Marie-Pauline Desset
28 septembre 2026

Killarney Heights, ou « la petite France » en Australie

Un quartier au nord de Sydney est la capitale discrète de la francophonie australienne avec 6 % de ses habitants qui y parlent la langue de Molière. Découverte de « la petite France » à Kil-larney Heights et de son école bilingue.

Cet article fait partie du dossier Australie, terre d'opportunités : [not set]/12

À une quinzaine de kilomètres de l’Opéra de Sydney, il y a une petite place nichée dans le quartier de Killarney Heights où l’on entend des bribes de français s’échapper des rires d’enfants depuis l’aire de jeu centrale. L’épicerie non loin regorge de goûters français comme des barquettes à la fraise Lu et des biscuits BN. Les parents qui surveillent les plus jeunes prennent un café en terrasse sur des chaises en rotin et des tables de bistrot, tout comme ils le feraient dans l’Hexagone. En poussant la porte de la pâtisserie, on est accueilli avec un chaleureux « bonjour ». Baguettes, pains au chocolat, mille-feuilles et macarons peuvent même être commandés en français. Bienvenue au café Le Parisien, une enseigne iconique du quartier tenue par Jérôme Chevallier, un franco-australien, formé à la boulangerie-pâtisserie en France. Nous sommes au cœur de « la petite France » au nord de Sydney, le quartier qui compte le plus de francophones de toute l’Australie, soit 6 % des résidents de Killarney Heights (contre 0,3 % à l’échelle nationale). Cette petite péninsule dans un bras de mer de Sydney offre un cadre de vie idyllique, entre la végétation luxuriante des parcs nationaux et les plages populaires du nord de la ville, la « French touch » en plus.

C’est avant tout l’école primaire publique locale, et son programme bilingue anglais-français, qui confère à Killarney Heights ces couleurs bleu-blanc-rouge. Cette année, il y a 670 élèves sur les bancs de l’école, dont 570 enfants qui sont inscrits à ce programme, parmi lesquels 245 francophones et 325 anglophones qui prennent aussi des cours en français.

« La raison pour laquelle il y a cette communauté francophone à Killarney Heights, c’est parce qu’il y a cet établissement scolaire. Ce qui attire les familles, c’est l’accès à un cursus bilingue pendant la durée de l’école primaire, permettant aux parents de s’y installer durablement », assure Anne Bentley, la directrice générale de l’association sans but lucratif « French-speaking Association of the North Shore » (FANS) qui gère le programme bilingue et emploie les enseignants de langue française. Ces derniers travaillent en collaboration étroite avec les enseignants de l’école. Le programme bilingue s’articule autour de deux parcours distincts, avec une filière francophone conçue pour les enfants qui comprennent déjà le français, et une filière anglophone destinée aux élèves qui débutent totalement l’apprentissage de la langue. Pour favoriser l’intégration, les classes sont mixtes. « Donc, dans chaque classe, il y a des francophones, des anglophones et des enfants du quartier qui ne sont pas inscrits au programme. Tous les enfants se mélangent dans la cour aussi », décrit la directrice. Elle précise que le programme bilingue vient se greffer sur l’école publique, et suit les programmes scolaires du ministère de l’Éducation australien.

Le développement d’une école bilingue à Killarney Heights a été relativement fortuit, alors que l’école locale, en manque d’élèves, a accepté d’accueillir le programme en français en 1999, avec à peine cinq enfants francophones. « Au départ, ce n’était donc pas une décision stratégique, c’est juste que l’école était en perte de vitesse. Les Français ont été attirés par le programme qui s’est implanté et depuis, le profil du quartier s’est un peu transformé », décrit-elle. Au fil des années, le succès a été exponentiel et a créé un appel d’air pour les familles d’expatriés français ou biculturelles. S’implanter autour de l’école permet de retrouver un « sentiment d’appartenance, une connexion langagière et culturelle », observe Mme Bentley. Venir à Killarney Heights permet aussi de retrouver des racines familières, poursuit-elle : « Les enfants vont pouvoir maintenir leur bilinguisme, qu’ils auraient sinon perdu. Mais en plus, cela permet de rencontrer une communauté qui n’existe pas ailleurs. Parce que d’un seul coup, il y a ce lien immédiat par la culture et des références culturelles communes. Cela permet aussi de sortir d’un potentiel isolement », résume-t-elle. Autour de l’école, les parents ont recréé tout un écosystème social, avec des équipes de foot, des soirées jeux de cartes et des tournois de baby-foot. « Tout cela renforce cette perception de petite bulle francophone », décrit-elle encore.

La meilleure vitrine de cet ancrage français en Australie est sans conteste le « French Market », marché annuel organisé chaque année mi-novembre par FANS depuis 20 ans, avec l’appui de 300 bénévoles. Plusieurs milliers de personnes s’y pressent chaque printemps pour profiter d’un « petit morceau » de France en Australie. Ce temps fort du quartier, accueilli sur le site de l’école primaire, permet aux expatriés de se retrouver dans un cadre convivial, faisant écho aux marchés typiques français. L’occasion de faire le plein de saveurs et savoir-faire français et d’échanger entre compatriotes sous les fanions bleu-blanc-rouge.

Dossier Australie - Septembre 2026

share Partager

Destinations au banc d'essai

De backpacker à cheffe d'entreprise, l'énergie débordante de Natacha Lavorel en Australie

Arrivée en Australie en 2012 avec un simple permis vacances-travail (PVT), la Française Natacha Lavorel est aujourd'hui à la tête de sa propre entreprise de panneaux solaires à Wollongong, couvrant la région de l'Illawarra au sud de Sydney. Rencontre avec une entrepreneuse qui a su tirer parti du boom des énergies renouvelables.

Destinations au banc d'essai

« FIFO », le modèle d'emploi atypique dans les contrées reculées d'Australie

Le Fly-In Fly-Out (FIFO) est un système de travail propre à l'Australie pour acheminer la main-d’œuvre dans les régions industrielles isolées et peu peuplées. Plongée dans un mode de vie atypique, attrayant financièrement pour les plus aventuriers, mais qui a aussi des revers.

Destinations au banc d'essai

Perth : les opportunités de la ruée vers l'Ouest Australien

Perth, capitale d'Australie-Occidentale et hub minier du pays, s'impose comme une alternative sérieuse — et souvent méconnue — aux métropoles de Sydney et Melbourne. En pleine expansion économique, la ville de 2,5 millions d'habitants offre des opportunités d'emploi dans un cadre de vie enviable et empreint de liberté.

Destinations au banc d'essai

Le VIE en Australie, accélérateur de carrière à l'international

Ils ont moins de 29 ans, un passeport français et l'envie de se lancer à l'autre bout du monde sans sacrifier leur carrière. Grâce au volontariat international en entreprise (VIE), des centaines de jeunes Français s'installent chaque année en Australie, le temps d'une mission qui, souvent, se transforme en véritable rampe de lancement professionnelle. Regards croisés d'une volontaire et de Business France sur le dispositif.

Destinations au banc d'essai

Permis Vacances-Travail : bien se préparer sans rêver d'eldorado australien

Ils sont environ 25 000 Français chaque année à tenter l'aventure australienne avec le Permis Vacances-Travail. Mais entre les salaires faramineux vantés sur TikTok et la réalité du terrain, il y a souvent un monde de différences. Maitena Hernandez, qui accompagne les jeunes voyageurs français en Australie depuis quinze ans, livre un bilan sans concessions — et quelques conseils pour éviter les mauvaises surprises.