Deux mois pour quitter le territoire
Après 10 ans de vie aux États-Unis, le mari de Marine a perdu son travail, et donc son visa, du jour au lendemain. Pas de préavis, pas d’indemnités, pas de discussion possible, il leur a été donné deux mois avant de quitter le territoire. « C’était horrible, il est rentré à la maison les yeux rouges en me disant qu’il venait de se faire virer et qu’on devait quitter le pays. On était propriétaires de notre maison, de nos voitures, on avait un enfant de 3 ans. »
Marine et son mari ont tout de suite organisé leur retour en France, mis leur maison en vente, prévenu leurs familles et fait des devis de déménagement, tout en se renseignant sur de possibles recours. Son mari étant en contrat avec une entreprise française, seule une autre entreprise française pouvait reprendre son visa. « On s’est dit que c’était impossible en vivant à Buffalo, ce n’est pas New York. »
Par chance, un ami leur a fait passer une offre d’emploi. « C’était une entreprise française, même si ça ne correspondait pas exactement au poste de mon mari. Moi je voulais rentrer en France mais il n’était pas prêt à quitter les États-Unis, il pensait qu’on allait le regretter. Il a donc passé un entretien, de notre côté on a continué nos démarches pour rentrer. Quelques semaines après, il était embauché. »

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Des recours possibles dans la plupart des situations
Quand la possibilité d’une reprise de visa de travail ne se présente pas, existe-t-il d’autres recours ? « Seul un juge peut ordonner une mesure d’expulsion. On peut lui demander des « reliefs », soit des éléments qui peuvent permettre de justifier la situation. Ces recours sont très complexes et bien plus méticuleux qu’on ne le pense. Chaque détail est scruté, chaque contradiction soulevée. Si une personne est dans cette situation, il convient immédiatement, à la réception de ce qu’on appelle la Notice to Appear, de saisir un avocat pour qu’il puisse défendre ses intérêts. » explique Asif Arif, avocat en droit de l’immigration, en France et aux États-Unis.
Dans la plupart des situations, des solutions existent. Asif Arif s’occupe fréquemment d’investisseurs ayant arrêté de travailler pour leur société, ou d’étudiants ayant arrêté leurs études. Dans ce cas, ils ne respectent plus les conditions de leurs visas et il faut régulariser la situation.
« Dans certains cas, des Français ayant eu des visas valides tombent dans l’irrégularité. Par exemple, nous avons eu récemment un client qui s’est retrouvé devant le juge de l’immigration américain en raison d’une formalité qu’il n’avait pas réalisée en temps utile. Une autre cliente, parce qu’elle n’avait pas fait une formalité correctement et s’était trompée sur ce qui lui était demandé. » évoque l’avocat. « Toute situation peut trouver une solution et parfois il vaut mieux retourner en France pour redéposer un visa plutôt que de se laisser aller dans une procédure longue et coûteuse devant le juge américain. »

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Chercher à pérenniser sa situation en amont
C’est ce qu’ont fait Marine et son mari. « Nous sommes allés à Paris à Noël pour refaire nos visas, et il a commencé à travailler en janvier pour cette nouvelle entreprise. » Mais le licenciement brutal leur a laissé des séquelles, et ils ont rapidement compris qu’ils n’envisageaient plus leur vie aux États-Unis. Avant cette situation, ils étaient en demande de Green Card, mais, avec un nouvel employeur, il a fallu repartir à zéro.
« Au bout de quelques mois, on s’est dit « c’est fini, on rentre ». Mais on a pris le temps d’organiser un retour selon nos conditions, pas dans la précipitation. » confie Marine. « Il y a des gens qui arrivent aux États-Unis et demandent au bout de deux ans leur carte verte, nous on a laissé traîner car on ne pensait rester que cinq ans initialement. Puis notre demande a mis beaucoup de temps, on faisait confiance à l’entreprise. »
Aujourd’hui, elle dénonce le « bon filon » trouvé par les entreprises françaises aux États-Unis. « Ils peuvent licencier quand ils le veulent, sans appliquer les règles françaises, ils profitent du système américain. Mon mari est parti sans recevoir un seul dollar. Comme nous, des gens acceptent des propositions d’emploi d’entreprises françaises aux États-Unis sans savoir qu’il est risqué de rester sous visa de travail pendant longtemps. »
Aux personnes qui seraient dans cette situation, Marine recommande d’entamer au plus vite les démarches pour une carte verte. Mais également de négocier son contrat de départ. « En cas de rupture du contrat, il faut demander un préavis et des indemnités, ne pas faire confiance aveuglément à l’entreprise. »

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