Pénélope Bacle
12 août 2020

Couples binationaux : Et si le Quai d'Orsay aimait l'amour... avec modération ?

Malgré l'annonce le 8 août de la mise en place d'un laissez-passer pour les retrouvailles des couples binationaux, ces derniers nagent aujourd'hui en pleine confusion, incertains de pouvoir se retrouver face à des directives contraignantes et diffuses des postes diplomatiques.

« Ce virus n’aime pas l’amour. Nous, si » a déclaré ce weekend au Journal du Dimanche (JDD) Jean-Baptiste Lemoyne. Le secrétaire d’Etat chargé du Tourisme et des Français de l’étranger, sollicité par des couples séparés depuis des mois par la crise sanitaire, a annoncé ce dimanche la mise en place rapide d’une procédure dérogatoire pour les couples pouvant prouver d’une « relation sentimentale durable » qui leur permettrait de se retrouver en France.

Le collectif  “Love Is Not Tourism” dans l’attente

Cependant, suite à cette annonce, le collectif « Love Is Not Tourism », qui réunit ces couples binationaux mobilisés depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux, n’a toujours pas obtenu d’informations précises du gouvernement. Le collectif, qui espérait un dispositif plus souple comme au Danemark ou en Suisse, attend ainsi fébrilement une communication officielle du ministère pour savoir clairement quelles pièces seront effectivement requises et s’ils pourront ou non espérer être réunis prochainement.

Des nouvelles éparses des postes diplomatiques

Sollicité par ces couples à travers le monde, chaque poste fournit sa propre communication en la matière. Selon nos informations, à Delhi par exemple, l’ambassade de France demande aux couples de témoigner d’une relation effective de plus de six mois avant la crise pour espérer obtenir un laissez-passer. Alors qu’aux Etats-Unis, il faudrait vraisemblablement justifier de plusieurs retrouvailles entre octobre 2019 et mars 2020 pour espérer une dérogation. Le précieux laissez-passer ne serait cependant valable qu’une fois et, si la procédure devait être rejetée, il s’agirait d’un refus définitif. Les couples devraient en outre fournir un plan de vol, en espérant que ce dernier soit maintenu et que les compagnies aériennes veuillent bien les embarquer avec un laissez-passer ou un visa de conjoint…

Plus inquiétant encore pour ces couples, les délais d’instructions des dossiers pourraient prendre entre deux et quatre semaines. Une attente qui pourrait mettre à mal tout projet de retrouvailles alors que nombre d’entre eux ne pouvaient se réunir que pendant l’été !

Des règles assouplies ?

Le collectif est d’autant plus inquiet que, comme Français à l’étranger l’avait pressenti, les pièces évoquées par le secrétaire d’Etat au JDD, tout comme par les postes consulaires, pourraient s’avérer complexes à réunir. Dans son interview, Jean-Baptiste Lemoyne avait cité, parmi les justificatifs administratifs autorisés, la preuve d’un compte bancaire commun, des factures communes, un contrat de bail locatif, plusieurs visas… Or, ces justificatifs, difficiles à obtenir pour beaucoup de couples vivant à distance, restent les mêmes que ceux qui étaient déjà requis pour les visas des conjoints étrangers comme l’attestent certains sites de consulat mis à jour avant l’annonce du secrétaire d’Etat, notamment à Buenos Aires ou en Israel.

Un progrès est à noter cependant, selon nos informations, le ministère des Affaires étrangères a décidé de faciliter les démarches des couples en acceptant les procédures en ligne.

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