Français à l'étranger
26 septembre 2025

Langues locales : ces mots intraduisibles qui changent notre façon de penser

S’expatrier, c’est aussi apprendre à penser autrement. Certaines langues possèdent des mots pour désigner des sensations, des atmosphères ou des rapports au monde qu’aucune autre ne parvient à traduire exactement. Et ces mots ne sont pas de simples curiosités : ils façonnent notre perception du quotidien et modifient notre rapport aux autres.

« Saudade »

Au Portugal, « Saudade » décrit cette mélancolie douce-amère, le sentiment d’une absence qui nous lie à un passé ou à un lieu. Pour Valentina, une mexicaine installée à Lisbonne, comprendre la saudade l’a aidée à accepter ses propres nostalgies : « J’ai réalisé que cette mélancolie n’était pas un poids, mais un lien avec ce que j’ai vécu. Je peux être triste et reconnaissante en même temps » confie-t-elle.

« Fernweh »

« Fernweh » est un mot allemand qui combine fern (« loin ») et weh (« douleur »). Il désigne un fort désir de partir vers des lieux éloignés, l’inverse du mal du pays. Ce n’est pas seulement l’envie de voyager : il traduit un besoin d’évasion et une insatisfaction par rapport à son environnement actuel. Le Fernweh peut pousser à découvrir de nouveaux horizons, tout en étant associé à une certaine mélancolie.

« Wabi-sabi »

Au Japon,« Wabi-sabi » valorise la beauté de l’imperfection et de l’éphémère. Youssef, expatrié à Kyoto dans le cadre d’un VIE, raconte : « Avant, je voulais que tout soit parfait. Découvrir le wabi-sabi m’a appris à accepter que certaines choses ne se passent pas comme prévu et à me concentrer sur l’essentiel. »

« Meraki »

En Grèce, le mot « Meraki » décrit le fait de mettre une part de soi-même dans ce que l’on fait, que ce soit cuisiner, travailler ou créer. Ce n’est pas seulement de l’engagement ou de la passion, mais une façon d’imprégner une action de son âme, de sa créativité et de son authenticité.

« Se chercher »

En Côte d’Ivoire, le nouchi – l’argot ivoirien – regorge d’expressions qui capturent des nuances intraduisibles. L’une des plus marquantes est « Se chercher », qui signifie à la fois trouver un moyen de gagner sa vie et avancer vers ses objectifs. Solène, Guadeloupéenne expatriée à Abidjan, raconte : « C’est vraiment bien trouvé. Ici, peu importe d’où tu viens, peu importe ta classe sociale, chacun trouve une stratégie pour s’en sortir. Ça reflète l’énergie d’Abidjan : une ville où on a l’impression que tout est possible. Les gens sont toujours en mouvement, toujours en train de lancer des projets. »

« Ubuntu »

Restons sur le continent africain. En Afrique du Sud, Le mot zoulou « Ubuntu » se traduit souvent par « je suis parce que nous sommes ». Mais il va plus loin : c’est une philosophie de solidarité et de respect mutuel, qui rappelle que l’identité se construit à travers les liens avec les autres. Andy, Français installé à Johannesburg, explique : « J’avais tendance à fonctionner en mode compétition, à me dire que si quelqu’un gagnait, moi je perdais. Ubuntu c’est l’idée qu’on peut progresser ensemble. Le travail en équipe prend une autre dimension. »

« Gotong-royong »

En Indonésie, l’expression « Gotong-royong » traduit une idée similaire d’entraide collective et spontanée. Elle dépasse le simple « coup de main » : c’est un engagement communautaire où chacun contribue à l’effort commun, qu’il s’agisse de construire une maison, organiser une fête ou soutenir une famille dans le besoin.

« Hygge »

Du côté de la Scandinavie, le mot danois « Hygge »incarne une atmosphère de confort intime et de convivialité. Il ne désigne pas simplement le fait d’être bien chez soi, mais l’art de créer des moments chaleureux où le simple devient précieux : une tasse de thé entre amis, une bougie allumée en hiver, un repas partagé dans la douceur.

« Gezelligheid »

Les Pays-Bas possèdent un mot similaire, mais avec une nuance propre : « Gezelligheid ». Il exprime un sentiment de convivialité joyeuse, de chaleur collective et de bien-être partagé, que ce soit dans un café animé, lors d’une soirée entre proches ou même dans une ambiance urbaine accueillante.

« Nunchi »

En Corée, l’expression « Nunchi » renvoie à l’art subtil de « mesurer l’œil » des autres, c’est-à-dire de capter leurs émotions, leurs intentions et leur langage non verbal afin d’agir avec tact et sensibilité. C’est une forme d’intelligence sociale qui privilégie l’harmonie et l’attention aux autres.

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