Frédéric Lassaigne
30 avril 2026

Volte-face au Canada : les travailleurs étrangers de nouveau les bienvenus ?

Après avoir été longtemps considérée comme persona non grata par les autorités d’Ottawa, la main d’œuvre étrangère déjà sur place est désormais invitée à s’installer dans le pays, mais au compte-gouttes.

Éviter un exode massif tout en limitant l’afflux d’étrangers pour ménager sa population locale. Voici l’équation qui s’impose aux autorités canadiennes. Après avoir appliqué des restrictions sur l’immigration, le Canada veut désormais conserver le main d’œuvre étrangère installée sur son sol (évaluée à un peu moins de trois millions de personnes fin octobre 2025, ndlr). Une bonne partie aurait vu en effet son permis de travail temporaire expirer à la fin de cette année. Pour certains, il sera donc transformé en résidence permanente.

« Notre approche équilibrée et durable soutiendra la main-d’œuvre canadienne, nous précise le ministère canadien de l’Immigration, tout en attirant et en retenant les meilleurs talents mondiaux détenteurs des compétences et de l’expérience nécessaires pour faire croître l’économie. »

Ce programme devrait donc offrir un statut permanent au maximum à 33 000 travailleurs étrangers temporaires qualifiés dans des secteurs en forte demande et sur une période de deux ans. « Cette initiative ciblera des personnes qui ont tissé des liens forts dans leur communauté, paient des impôts, et aident à bâtir l’économie forte dont le Canada a besoin », précise encore le ministère.

« Sans qu’ils soient encore connus, les secteurs concernés seront sans doute les domaines en demande comme la santé, la construction, la restauration, la transformation alimentaire ou l’agriculture », avance Me Yves Martineau, avocat en immigration et membre du barreau du Québec et de l’Ontario.

Me Yves Martineau : « Les secteurs concernés seront sans doute la santé, la construction, la restauration, la transformation alimentaire ou l’agriculture. » Photo Martineau & Mindicanu

Retenir les travailleurs de talent

Par ailleurs, le gouvernement canadien autorise, au moins jusqu’en mars 2027, les employeurs des régions les plus rurales du pays à employer 15 % de travailleurs étrangers temporaires à bas salaire contre 10 % jusqu’au mois dernier. Mais cette mesure ne s’applique qu’aux personnes ayant reçu une invitation à présenter une demande de sélection permanente du Québec.

Les autorités fédérales affirment toutefois que les cibles établies dans ce Plan des niveaux d’immigration 2026-2028 maintiennent le nombre d’arrivées de résidents permanents à moins de 1 % de la population au-delà de 2027 et ramèneront la population temporaire à moins de 5 % de la population canadienne totale d’ici la fin de 2027.

« Cette approche permet au Canada de retenir les travailleurs de talent, éduqués et intégrés à la société canadienne, affirme le ministère. Bon nombre d’entre eux font déjà partie de la population active, aident à soutenir l’économie dans des secteurs clés et apportent leur contribution aux collectivités de tout le pays, y compris hors des grandes villes. »

Patronat et syndicats au diapason

En privilégiant la transition des résidents temporaires déjà installés, l’exécutif souhaite limiter les pressions supplémentaires sur le logement, les infrastructures publiques et les services sociaux. « Ces annonces manquent de transparence, regrette toutefois Me Martineau. Il n’y a aucune instruction sur les sites officiels. La façon d’implanter tout cela est déplorable. »

Ottawa accorde par ailleurs, spécifiquement pour le Québec, une prolongation d’un an des permis accordés aux travailleurs étrangers, notamment français, le temps que soit examinée par les autorités leur éventuelle demande de résidence permanente.

« Dans la société canadienne, constate l’avocat, les employeurs souffrent de ne pas disposer du nombre de travailleurs dont ils ont besoin. Ils ont du mal à remplir leurs bons de commande. » Traditionnellement en opposition, le patronat et les syndicats sont en revanche au diapason sur le thème de l’immigration, même s’il y a toujours des personnes qui diront qu’il y a trop d’immigrants.

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