Leena Lecointre
1 novembre 2023

« Il n’y a pas de mauvais moment pour acheter » selon Maël Bernier (Meilleurtaux)

Hausse des taux d’intérêts, régions recherchées, difficultés d’emprunt… La directrice de la communication et des études chez le comparateur de services financiers Meilleurtaux.com, Maël Bernier, dépeint le marché immobilier actuel.

Français à l’étranger : Quelles sont les caractéristiques de ce marché aujourd’hui ?

Maël Bernier : Il est actuellement très stable, mais très ralenti. Comme beaucoup de pays, la France a subi l’inflation de plein fouet. Nos taux d’intérêts ont explosé : en janvier 2022 ils tournaient autour de 1,2% sur vingt ans, ils sont maintenant à 4% sur la même durée. Mais comme la France pratique des taux dits « fixes », le marché reste relativement stable, contrairement aux Anglais par exemple chez qui les mensualités ont explosé et qui sont contraints, pour certains, de remettre leurs biens sur le marché parce qu’ils ne peuvent plus rembourser leurs emprunts. En France, ceux qui ont acheté il y a un ou deux ans paient des mensualités stables malgré l’augmentation des taux.

Et pour les nouveaux acheteurs ?

Les nouveaux acheteurs prennent évidemment la hausse de plein fouet, mais ont aussi plus de mal à obtenir des prêts en ce moment. Les banques ont été assez contraintes, notamment par le taux d’usure, et ont arrêté de prêter. Il s’agit du taux maximum légal auquel la banque peut prêter : il comprend le taux de crédit, l’assurance, les garanties, etc. Le problème, c’est que ce taux d’usure, fixé par la Banque de France, était jusqu’à récemment révisé tous les trimestres. Or, comme les taux ont augmenté très vite, le taux d’usure n’était plus en accord et les banques ont arrêté de prêter car elles ne pouvaient plus faire de marges. C’est pour cette raison que le marché est plus ou moins bloqué depuis un an.

Pensez-vous que les taux diminueront prochainement ?

Certains spécialistes pensent qu’ils vont atteindre 5% d’ici peu de temps. Je suis plus prudente et plus optimiste : selon moi, le taux à 4% pourrait être un palier sur lequel nous resterons un moment. Il y a de grandes chances que les taux baissent par la suite puisque l’inflation va ralentir. Et pour les personnes qui veulent acheter maintenant, les taux sont actuellement élevés mais lorsqu’ils baisseront il leur sera possible de renégocier leur crédit avec leur banque ou le faire racheter par une banque concurrente pour avoir des intérêts plus bas. L’achat est donc beaucoup moins risqué en France.

Conseillez-vous aux acheteurs de se lancer maintenant ?

Je considère qu’il n’y a pas de mauvais moment pour acheter car, encore une fois, les prix ne vont pas s’effondrer. Les gens ont tendance à penser que la hausse des taux va entraîner un effondrement des prix, mais il faudrait qu’ils baissent de 25% pour compenser cette élévation des taux ! Cela n’arrivera pas chez nous car les Français ne sont pas acculés comme en Angleterre. Par conséquent, ils ne sont pas obligés de vendre. En revanche, les personnes qui ont des projets d’investissement doivent être attentifs à la localisation. Plus vous achetez dans une ville moyenne, proche des lignes TGV, moins vous prenez de risques.

Qu’en est-il du prix des biens ? 

Cela reste compliqué de les comparer parce que les marchés sont très différents. À Paris par exemple, l’immobilier se stabilise : nous étions arrivés à un stade où les biens se vendaient en deux jours, maintenant le rythme est redevenu normal, justement à cause du ralentissement des prêts bancaires. En revanche, sur toute la côte de la Manche au Pays basque, ou encore dans les stations de sports d’hiver, les prix ne baissent pas car ces biens sont très recherchés. Les résidences secondaires sont très ciblées dans ces zones et la demande a été encore renforcée après le covid. Mais il y a aussi du positif : par exemple, beaucoup de Parisiens ont acheté des résidences en Normandie, dans des zones moins prisées, ce qui redynamise les territoires, même si ce n’est que pour le week-end.

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