Salomé Hénon Cohin
17 septembre 2025

Open Language Café de Berlin : Un café pas comme les autres

A Berlin, depuis près d’une décennie, un café accueille tous les étrangers souhaitant progresser en allemand, dans une ambiance joviale et bienveillante - le tout, gratuitement. Ce rendez-vous hebdomadaire permet certes d’apprendre la langue, mais aussi de s’intégrer dans la société.

Cet article fait partie du dossier L'Allemagne de 2025, un pays stable en profonde mutation. : 9/13

C’est la dernière session avant la pause estivale: Mohammed, Anna, Dennis, Sina et les autres sont heureux de se retrouver dans la grande salle du Open Language Café du quartier multiculturel de Neukölln à Berlin. Dans la salle, une quinzaine de tables, où les participants à la session d’allemand du jour sont répartis par groupe de niveau. A la table d’Anna, une jeune volontaire qui donne des cours d’allemand chaque semaine, ils sont huit ce mercredi-là. « Aujourd’hui, nous allons apprendre à commander un repas au restaurant » explique la jeune fille. S’ensuit un jeu de rôle où chacun joue le client ou le serveur, et tente tant bien que mal de se faire comprendre en passant une fausse commande de pizza ou de kebab.

Un café ouvert à tous

Depuis 10 ans, Ricarda Bochat, entourée de onze autres personnes, travaille dans cette organisation, Give Something Back to Berlin. « Notre but est de proposer des cours de langue gratuits, pour tous, sans demander les origines des participants, ni même les raisons de leur présence en Allemagne ». Ricarda Bochat l’assure, il y a de nombreux Français qui participent à ces cours: « C’est un mélange très hétéroclite de Français à Berlin pour étudier, qui ont un visa pour demandeurs d’emploi… On a aussi pas mal de jeunes professionnels qui cherchent à s’implanter ici ».

Au fil du temps, Give Something Back to Berlin s’est diversifié, il est désormais possible d’y prendre des cours de musique, de cuisine, d’arts… Et les élèves d’aujourd’hui peuvent être les professeurs de demain: ceux qui ont des bases en photographie par exemple peuvent l’enseigner aux autres, tout en recevant des cours de cuisine.

Ce jour-là, pas de Francais sur place mais un Algérien francophone, Hossin. Le jeune homme de 29 ans a choisi de s’installer à Berlin, où il vit depuis 5 mois, et ce après être passé par Paris. Ici, il a quelques amis, et estime y avoir plus de perspectives que dans son pays, ou même en France. « Je suis ici car Berlin est belle » explique le jeune homme, assis à une table « Deutsch A2 ». Il sourit, puis retourne à son cours. Il ne peut pas parler trop longtemps, de peur de perdre le fil.

150 personnes de tous les horizons

Ann, une anglaise aux longs cheveux gris, dont on distingue à peine l’accent quand elle parle allemand, a du mal à cacher sa joie: « je viens de compter et on est environ 140 aujourd’hui ». Cette bénévole coordonne les sessions hebdomadaires depuis des mois. « En parlant avec les personnes présentes, explique Ricarda Bochat, on se rend compte qu’elles ne sont pas que là pour apprendre l’allemand, mais avant tout, pour se voir, se réunir, car c’est seulement ainsi que naît ce sentiment d’appartenance, quand on vit loin de chez soi. Et ce, peu importe son histoire.» Et pour faciliter cela, le café est gratuit et sans inscription. Il suffit de s’y rendre, de s’installer à une table et de parler. Tout simplement.

Des réfugiés y trouvent aussi leur place

Karim* a 21 ans. Il a quitté son pays natal, la Syrie, en 2019 alors qu’il était encore mineur. Après avoir passé quelques mois en Turquie et vécu « le racisme de la société turque », le jeune homme a décidé de se rendre en Allemagne pour y rejoindre ses oncles. Alors qu’il est arrivé à Berlin en 2024, il s’assoit toujours à la table B1 alors que son niveau d’allemand est bien meilleur. Une façon de rester avec ses connaissances, dit-il. « Pour l’instant, je me concentre sur l’apprentissage de la langue allemande, et ensuite je chercherai un travail ». Karim, qui a grandi trop vite, a l’air enfin de s‘épanouir: « En Allemagne, je me sens comme chez moi, comme en Syrie. »

*Le nom a été modifié à la demande de l’interlocuteur.

Dossier Allemagne - Septembre 2025

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