Didier Bras
18 avril 2022

Les secteurs qui recrutent au Québec : des voies royales vers l'emploi

Sérieusement affecté, comme partout dans le monde, par la pandémie en 2020, le marché de l'emploi québécois a repris des couleurs avec une constante : d'importants besoins en main-d'œuvre. Ceux-ci sont plus ou moins marqués selon les domaines d'activité. Ce dossier spécial va passer en revue les plus prometteurs.

Les chiffres sont têtus et ils sont surtout la preuve que le Québec recèle toujours de belles possibilités d’emplois. Selon la dernière publication (février 2022) de l’Institut de la statistique du Québec, 193.000 postes étaient vacants dans la province durant les neuf premiers mois de 2021. Il s’agit d’une augmentation de près de 50% par rapport à 2019, avant la pandémie. Et pour la seule région de Montréal, 62.600 emplois supplémentaires étaient à pourvoir fin 2021, comparativement à l’année précédente.Cette hausse de l’emploi au Québec est aussi marquée dans d’autres régions telles que les Laurentides (+36.000 emplois) et en Montérégie (+26.900).

Quels secteurs ?

Le nombre de postes vacants reste important dans de nombreux domaines d’activité au Québec. Mais si l’on observe ces gains d’emplois dans le détail, on constate qu’au niveau industriel c’est le secteur de la construction qui a concentré plus de la moitié de la croissance observée pour les neuf premiers mois de 2021, avec environ 25.000 emplois supplémentaires. Dans les services, le commerce (+35.700 emplois) et les services professionnels, scientifiques et techniques (+25.900) ont aussi enregistré d’importantes nouvelles offres d’emploi. Toutefois, c’est principalement le secteur des soins de santé et de l’assistance sociale qui a connu la plus forte progression (+ 41.400). L’Institut de la statistique du Québec rappelle aussi qu’en 2021 ce secteur des soins de santé et de l’assistance sociale représentait 521.600 emplois sur le marché du travail de la province (soit 12,21% de l’emploi total au Québec).

L’hôtellerie-restauration est un autre domaine d’activité où les besoins en main-d’œuvre sont très importants, tout comme celui du commerce de détail. L’Institut du Québec, dans son étude du 17 février 2022, notait qu’en raison de ces problèmes récurrents de recrutement, « certains employeurs pourraient commencer à revoir leurs exigences d’embauche à la baisse, notamment en termes de scolarité. » Pourtant, les exigences de compétitivité des entreprises et les évolutions du monde du travail supposent des compétences adéquates. Ainsi l’Institut du Québec poursuit en relevant que « de plus en plus de professions exigeront des compétences plus soutenues en compréhension de lecture, d’écriture, et en résolution de problèmes complexes, alors que le Québec et le Canada enregistrent déjà des retards en littératie numérique ». Mia Homs, la présidente-directrice générale de l’Institut, résume bien la situation : « Le manque de main-d’œuvre constituera indéniablement le principal enjeu de la relance. »

Quelles perspectives ?

Conformément à la règle de l’offre et de la demande, il est raisonnable de penser que ces besoins constants en main-d’œuvre se traduisent par une hausse des salaires, notamment pour cette année 2021 qui a connu une importante relance économique après le choc initial du Covid. Durant cet exercice 2021, les salaires ont globalement progressé de 2,2%, avec une moyenne horaire à 28,81 dollars canadiens (env. 21 euros). Cette hausse est toutefois très variable selon les secteurs et elle est aussi à mettre en rapport avec l’inflation qui a atteint 3,8% pendant cette même période. Force est aussi de constater que la rémunération horaire moyenne des hommes a augmenté de 2,7%, contre seulement 1,5% pour les femmes. Une disparité que l’on observe malheureusement trop fréquemment, et pas seulement au Québec…

Vers une immigration plus large

En tout cas, partant de ce constat de pénurie de main-d’œuvre, les autorités québécoises semblent décidées à mettre les moyens pour renforcer la formation locale, notamment dans le secteur déterminant des technologies de l’information. Mais des voix se font aussi entendre pour rehausser les seuils d’immigration, pas seulement francophones, et au-delà du Québec. La ministre canadienne des Finances, Chrystia Freeland, semble plaider en ce sens. Dans le budget fédéral présenté début avril, elle indiquait son intention d’accueillir chaque année 46.000 immigrants supplémentaires pour répondre à ces besoins de main-d’œuvre dans l’ensemble du pays. À noter également, le budget 2022 du gouvernement de Justin Trudeau promet un investissement de 2,1 milliards de dollars canadiens pour favoriser le traitement des demandes et l’installation des nouveaux résidents permanents.

On le voit, la question de la pénurie de main-d’œuvre reste bien un enjeu majeur pour la croissance de l’économie québécoise et, plus largement, du Canada dans son ensemble. Au point d’amener certains à se projeter dans des visions pour le moins futuristes. Ainsi, notre excellent confrère québécois du journal La Presse pointait aussi récemment l’opportunité de développer «l’automatisation, la robotisation et l’intelligence artificielle», posant la question suivante : «Est-ce que la technologie peut nous aider à nous sortir du pétrin, en pourvoyant les postes dont les travailleurs ne veulent plus ?»

Avant que l’accès à l’emploi ne devienne une course contre la machine, gageons que bon nombre de candidats, notamment francophones, puissent saisir les opportunités d’emploi offertes par le Québec.

> Sources

https://statistique.quebec.ca/fr/document/etat-du-marche-du-travail-au-quebec

https://institutduquebec.ca/bilan-2021-de-lemploi-au-quebec/

https://www.lapresse.ca/affaires/2021-12-13/forum-des-affaires/l-immigration-la-solution-a-court-terme-a-la-penurie-de-main-d-oeuvre.php

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