Nathalie Laville
14 décembre 2019

Comment oublier son obsession de réussite et en revenir à l’urbanité ?, Bernard Jomard

Cela devient urgent, car malheureusement, depuis peu, beaucoup se donnent en permanence des objectifs inatteignables et tous et toutes sont de plus en plus capables de tout piétiner pour y arriver. Souhaitons-nous que ce monde globalisé devienne de plus en plus un champ de bataille ? Il est évident que notre monde globalisé a ouvert […]

Cela devient urgent, car malheureusement, depuis peu, beaucoup se donnent en permanence des objectifs inatteignables et tous et toutes sont de plus en plus capables de tout piétiner pour y arriver.

Souhaitons-nous que ce monde globalisé devienne de plus en plus un champ de bataille ?

Il est évident que notre monde globalisé a ouvert de nombreuses possibilités à certains, en particulier aux urbains éduqués et mondialisés. Mais, il a surtout rendu notre univers professionnel et éducatif hyperconcurrentiel. D’autre part, ce besoin de réussite qui s’affiche partout, sur les réseaux, est devenu de plus en plus prégnant et l’échec est lui devenu inacceptable, car tous et toutes ont de plus en plus besoin de reconnaissance.

Un monde ou prime aujourd’hui un minimum d’éthique et d’affabilité dans le comportement de chaque jour. Un monde ou la valorisation du collectif a généré une certaine forme de déresponsabilisation de l’individu. Un monde ou la responsabilité individuelle n’est plus valorisée et celle collective l’est de moins en moins.

Revenir aux vertus de l’humain

Le choix devrait pourtant être facile. Soit on se satisfait de vivre dans un champ de bataille où il est indispensable chaque jour de renverser son collègue, d’écraser son adversaire ou son concurrent, soit on assume ses responsabilités et on fait néanmoins son job mais sans discours dévalorisant et en faisant preuve d’honnêteté d’urbanité et d’affabilité.

On a trop tendance à oublier que faire preuve de prévenance, de délicatesse évite les tensions et aide plutôt à réussir. Trop nombreux sont ceux qui pensent que pour réussir il faut faire preuve d’agressivité.

Comment est-on passé de relations sociales ou commerciales courtoises à la brutalité ?

En fait suivant les continents, tous n’ont pas sorti les crocs en même temps, et tous ne se sont pas aliénés socialement avec la même amplitude.

Cela a souvent commencé avec la sensation de perdre pied. Puis avec cette pression quotidienne vous sommant de réussir, les fissures se sont élargies. La peur de ne plus être à la hauteur pour ceux qui vous évaluent vous a amené sur un chemin qui vous a fait oublier dans votre sphère professionnelle la prévenance, la franchise et la loyauté.

Dans la sphère urbaine, c’est pire, on le constate chaque jour, on fait de moins en moins de gestes non « rentables ». Oubliés aussi l’écoute l’attention et la disponibilité nécessaires pour aider et offrir des actes gratuits.

Tout est devenu une véritable obsession de réussite

Aujourd’hui, personne ne semble s’étonner et tous refusent de voir ces nombreux faits et actes déplorables survenant autour de nous dans chaque entreprise, dans les transports en commun et dans la cité. Gestes qui passent totalement inaperçus s’ils n’entravent pas la réussite de la famille de l’entreprise ou de la cité.

Cette obsession de gagner pour être heureux, pour réussir à tout prix face aux dangers qu’on imagine de plus en plus nombreux, mobilise toutes nos décisions et actions. Cela nous amène souvent aussi en mode « surchauffe » donc assez insensible à ce qui nous entoure.

Sommes-nous tous sur des rails dont nous ne pouvons sortir ?

Certainement un peu, car sans réussite à étaler dans nos entreprises nos familles, nos existences, nos vies auraient semble-t-il perdu leur sens.

Dans ce monde occidental devenu insincère, cette crainte assez récente du déclassement a généré pour beaucoup une angoisse permanente. Cette crainte nous a fait oublier que tous les gestes fondamentaux comme l’amour, l’amitié ou la loyauté sont gratuits, et que c’est seulement eux qui rendent la vie plus belle.

La solution, oublier notre aliénation permanente à la compétition. La réussite professionnelle ou financière ne peuvent être une fin en soi. Il nous faudrait plutôt en revenir aux vertus de la vie en collectivité. Vertus qui pourraient être l’espérance ou l’optimisme, la charité, la justice, et la tempérance. Sinon un jour, demain, nos villes, nos entreprises, nos collectivités deviendront barbares.

Pour en savoir plus : https://bernard-jomard.com/

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