Frédéric Lassaigne
21 octobre 2026

Les investissements éthiques, c’est pas du toc ?

Avec le changement climatique, de nombreux épargnants, y compris expatriés, tentent d’investir dans des placements respectueux de l’environnement ou dans le secteur de l’économie sociale et solidaire. Est-ce rentable ? Comment s’y retrouver parmi les labels ? On vous donne quelques pistes.

Cet article fait partie du dossier Investissement et gestion de patrimoine à l'étranger. Téléchargez l’intégralité de ce dossier au format PDF : Guide gratuit à télécharger : Investissement et gestion de patrimoine à l’étranger : [not set]/15

Les investissements ESG (environnement, social, gouvernance) représentent aujourd’hui une part croissante des actifs. Mais l’abondance de l’offre et le risque de greenwashing imposent une sélection rigoureuse. Pour s’y retrouver, il convient de se baser sur des certifications reconnues. En France, le label ISR (investissement socialement responsable), géré par le ministère des Finances, garantit un minimum de rigueur méthodologique. Créé, cette fois, par le ministère de la Transition écologique, le label Greenfin cible spécifiquement les fonds orientés vers la transition énergétique. En Europe, la réglementation SFDR impose aux acteurs financiers la publication d’informations standardisées sur la durabilité de leurs activités et de leurs produits.

Les bonnes questions

Au-delà des labels, il convient de se poser les bonnes questions : le fonds exclut-il réellement des secteurs controversés (armement, tabac, énergies fossiles…) ? Pratique-t-il un engagement actionnarial auprès des entreprises en portefeuille ? Publie-t-il un rapport d’impact annuel quantifié ?

Enfin, performance et éthique ne sont pas incompatibles. De nombreuses études montrent que les fonds ESG bien construits affichent des performances comparables, voire supérieures, à celles de leurs équivalents traditionnels sur le long terme. La clé est de ne pas se contenter des mots sur la plaquette, mais d’examiner la substance réelle de la démarche. Transports propres, énergies renouvelables, gestion des déchets ou des ressources naturelles… Les opportunités d’investissement sont nombreuses.

Un fonds en euros sans énergies fossiles

« Investir dans les terres agricoles, les vignes bio ou les forêts est éthique, affirme Édouard Binet, fondateur du cabinet de conseil Expat Invest, ou dans la foncière Prosper, qui mise sur le maintien des seniors à domicile. Il y a des labels qui encadrent tout cela, comme Finansol (associatif, dédié à la finance solidaire, NDLR). Le problème, c’est que les trois quarts de mes clients ne sont pas intéressés par ces critères ESG. »

L’assureur italien Generali vient aussi de lancer un fonds en euros sans énergies fossiles, baptisé Vertessima, avec un rendement minimum garanti de 3 % cette année et en 2027, un produit qui mise sur la finance durable sans renoncer aux caractéristiques traditionnelles des fonds en euros.

« Les jeunes générations sont extrêmement contradictoires, observe M. Binet. À quinze ans, ils ont tous le dernier iPhone, ils veulent des rendements à deux chiffres pour leurs placements et manger local, mais achètent aussi des bitcoins. Très peu sont prêts à payer plus cher pour une moindre performance. »

Sécurité et performance

Deux grandes catégories d’investisseurs sont présentes sur le marché. D’un côté, les particuliers et, de l’autre, les institutionnels tels que les groupes bancaires ou les entreprises cotées et non cotées (PME et ETI), qui innovent dans des domaines comme les énergies renouvelables, la technologie durable et les pratiques commerciales éthiques.

« Pour les particuliers, détaille Aurélien Guichard, fondateur du cabinet Agora Finance, l’objectif principal, après la sécurité et la liquidité, reste toujours la rentabilité. Mais, en analysant davantage, la grande majorité des investisseurs cherche un bon équilibre entre la sécurité et une performance supérieure au taux sans risque. »

Profil de rendement différent

Les « institutionnels » représentent, eux, un poids prépondérant sur le marché. On y trouve notamment les sociétés de gestion, telles que les fonds de placement collectif (FCP, Sicav), ainsi que les fonds de pension étrangers, souvent anglo-saxons et américains.

« L’approche ESG couvre un large spectre, allant du simple contrôle d’exclusion à l’investissement d’impact pur, résume Joe Wilson, chef évangéliste de la banque en ligne Bunq. La stratégie à adopter dépend entièrement de votre temporalité, de votre tolérance au risque et de vos besoins en liquidités. Pensez à long terme, maintenez le cap et soyez honnête avec vous-même quant aux compromis à faire, car aligner vos investissements sur vos valeurs implique parfois d’accepter un profil de rendement différent. »

Dossier Patrimoine - Octobre 2026

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