Weena Truscelli
17 avril 2020

Confinement : quel quotidien pour les frontaliers en Suisse romande ?

Karine, mère franco-suisse, raconte son semi-confinement à Genève avec ses deux filles, dont l'une travaille en EMS, l'équivalent helvète de l'Ehpad.

“La Suisse ne subit qu’un semi-confinement, pas besoin d’attestation pour se déplacer. Le Conseil Fédéral fait appel à notre sens civique et à notre sérieux légendaire. Mais la Suisse française est maintenant plus ouverte et les nouvelles générations sont beaucoup moins prudentes, ce qui a des bons et des mauvais côtés” raconte Karine qui habite avec ses deux filles à Genève.

> Les risques d’un semi confinement

Les trois femmes ont la double nationalité française et suisse, Karine ayant épousé un Français. Karine est inquiète sur la situation dans le pays : “Les Suisses sont un peu plus de 8 millions d’habitants. Le nombre de décès du coronavirus en Suisse semble peu élevé, environ 1200 à ce jour, mais cela représente une proportion importante de la population. Si une bonne partie de la population suisse reste attachée à son image de peuple raisonnable, les jeunes ont évolué et les quais de Genève sont envahis au moindre rayon de soleil printanier, ce qui n’est pas prudent, même si les gens respectent les distances de sécurité.”

La Suisse n’a pas été soumise ces dernières semaines à un confinement aussi sévère qu’en France. Un assouplissement est d’ailleurs prévu dès le 27 avril. Pour autant, le quotidien des Suisses qui vivent près de la France a été bouleversé : sans voiture, il est difficile pour les habitants d’aller travailler et les transports en commun ne fonctionnent que partiellement. Les trajets vers la France sont désormais peu fiables et les horaires ne sont plus publiées sur internet, un flou dont le pays n’est pas coutumier… L’achat de produits de première nécessité en France, souvent moins chers, est devenu impossible.

> L’impossibilité pour la Suisse de fermer complètement ses frontières

Selon Karine, la frontière franco-suisse est au coeur des préoccupations des Genèvois : “ Le problème insoluble reste celui des frontières impossibles à verrouiller. Nous ne pouvons pas fonctionner sans les travailleurs français et, en ce moment surtout pas sans les infirmiers ou infirmières et autres personnels soignants, qui doivent passer quotidiennement la frontière. De nombreux postes de douane ont été fermés et des contrôles stricts rétablis. Cela crée aux heures de pointes des embouteillages fantastiques. Chaque véhicule et chaque piéton doit pouvoir prouver documents à l’appui, qu’il travaille bien sur le sol helvétique.”

Dans ce contexte, un dispositif de crise a été mis en place autour de cette zone transfrontalière pour le personnel soignant. Un macaron procurant un passage prioritaire aux soignants a ainsi rapidement été établi. Par solidarité envers les personnels hospitaliers frontaliers, certains Genevois ont par ailleurs mis à disposition des logements inoccupés. Des employeurs financent en outre des chambres d’hôtel pour les employés français (espace de solidarité sur le site de Hôpital Universitaire de Genève).

> Fonctionnement des EMS (établissement médico-social, équivalent de l’Ehpad)

Solenne, la fille cadette de Karine travaille dans un EMS des environs de Genève , elle raconte le fonctionnement : “Un étage de l’EMS a été réquisitionné afin d’accueillir des personnes âgées hospitalisées dans l’hôpital cantonal universitaire de Genève (HUG) pour des problèmes autres que le Covid-19, cela libère des lits pour les urgences respiratoires. Ces patients sont isolés à cet étage, nous sommes très prudents et observons une éventuelle apparition de symptômes, car ces personnes ont pu être en contact avec des personnes infectées.”

La Suisse allemande est la partie la moins touchée du pays par la pandémie. Des établissements et des équipes hospitalières ont été préparés à grand frais dans l’attente d’un rush qui n’arrivera peut-être pas…

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