Nathalie Laville
2 février 2020

Samantha Cazebonne: «Associer l'ensemble des acteurs à la réflexion»

Dans une interview accordée au Journal des Français de l'étranger, la député Samantha Cazebonne partage ses recommandations pour insuffler une nouvelle dynamique à l'enseignement français à l'étranger.

Dans quel but avez-vous préalablement adressé des questions aux familles françaises de l’étranger ?

Samantha Cazebonne  (députée des Français de la péninsule ibérique et de la Principauté de Monaco) : Plus de 20 000 personnes ont répondu à la consultation à travers neuf questionnaires dirigés vers l’ensemble des acteurs, qu’il était important d’entendre dans la diversité de leurs perspectives, afin de les associer à la réflexion et à l’évolution : familles du réseau, familles hors réseau, équipes pédagogiques à l’étranger et en France, anciens élèves, élèves, élus consulaires, missions diplomatiques et encadrement. En outre, nous avons auditionné des partenaires, rencontré des opérateurs, des parents d’élèves, des élus consulaires… L’objectif était d’aider au doublement de nos effectifs afin que nous ayons plus d’élèves scolarisés dans le système d’éducation français, ce qui renforce le rayonnement de la France partout dans le monde. C’est un excellent relais d’influence ! 

Quels problèmes avez-vous mis en avant dans la gestion de l’AEFE ? Quelles étaient vos préconisations pour y remédier ?

S.C : Le problème majeur de l’AEFE est financier. Il relève avant tout d’un écart entre la subvention publique et la contribution patronale à la pension civile des fonctionnaires détachés qui augmente proportionnellement à leur ancienneté, creusant un écart qui s’accentue chaque année. Cela pèse sur les frais de scolarité des familles à travers la participation financière complémentaire (et la participation à la rémunération des résidents le cas échéant), qui ont de plus vu les droits d’écolage exploser avec la mise en place (puis l’abandon) de la prise en charge des frais de scolarité qui a créé un effet d’aubaine important.

J’ai donc préconisé une stabilisation des crédits publics pour laisser le temps à l’agence de se restructurer en équilibrant son budget grâce à des réformes internes indispensables, et à la dotation de l’État augmenté pour 2020 de 25 millions d’euros, qui seront maintenus en 2021 et 2022.

Pour accompagner le développement du réseau, si j’ai recommandé l’augmentation du nombre de titulaires détachés (recommandation que les ministres ont suivie), j’ai aussi énoncé plusieurs recommandations en faveur de la formation de l’ensemble des personnels, y compris des contrats locaux, et je me réjouis qu’une grande part de la réforme annoncée il y a quelques semaines concerne l’offre de formation. La faible représentation des familles dans la gouvernance, et notamment pour les décisions budgétaires, constitue selon moi une autre problématique à laquelle il faut remédier. La réforme annoncée leur donne plus de pouvoir à cet égard. Enfin, la prise en compte de la multiplication exponentielle de nouvelles écoles internationales est très récente, et notre réseau accuse un retard qu’il doit désormais rattraper, notamment en développant le plurilinguisme.

Comment pensez-vous qu’il serait possible de mieux accompagner, de mieux aider l’ensemble des familles françaises installées à l’étranger ?

S.C : Je recommande dans mon rapport de veiller à ce que les crédits publics prévus pour les bourses scolaires augmentent proportionnellement aux nouveaux besoins qui naîtront à l’occasion du développement de l’EFE afin que nos écoles conservent une mixité sociale.

Il est par ailleurs important de rappeler que les trois quarts des enfants français établis à l’étranger ne sont pas scolarisés dans le réseau des établissements homologués. Je préconise donc de développer l’enseignement français également hors des frontières de l’EFE stricto sensu, notamment à travers des filières françaises dans les systèmes éducatifs locaux, à travers des formations hybrides (distance/présentiel) ou encore en appuyant les associations FLAM.

Je travaille aussi beaucoup pour l’inclusion scolaire au sein de l’EFE : deux amendements que j’ai portés et qui ont été adoptés en font désormais une mission de l’AEFE et un critère d’homologation. Les associations de parents comme Aledas ainsi que les opérateurs, l’AEFE et la MLF, travaillent en ce sens.

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