Et si vous partiez pour la nuit ? Déménager dans un autre pays pour ses lumières tamisées, la musique qui recouvre les causeries jusqu’à l’aube, les pistes de danse que l’on foule encore, encore, jusqu’à l’épuisement… C’est le choix de ces oiseaux de nuit de l’expatriation. Ibiza, Berlin, Barcelone ou Bangkok figurent parmi les destinations les plus citées. Mais d’autres villes et stations balnéaires attirent également les fêtards, comme Kavos, en Grèce, Cancún, au Mexique, Amsterdam, aux Pays-Bas, ou encore Majorque, en Espagne.
Si s’installer dans un nouveau pays permet souvent de faire des rencontres et de découvrir de nouveaux lieux de sortie, certains choisissent aussi leur destination en fonction de la vie nocturne qui les attend. C’est notamment pour ses clubs de musique techno et l’ouverture d’esprit qui y règne que Guillaume Lambert a choisi de s’installer à Berlin, il y a désormais sept ans.
En 2017, il avait déjà vécu sept mois à Münster, en Allemagne, avant de rentrer à Paris, où il avait conservé de nombreux amis allemands. En 2019, après ses études, celui qui travaille aujourd’hui dans le commerce hésite entre Cologne et Berlin.
« Berlin, c’est la ville de ceux qui aiment la musique et continuent à sortir »
« J’avais envie d’une ville un peu plus libre. J’avais déjà passé quelques jours à Berlin en 2016. Je me souviens de mon arrivée avec des amis, dans le bus, au petit matin. Nous avions fait treize heures de route depuis Lille. Et j’arrive dans une ville hyper bétonnée. Je me suis dit : “C’est encore le communisme, ici !” Mais, en réalité, les choses avaient bien changé. Nous avons surtout fait la fête pendant deux jours. »
À son retour à Berlin, Guillaume se constitue rapidement un groupe d’amis avec lesquels il sort chaque week-end.
« J’avais 24 ans. À Berlin, c’est jeune pour sortir : la moyenne d’âge se situe plutôt entre 30 et 40 ans. Il y a même des personnes de 70 ans. Berlin, c’est la ville de ceux qui aiment la musique et continuent à sortir ! Au début, nous allions toujours dans les mêmes clubs, assez touristiques. »
Depuis, il a affiné ses goûts et préfère désormais privilégier la qualité de ses sorties plutôt que leur fréquence. Il n’en reste pas moins un grand fêtard.
« Je me sens mieux qu’à mon arrivée, plus à l’aise. Je me fiche du regard des autres, parce qu’à Berlin, on peut être qui l’on veut. Cette expérience a changé beaucoup de choses dans ma vie : ma relation à la consommation, ma confiance en moi et mon rapport à la liberté. »
Pour les DJs, redescente à Ibiza
Julien Héricher, lui, a longtemps hésité entre Berlin et Ibiza, en Espagne, pour donner une nouvelle dimension à sa passion. Originaire de Chamonix, dans les Alpes, ce DJ voulait voir plus grand que la célèbre station de ski où il exerçait son métier. Pourquoi ne pas tenter sa chance sur l’île espagnole, haut lieu de la musique électronique, où les plus grandes stars côtoient des DJ en devenir ?
« Il y a toutes les stars mondiales qui sont là. Ils ont leur résidence tous les jours pendant 7 mois de l’année, dans les plus gros clubs. Les petits DJs comme moi, on mixe un peu, mais c’est souvent gratuit. Parce que si toi tu veux t’installer, il y aura toujours quelqu’un qui est là en vacances et qui est prêt à mixer gratuitement.» Le jeune homme a donc été contraint de prendre un travail à côté, dans un terrain de karting. Il déplore également la place grandissante des réseaux sociaux dans son métier. « Nous sommes devenus obligés d’être des influenceurs », déplore-t-il.
Derrière les comptes très suivis de nombreux DJ se cachent en effet parfois de véritables équipes de professionnels de la communication. Selon Julien, ce n’est pas toujours la qualité de la musique qui permet de décrocher des contrats, mais plutôt le nombre d’abonnés. S’il regrette cette facette du métier, qui ne correspond pas à sa manière d’envisager la musique, il ne regrette pas pour autant d’avoir choisi Ibiza. Passionné de musique, plutôt fêtard, il a trouvé sur l’île un véritable paradis.
« La fête est vraiment tous les jours, du lundi au jeudi. Et tu as tous les styles que tu veux. Moi j’adore découvrir, aller danser, c’est super. » Même s’il reconnaît que la tentation de tomber dans les excès peuvent être dangereuse : « J’en ai vu pas mal qui ne tiennent pas le coup. Ils veulent venir pour une saison et repartent au bout de deux mois parce qu’ils n’ont plus d’argent, plus de cerveau, plus rien. C’est vrai que si l’on n’a pas la tête sur les épaules et qu’on n’est pas quelqu’un de sérieux, on peut littéralement ne jamais s’arrêter. »
Guillaume Lambert partage ce constat. S’il parvient sans difficulté à passer des soirées sans consommer, il reconnaît que les tentations sont omniprésentes dans les milieux festifs. « Après, c’est à chacun de se gérer. Il m’arrive de fumer ou de boire, mais ce n’est pas pour ça que je viens. Je viens pour la fête et la musique. »






