Leslie Fauvel
4 août 2020

Le préfet de la Réunion refoule les Français de Madagascar

Depuis mi-juillet, les vols sont suspendus entre Madagascar et le département français de La Réunion. Une situation contraire à la loi, selon les élus des Français de la Grande Ile.

Suite à la détection de plusieurs passagers d’un vol reliant Majunga et Nosy Be à Saint Denis de La Réunion, testés positifs au nouveau coronavirus, le préfet de la Réunion, Jacques Billant, a décidé le 13 juillet la suspension des vols entre Madagascar et le département français d’outre-mer, sans date de reprise.

> « Monter à Paris pour redescendre à La Réunion »

Pour les Français de Madagascar, il est désormais mission impossible de regagner le département d’outre-mer. Pour l’élu consulaire Jean-Hervé Fraslin, la situation est ubuesque : « Le problème est surtout critique à Toamasina et Antananarivo d’où aucun vol n’est parti pour La Réunion depuis plusieurs mois. Six vols depuis des villes de province ont été organisés en juin et juillet… puis “suspendus”. Résultat: seuls ont pu rentrer chez eux ceux qui ont eu les moyens d’affréter un vol privé ou de “monter à Paris” pour “redescendre à La Réunion” ». Pour Jean-Daniel Chaoui, président de l’association Français du Monde (FDM) Madagascar et conseiller consulaire, cette décision préfectorale est d’autant plus absurde qu’« aujourd’hui, les Français en provenance de Madagascar peuvent se rendre à Paris avec la seule obligation d’effectuer un test à l’arrivée sans plus de protocole sanitaire. Ils peuvent d’ailleurs ensuite prendre un avion pour la Réunion sans difficulté ». Madagascar fait partie de la liste des 16 pays considérés « à risque » par Paris : les voyageurs en provenance des ces pays doivent soit justifier d’un test Covid-19 négatif réalisé moins de 72 heures avant leur arrivée sur le sol français, soit le réaliser à leur atterrissage en France.

Jusqu’à mi-juillet, des vols étaient organisés par l’ambassade de France avec la compagnie locale malgache Tsiradia, avec des avions de 80 à 100 places qui partaient de villes de provinces comme Diégo Suarez, Toamasina, Majunga, ou les îles de Nosy Be et Sainte-Marie, autant de lieux où résident plusieurs centaines de familles françaises.

> L’ambassade de France temporise

Jean-Daniel Chaoui a donc sollicité le 26 juillet l’intervention de l’ambassade de France devant cette mesure qu’il juge contraire au droit de tout ressortissant français à regagner la France. « Je me demande sur quels fondements juridiques repose la décision du préfet de la Réunion », s’interroge-t-il dans son courrier à Christophe Bouchard, l’ambassadeur français. Pour ce-dernier, « il n’y a pas aujourd’hui de refus d’accès par le Préfet au territoire de la Réunion »: les Français de Madagascar sont dans l’incapacité de rejoindre la Réunion à cause des difficultés à effectuer des tests virologiques dans la Grande Ile, alors que toute personne désirant entrer dans le département réunionnais doit obligatoirement justifier d’un test Covid-19 négatif réalisé moins de 72 heures avant.

Réponse de l’ambassadeur à Jean-Daniel Chaoui : « Nous avons informé les autorités préfectorales de la Réunion, ainsi que l’administration centrale, du fait que la réalisation de tests dans de tels délais pour l’ensemble des passagers n’était pas envisageable dans les conditions actuelles. Cet état de fait explique que nous n’ayons pas été en mesure d’organiser des vols vers la Réunion depuis plusieurs semaines, et nous sommes bien conscients des conséquences de cette situation pour nos compatriotes présents à Madagascar et souhaitant se rendre à la Réunion, mais aussi pour ceux, notamment en province, qui trouvaient dans les vols vers la Réunion un moyen de rejoindre ensuite la métropole, alors qu’ils ont des difficultés, du fait des mesures prises par les autorités malgaches, pour rejoindre Tananarive et y prendre un vol direct vers Paris. Nous continuons d’explorer toutes les pistes possibles et poursuivons les échanges avec les administrations concernées comme avec les compagnies aériennes, afin qu’une solution puisse être trouvée dans les meilleurs délais qui rende de nouveau possible l’organisation de vols vers la Réunion ».

> Le problème des tests

Jean-Daniel Chaoui juge cette réponse insatisfaisante et a interpellé plusieurs députés et sénateurs des Français de l’étranger sur cette question. A ce jour, seul le sénateur Richard Yung a réagi et demandé des explications au préfet de La Réunion. Jean-Hervé Fraslin, lui, s’interroge : « Il s’agit de de mettre en place un dispositif pour tester 60 personnes par jour (un ATR). Serait-ce une difficulté insurmontable pour une préfecture ou une ambassade ? » 

Selon l’ambassade de France, « depuis le début de la crise sanitaire et la fermeture des frontières, 2500 compatriotes et autres ressortissants ont pu rentrer à la Réunion, ou transiter par la Réunion pour ensuite rentrer en métropole, et ce grâce à la bonne coopération avec les services de la préfecture de la Réunion ». Un collectif de Français désireux de se rendre à La Réunion vient de se créer et peut être joint à cette adresse mail: reunionretourvol@gmail.com

Alors que le pic épidémique est attendu à la fin du mois, Madagascar enregistrait le 1er août 11273 cas et 107 décès dûs au coronavirus.

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