Emmanuel Langlois
11 novembre 2025

Visa K : comment la Chine veut attirer les cadors étrangers de la tech

Quelques jours seulement après l’annonce par Donald Trump du passage à 100 000 dollars de son visa de travail H-1B, Pékin a lancé début octobre son propre visa pour les expatriés les plus qualifiés.

Opportunisme ou simple effet d’annonce ? A la différence des précédents, ce nouveau visa, qui sera a priori gratuit, ne nécessite pas de parrainage. De plus, il autorise à la fois des entrées multiples et des séjours prolongés dans l’empire du Milieu. « Alors que le visa américain est associé à votre employeur, ce nouveau visa chinois vous permet de venir quand vous le souhaitez et de rester aussi longtemps que vous le voulez, sans avoir besoin d’un employeur, décrit David Bassir, chercheur à l’École normale supérieure (ENS) et professeur détaché à l’institut franco-chinois DGUT-Cnam près de Shenzhen, dans le sud de la Chine. C’était inimaginable il y a encore 5 ans ! »

Mais ce visa ne fait pas que des heureux. Sur les réseaux sociaux, les étudiants chinois s’inquiètent en effet de l’arrivée massive d’une concurrence étrangère surdiplômée, dans un pays où le chômage atteint près de 20% chez les jeunes. « Cela fait des vagues au niveau local, reconnaît le Français. Il y a quelques années, les jeunes trouvaient très facilement du travail. Aujourd’hui, c’est plus difficile. Ce visa tombe très mal vis-à-vis de la conjoncture économique actuelle dans le pays. » Ce nouveau titre de séjour, dont on ignore les modalités précises, s’adresse donc, selon le gouvernement chinois, « aux diplômés (master ou plus) issus d’écoles reconnues en Chine ou à l’étranger, dans les domaines de l’éducation (les enseignants sont les bienvenus), science et technologie, culture, entreprenariat ou commerce. »

David Bassir, enseignant à l’ENS à Paris et dans un institut franco-chinois en lien avec le Cnam.

Dispositif fourre-tout

Derrière ce descriptif un peu fourre-tout, Pékin cible en particulier les talents dans les technologies de pointe comme les semi-conducteurs et l’intelligence artificielle. « Le gouvernement chinois s’est dit : « au lieu de les laisser tous partir en Europe, on va essayer de récupérer une partie de cette nouvelle vague », témoigne M. Bassir, également ancien diplomate et conseiller des Français de l’étranger pour le sud de la Chine. Certains observateurs estiment pour leur part que ce visa K ne devrait avoir finalement que peu d’impact sur l’emploi local en attirant uniquement la crème de la crème de la tech.

« Comme il n’est pas limité dans le temps, cela vaut la peine de le demander, affirme M. Bassir. Le centre géopolitique est en train de se décaler vers l’Est et il faut avoir un pied en Asie et en Chine où il y a de nombreuses opportunités. » Ce visa K est accessible aussi bien à de jeunes diplômés qu’à des profils plus aguerris. Il remplace les Visas de Talent introduit (R -Visa) qui s’adressaient davantage à des professionnels titulaires au minimum d’un doctorat et avec 10 à 15 ans d’expérience. Ce visa K relance en tout cas la guerre des talents avec l’ennemi américain, qui ne peut lui que constater une fuite de ses cerveaux internationaux depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Selon la chaîne américaine CNN, une centaine de scientifiques, jeunes ou confirmés, qui travaillaient aux États-Unis, ont rejoint la Chine depuis début 2024.

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