Marlène Panara
6 juin 2022

France-Scandinavie, une proximité grandissante

Les échanges économiques franco-scandinaves sont aujourd’hui consolidés par l’attrait de plus en plus en fort des Français pour la région. Un modèle scandinave, appliqué au monde du travail notamment, qui séduit d’ailleurs jusqu’au sommet de l’État.

« Les pays scandinaves, avant la guerre, semblaient fort éloignés […] Quelques Suédois en vacances sur la Côte d’Azur, quelques privilégiés qui “faisaient les fjords”, c’est à peu près à quoi se résumaient les contacts humains entre notre pays et les États nordiques. Et le Français moyen aurait été souvent bien en peine, sur la carte, de situer l’une par rapport à l’autre la Norvège et la Suède. » Voici comment étaient décrites en 1957, dans un article du Monde diplomatique, les relations d’avant-guerre entre la France et la Scandinavie. Depuis, l’époque, et le monde avec elle, s’est transformée.

À mesure des décennies, les liens entre Paris et le Danemark, la Norvège et la Suède, se sont mués en véritables partenariats économiques et politiques. Aujourd’hui, d’après les derniers chiffres du Trésor français, la France est le neuvième partenaire commercial de la Suède et du Danemark. Et malgré la baisse régulière de ses importations, la France reste un partenaire commercial privilégié de la Norvège. En 2021, elle était le sixième client du pays nordique.

Des échanges dynamiques et constants qui ont poussé de plus en plus de Français à s’expatrier dans la région. D’autant plus depuis l’élection d’Emmanuel Macron, qui n’a jamais caché son attrait pour le modèle scandinave. En août 2018, le président français en déplacement au Danemark, définit les Danois comme un « peuple luthérien », « ouvert aux transformations. » Dans l’entourage du chef d’État aussi, le système scandinave séduit. Dans une tribune au Monde, le conseiller au président Philippe Aghion prône « l’exemple suédois » pour la réforme du système d’impôts. L’économiste Jean Pisani-Ferry, lui, proposait en 2017 à Emmanuel Macron « une nouvelle approche du travail », calquée sur « le modèle scandinave. »

Un modèle inspirant pour Emmanuel Macron

Les 23 et 24 août 2021, Elisabeth Borne et Clément Beaune, alors ministre du Travail et secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, s’étaient d’ailleurs rendus en Suède et au Danemark. Objet de la visite ? Échanger avec les partenaires sociaux locaux pour la construction du modèle social européen et des droits des travailleurs au sein de l’Union européenne. Dans la ville danoise de Fredericia, Clément Beaune avait visité l’équivalent français d’un centre Pôle emploi. Une visite centrée cette fois-ci autour de la thématique de l’insertion professionnelle des jeunes et de la formation continue.

Trois ans plus tôt, dans le même pays, Emmanuel Macron avait évoqué devant la communauté française son admiration pour le modèle danois de « flexisécurité », qui permet aux entreprises de se séparer plus facilement de leurs salariés en échange de contreparties, comme des indemnités de chômage élevées et des formations de bon niveau. Objectif : s’adapter aux changements du marché. C’est d’ailleurs ce concept qui a inspiré les ordonnances du président français de la fin de l’été 2017, destinées à engager les réformes sur la formation professionnelle et l’assurance-chômage.

Un modèle inspirant, mais par ailleurs encore difficile à appliquer tel quel en France, explique Alain Lefebvre, auteur de Macron le Suédois. Au Danemark ou en Suède, le monde du travail est bien plus flexible. « Le management est moins hiérarchique, les salariés sont bien formés par l’entreprise et l’organisation est plus souple. Le patronat sait aussi négocier avec des syndicats puissants », affirme-t-il dans une interview au Figaro. Autant de critères qui poussent chaque année de plus en plus de Français, désireux d’expérimenter un nouveau modèle de travail, à tenter leur chance en Scandinavie. À l’instar de Noémie Altschul, qui a posé ses valises en Suède pour un Volontariat international en entreprise (V.I.E), au départ pour « quelques mois. » C’était il y a seize ans.

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