027, sous réserve de l’achèvement des procédures nécessaires. « Ces perspectives ouvrent de nouvelles possibilités de mobilité et de coopération, pour les étudiants comme pour les autres publics d’Erasmus+, salue Mme Fesseau, dont nous pouvons collectivement nous réjouir. »

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