Français à l'étranger
2 novembre 2022

La CCI française au Canada, une chambre de commerce pancanadienne

Après un début de carrière dans le sport entre la France et le Canada, Julien Tougeron s’est tourné vers l’entrepreneuriat avant de prendre, il y a quelques mois, les rênes de la Chambre de commerce et d’industrie française au Canada, basée à Montréal.

C’est tout frais. Julien Tougeron a été élu cette année directeur général de la CCI française au Canada, une chambre qui compte plus de 320 membres et 7 000 contacts, insiste le Français : « La CCI française est pancanadienne. Depuis Montréal, nous gérons tout le Canada en lien avec les autres chambres, celle d’Ontario, le Cercle francophone de Vancouver et la Chambre de commerce française à Québec. » La CCI française du Canada est une association reconnue d’utilité publique par l’état français et regroupe des entreprises sur l’ensemble du territoire canadien. Cependant 75% de ses membres sont rassemblés au Québec. En effet, le Québec regroupe la première communauté française hors d’Europe. « La Chambre n’est pas un village gaulois, précise Julien Tougeron, 40% de nos membres sont Canadiens et Québécois. Parmi eux, on a des entrepreneurs français qui ont créé leur entreprise au Québec avec ensuite l’idée d’ouvrir une filiale en France. » Au niveau des tendances du marché, Julien Tougeron constate, sans surprise, une importante pénurie de main-d’œuvre : « Il manque près de 300 000 emplois juste au Québec. »

Place aux « chasseurs de tête »

De nombreux domaines sont concernés, à commencer par les technologies de l’information (TI), l’intelligence artificielle (pôle important à Montréal) et les jeux vidéo. Un grand nombre de métiers non qualifiés comme ceux de serveurs, vendeurs ou du personnel de construction ne trouvent pas non plus preneurs. « Le rôle premier de la CCI, rappelle Julien Tougeron, c’est d’accompagner ses membres et d’être le partenaire incontournable de leur développement au Canada. Nous avons monté une plateforme Talents et Emploi qui leur permet de poster leurs offres et aux candidats de déposer leur CV. Quand les Français viennent à l’étranger, le premier chemin qu’ils prennent, c’est de s’orienter vers la Chambre de commerce. »

La CCI de Montréal ne propose pas elle-même de service de recrutement, mais elle met en avant ses membres « chasseurs de tête », spécialisés dans la recherche de visa, ou des cabinets d’avocats dédiés à la mobilité internationale. Elle joue aussi un rôle d’advocacy auprès de ses partenaires pour porter les messages de ses membres. « Nous avons un rôle de porte-voix vis-à-vis des autorités locales, ajoute Julien Tougeron. Nous poussons nos membres à nous préciser leurs besoins de main-d’œuvre, que l’on transmet ensuite au gouvernement provincial et fédéral. » Aujourd’hui, les 320 membres de la CCI représentent plus de 100 000 emplois au Canada et une centaine de milliards de dollars de chiffre d’affaires. La CCI française au Canada travaille actuellement avec une start-up membre d’un projet pilote de mapping des compétences internes dans les entreprises afin de pallier les problématiques de recrutement et de favoriser les échanges de compétences entre membres, ce qui permet à chacun de ceux-ci de créer un maillage pour tenter de pallier cette problématique de talents.

Un momentum pour les Français

Et ce n’est pas tout. Il manque également des infirmières, des médecins mais aussi des plombiers ou des électriciens. « Il existe des équivalences mais il faut se rapproche des ordres professionnels afin de vérifier les adéquations compétences/connaissances obligatoires du marché local. Cela demande un effort d’adaptabilité pour se fondre dans un marché du travail ouvert mais réglementé. » Le Canada manque aussi d’employés de bureau. « Moi-même, j’ai du mal à recruter, témoigne Julien Tougeron. Je cherche un stagiaire actuellement et je n’en trouve pas ! Donc, il y a un vrai bon momentum pour les Français qui visent le Canada pour s’y installer. Le problème, c’est qu’il est extrêmement compliqué d’obtenir un visa, que ce soit pour un permis de travail temporaire ou une résidence permanente. Les délais sont très longs, ce qui est assez paradoxal, puisqu’il y a un besoin de main-d’œuvre francophone. »

Selon lui, obtenir une demande de résidence permanente pour le Québec peut ainsi prendre jusqu’à trois ans. Il existe toutefois des solutions pour contourner ces obstacles, comme le Volontariat en entreprise (V.I.E) qui permet à un jeune de venir rapidement, ou les stages de coopération. « Le problème, c’est que les autorités se retrouvent elles-mêmes confrontées à une pénurie de main-d’œuvre. Le délai de traitement est plus long parce que les administrations canadiennes n’ont pas suffisamment de personnel, ce qui est un peu paradoxal ! »

