Emmanuel Langlois
23 juillet 2025

La Poste acte la fin de son tarif spécial pour l’envoi des livres vers l’étranger

Depuis le 1er juillet, la Poste a mis fin à cette offre historique vieille de 22 ans qui permettait d’envoyer à peu de frais des livres et des brochures aux quatre coins du monde depuis la France.

Une page se tourne. La Poste n’a jamais beaucoup communiqué sur cette offre que les initiés se partageaient comme un secret bien gardé. Mais cet outil n’était pas un gadget, il facilitait l’envoi de documents à caractère éducatif, scientifique ou culturel, écrits en français, à travers toute la planète, comme une sorte d’exception culturelle. « Au service du rayonnement et à la promotion de la culture française dans le monde entier », peut-on d’ailleurs encore lire sur le site internet de la Poste qui n’a pas toujours pas débranché la page en question.

Des complications douanières

« Les exigences croissantes de sécurité en matière de transport d’envois internationaux ont amené l’UPU (l’Union postale universelle, une institution de l’ONU) à limiter les envois en sacs spéciaux en inscrivant ce service comme optionnel depuis le 1er janvier 2025, nous indique la Poste. Cette décision s’applique à l’ensemble des opérateurs postaux mondiaux et concerne notamment l’offre Livres et brochures. » Il faut reconnaître que depuis janvier, une déclaration douanière dématérialisée devient obligatoire pour toute expédition hors Union Européenne, notamment vers le Royaume-Uni et la Suisse. Par ailleurs, désormais, seuls les ouvrages en français ou en langue régionale, sans publicité ni inscription manuscrite, peuvent traverser les frontières. Pour les envois hors Europe, un formulaire (CN23) doit préciser la nature exacte des contenus, leur valeur et leur poids. Si la Poste met en avant ces contraintes de sécurité internationales, les raisons de l’abandon de cette offre sont surtout économiques. En 2018 déjà, des représentants du groupe alertaient sur « ce tarif si avantageux qu’il ne permet même pas à La Poste de couvrir les frais. »

Une aubaine pour les opérateurs privés

Comme il n’était possible d’expédier que quelques ouvrages à la fois, ce dispositif était surtout utile aux « petits éditeurs ». « Alors que nous nous ruinons déjà en frais d’expédition qui assèchent un peu plus nos trésoreries exsangues, c’est une nouvelle catastrophique », écrit par exemple la maison de microédition associative Flatland dans un post sur Facebook. Ce tarif imbattable permettait en effet d’envoyer jusqu’à deux kilos d’ouvrages à travers toute l’Union européenne, jusqu’au Royaume-Uni et en Suisse pour un peu plus de quatre euros, et un peu moins de huit euros dans le reste du monde. A la place, la Poste propose bien ses produits Colissimo vers plus de 220 destinations ou Delivengo vers 45 pays mais les prix ne sont plus du tout les mêmes ! Quelques opérateurs privés ont toutefois saisi l’aubaine, proposant même pour certains des frais de livraison à 0,01 euro. Cette décision arrive en tout cas au plus mauvais moment, alors que le secteur du livre souffre en France, face à des mastodontes comme le géant américain Amazon qui a réussi lui à effacer les frais de ports sur ses livres en les distribuant dans des points relais. Pour les éditeurs envoyant leurs ouvrages à l’étranger, ce service présentait un intérêt décisif : en réduisant les frais d’expédition, les livres français devenaient plus compétitifs hors de nos frontières. Le système était aussi plébiscité par les grands-parents qui gâtaient à peu de frais leurs petits-enfants vivant au bout du monde.

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