Leslie Fauvel
26 novembre 2020

L'AEFE à la croisée des chemins

Bientôt trentenaire, l'Agence pour l'Enseignement Français à l'Etranger, qui dépend de l'Etat, doit définir son avenir et les priorités qu'elle décidera de mettre en œuvre dans les années qui viennent. Mais entre la mue voulue par le président Emmanuel Macron et la vision de ceux qui y travaillent au quotidien, c'est le choc des cultures.

Etablissement public VS logique de privatisation

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, l’AEFE a été bousculée. Dès l’été, la décision fût prise de couper 10% de son budget (33 millions d’euros), entraînant un plan d’économie sans précédent. La consigne qui régit le plan stratégique de l’Agence à l’horizon 2030 est de doubler le nombre d’élèves du réseau de l’enseignement français à l’étranger, soit 400 000 élèves supplémentaires, sans augmenter son budget. “L’AEFE, “colonne vertébrale” de ce dispositif unique au monde, doit s’adapter et être réformée pour être en mesure d’atteindre ces objectifs à moyens budgétaires constants”, préconise le gouvernement. 

Patrick Soldat, secrétaire national du SNES-FSU, le syndicat majoritaire au sein du réseau, dénonce cette stratégie: “cette volonté du Président Macron guide l’ensemble des mesures pour l’enseignement français à l’étranger, mais elle fait plus encore: elle entérine définitivement la fin de la vision historique de cet enseignement comme mission de service public, puisque sa conséquence principale – sa motivation sans doute- sera d’accélérer à grande vitesse la privatisation du réseau, tout en l’organisant”. 

Interprétation budgétaire 

Pour les syndicats, les 25 millions d’euros qui avaient été ajoutés au budget 2020 de l’Agence, et qui avaient fait l’objet d’une vaste campagne médiatique, ne sont que de la poudre aux yeux. “Ils ne serviront pas directement au fonctionnement de l’Agence. Ils sont principalement dédiés à cette mission de doublement des effectifs”, déplore Patrick Soldat. D’autant que le Projet de Loi de Finance pour 2021 prévoit la suppression de 71 postes dans l’ensemble du réseau: “ce qui est donné d’une main est repris de l’autre”, pour le syndicaliste. 

Olivier Brochet, le directeur de l’Agence, minimise de son côté cette diminution de la masse salariale: “la baisse des 71 postes qui se lit dans le PLF ne doit pas être mal interprétée: elle relève de la constatation de l’achèvement du schéma d’emploi en 2020. Il n’y aura pas de diminution des effectifs par rapport aux effectifs de la rentrée de septembre 2020″. Cette baisse conclut l’aboutissement d’un plan triennal qui a notamment consacré la transformation des résidents en agents de droit local. 

Du rififi à Barcelone 

L’AEFE s’est félicitée de la moindre baisse de ses effectifs d’élèves en cette rentrée 2021, que la crise liée à la pandémie de coronavirus rendait incertaine. Ainsi, cette baisse ne serait que de 1% des effectifs: en fait, la perte de quelque 8000 élèves qui ont quitté le réseau a été compensée par l’extension du réseau qui compte 12 nouveaux établissements à la rentrée 2020, soit 5000 élèves supplémentaires. 

Néanmoins, certains établissements du réseau font face à une rentrée particulièrement difficile. A Santiago du Chili, où le lycée Antoine de Saint-Exupéry, qui bénéficie du statut d’établissement conventionné, a été contraint de supprimer 40 postes au sein de son personnel. Mais aussi à Barcelone, où le lycée français, en gestion directe, réclame de l’aide à l’Agence. Ses effectifs ont perdu 150 élèves en cette rentrée 2020 sur un effectif global de 2800. L’Association des Parents d’Elèves (APE), qui refuse une augmentation des frais de scolarité, a adressé le 10 novembre un courrier à Olivier Brochet lui réclamant une aide financière. “Pendant des années, le Lycée Français de Barcelone a été une “des vaches à lait” du réseau AEFE. Et pourtant, cette année encore, il est demandé aux parents de faire à nouveau des efforts en supportant deux points d’augmentation supplémentaires des frais de scolarité en dépit de la déflation qui a cours à Barcelone. Il est maintenant temps que le réseau se montre équitable vis-à-vis de notre établissement et fasse un geste fort en le soutenant comme il se doit”, demande Hélène Monard Leroy, présidente de l’APE du lycée. 

Le directeur de l’Agence n’a pas encore tranché: “Je vais leur apporter une réponse très prochainement après examen attentif et bienveillant de la situation de l’établissement. Nous devrons concentrer notre effort sur les établissements les plus en difficulté. Mais l’AEFE va voir ce qu’elle peut faire pour accompagner au mieux l’établissement”, nous a-t-il expliqué. 

Certaines voix commencent à réclamer une transformation profonde de l’Agence, comme le député Frédéric Petit, qui a remis en octobre un rapport insistant sur la nécessité de réformer l’AEFE: “financièrement et diplomatiquement, ce système ne peut pas se développer”, explique-t-il. L’avenir de l’AEFE reste ouvert.

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