Davantage de sous-traitance

Des talents sont également recherchés dans l’aéronautique, l’aérospatiale, la logistique, le transport et le fret. On recrute aussi du personnel dans les métiers liés au tourisme, à l’hôtellerie et à la restauration, obligeant des restaurants à fermer parce qu’ils n’ont pas suffisamment de personnel. « On voit apparaître deux phénomènes, observe le Français, d’abord des boulots d’été pour des jeunes, de plus en plus jeunes, 13-14 ans. L’autre volet, c’est la problématique des retraites. Ici, elles sont faibles et on croise de plus en plus d’aînés qui se remettent à exercer parce qu’il y a du travail. » Julien Tougeron reste toutefois raisonnablement optimiste, estimant que le marché va finir par se réguler, même si les entreprises font face à des demandes de hausse de salaires, parfois d’un tiers ou de moitié. Il estime aussi qu’à l’avenir, certaines activités seront de plus en plus confiées à des sous-traitants, en particulier dans l’informatique : « Quand vous avez besoin d’un technicien informatique et qu’il n’y en a pas dans l’entreprise, vous prendrez de plus en plus un prestataire pour gérer votre flotte d’ordinateurs, les pare-feu, le cloud externe, etc. » 

 

> Une carrière dédiée à l’entrepreneuriat

Qu’il les crée lui-même ou qu’il en fasse la promotion à travers la French Tech, Business France et aujourd’hui la CCI française au Canada, Julien Tougeron a toujours eu l’esprit d’entreprise chevillé au corps.

Julien Tougeron, 40 ans, père d’un ado de 16 ans, a grandi à Marseille. Après des études en école de commerce, option développement internationale, il a débuté sa carrière à l’OM. « Je montais des études de marché dans le marketing », se souvient-il. Le Français vit depuis six ans au Canada après un premier passage au début des années 2000. A son arrivée, à cette époque, il commence par travailler pour la fédération canadienne de soccer (football) à Vancouver, en Colombie-Britannique. De retour en France après ce premier séjour de trois années, « j’ai eu une envie irrépressible de me lancer dans l’entrepreneuriat », confesse-t-il. Il crée une société de relocation sur le modèle des clubs et de placement des joueurs de football professionnels pour les grands groupes et leurs expatriés. « On cherchait le logement, on s’occupait de l’école des enfants, de trouver un emploi au conjoint et de l’administratif comme la sécurité sociale, les assurances ou le téléphone », détaille-t-il.

Attractivité française

Féru de droit et de finances, le Français a su dénicher mieux que quiconque les décrets obligeant les multinationales à financer la réinstallation de leur personnel après une expatriation. « Mon modèle, c’était de trouver où était l’argent, se souvient-il, et s’il y avait une loi correspondant à ces obligations-là vis-à-vis des grands groupes pour leur proposer mes services. » Sa PME est florissante et emploiera en France jusqu’à 45 collaborateurs. Julien Tougeron est donc revenu à Montréal il y a six ans, d’abord en charge de la French Tech (il avait été l’un des fondateurs de celle d’Aix-Marseille), avant de bifurquer vers Business France en tant que directeur senior pour l’Amérique du Nord dans la tech. « J’étais en charge à la fois des entreprises françaises en approche du marché canadien et américain, détaille-t-il, mais surtout de l’attractivité du territoire français dans l’accompagnement des grands investisseurs nord-américains vers la France. »

share Partager

Etudier et travailler

Infirmiers : partir à l’étranger pour mieux vivre son métier

En France, le mal-être des soignants n'est plus un secret. Avec des salaires parmi les plus bas de l’OCDE (inférieurs de 10 % au salaire moyen national) et des conditions de travail dégradées, l'expatriation devient pour beaucoup une soupape de sécurité. Que ce soit en Europe ou vers des horizons plus lointains, les infirmiers français s'exportent pour retrouver le sens de leur mission.

Etudier et travailler

180 salariés, 80 villes, 0 bureau : la recette 100 % "digital nomad" de Swapcard

« Lors du séminaire au Portugal, il y avait près de la moitié des personnes que je n’avais jamais rencontrées physiquement, bien qu’on travaille ensemble depuis quatre ans » , raconte Godefroy Colas des Francs, 38 ans, fondateur de Swapcard. S’il s’en émeut, c’est parce que son entreprise a pris une forme peu banale : les 180 salariés sont dispersés dans une trentaine de pays. Une organisation entièrement en "full remote", devenue l’ADN même de cette entreprise française de l’événementiel digital.

Etudier et travailler

La « nouvelle guerre scolaire » gagne les établissements de l’étranger

Depuis quelques mois, parents et syndicats enseignants dénoncent des hausses des frais d’inscription dans les établissements français à l’étranger. En toile de fond, un débat plus large s’installe : celui de l’évolution du modèle de l’enseignement français à l’étranger, entre pilotage public historique et montée en puissance d’acteurs privés.

Actualités internationales
Etudier et travailler
Vie pratique

Quels sont les meilleurs passeports du monde ?

Selon le dernier baromètre du cabinet de conseil britannique Henley & Partners, Singapour arrive à nouveau en tête du classement. La France recule légèrement, en raison surtout d’une méthodologie particulière.

Actualités internationales
Etudier et travailler
Vie pratique

Bourses scolaires à l’étranger : c’est maintenant !

La campagne est désormais bien lancée. Les dates limites pour déposer un dossier d’aide varient en fonction de chaque consulat français dans le monde.