Bastien Lespert
7 mars 2024

Où en est l'accord entre le Mercosur et l'Union européenne ?

Va-t-on finir par l’enterrer ? Le Brésil accueillait début décembre un sommet du Mercosur, avec pour toile de fond le fameux accord de libre-échange historique avec l'Union européenne. Mais entre les exigences des pays européens, au premier rang desquels la France, celles du bloc sud-américain, et l’irruption dans le paysage politique du nouveau président argentin, la signature est, au mieux, remise à plus tard.

Il y a loin de la coupe aux lèvres. Signé en 2019, après plus de vingt années de négociations complexes, le traité prévoit rien moins que la création de la plus grande zone de libre-échange de la planète entre les vingt-sept pays de l’Union européenne d’une part et le Brésil, l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay et désormais aussi la Bolivie d’autre part. Mais il n’a toujours pas été finalisé, notamment en raison de réticences apparues côté UE quant aux politiques environnementales du Brésil durant le mandat de l’ex-président d’extrême droite Jair Bolsonaro. La donne a changé avec le retour au pouvoir en janvier de Lula. Mais même si le dialogue entre Mercosur et Union européenne s’était intensifié ces dernières semaines, cet optimisme a pris un coup quand Emmanuel Macron a réitéré début décembre à Dubaï son opposition à l’accord en l’état, estimant qu’il « ne prenait pas en compte la biodiversité et le climat ». Son homologue brésilien avait alors fustigé le « protectionnisme » de la France.

Complémentarités positives

Nombreux sont ceux, en tout cas, qui jugent au contraire, cet accord essentiel, comme Pascal Lamy. Lui aussi présent à la COP28, l’ancien commissaire européen au Commerce et directeur général de l’OMC, avait plaidé depuis Dubaï en faveur d’une signature de l’accord. Selon lui, le texte ancre la légitimité du nord à poser des conditionnalités vertes dans un traité commercial. « L’accord est en chantier depuis de nombreuses années, ce qui s’explique par son ampleur et ses ambitions, analyse de son côté Philippe Lecourtier, président de la Chambre de commerce du Brésil en France. Les deux groupes devraient en tirer un grand profit car il met en relief leurs complémentarités positives. Il reste cependant à régler ou à contourner certains points très sensibles (environnement, produits agricoles, etc.) et à créer un climat politique de confiance et de cohésion entre tous les pays qui sont concernés. » A l’inverse, la perspective d’un tel accord suscite l’inquiétude des éleveurs français, déjà en crise, face à un bulldozer comme le Brésil et ses quatre millions de petits producteurs. Les exportations de viande du pays vers l’Europe ont encore progressé de 15% en 2023, même sans l’accord qui prévoit de faciliter ces importations sud-américaines grâce à une réduction des taxes et des droits de douane.

Un traité jamais ratifié ?

Bref, il reste encore à faire, admet M. Lecourtier : « Il faudra en outre mettre en place un système de facilitations et de contrôles pour sa mise en œuvre, afin d’éviter des asymétries et de permettre des souplesses dans l’exécution des engagements respectifs. Cela dit, une alliance économique entre l’Europe et l’Amérique du Sud est nécessaire si les deux zones veulent continuer à peser dans les échanges internationaux au cours de ce siècle. » Les pays du Mercosur se sont déjà donné à nouveau rendez-vous après l’investiture du nouveau président argentin, l’ultra-libéral Javier Milei, pour prendre une décision définitive. Le Paraguay, qui assure depuis décembre la présidence tournante du Mercosur, menace déjà de se tourner vers d’autres blocs régionaux si les négociations s’éternisent. En juillet 2022, le bloc sud-américain avait signé un accord de libre-échange comparable avec Singapour, considéré comme la porte d’entrée vers l’Asie. En coulisse, des membres du gouvernement brésilien craignent déjà que le traité ne soit jamais ratifié et que cela ruine les efforts du pays pour s’afficher en leader de premier plan sur la scène internationale.

share Partager

Actualités internationales

Tokyo, nouveau havre discret pour expatriés fortunés

Attirés par un yen historiquement faible et une qualité de vie privilégiée, les riches étrangers, en particulier Européens et Américains, sont de plus en plus nombreux à s'installer au Japon. Même si les conditions d'accès se sont durcies.

Actualités internationales

Loi mémorielle : quand l’Espagne régularise des étrangers à tour de bras

Fils, petits-fils ou arrière-petits-fils et filles de Républicains ayant fui le franquisme... Ils sont plus de deux millions et demi à avoir déposé une demande de nationalité espagnole.

Actualités internationales

Consuls honoraires : ces bénévoles en première ligne auprès des Français de l’étranger

Chaque été, vols de papiers, accidents ou hospitalisations se multiplient parmi les Français en voyage. Loin des grands consulats généraux, ce sont souvent les consuls honoraires qui deviennent leurs premiers interlocuteurs. Bénévoles et ancrés sur le terrain, ils incarnent un maillage de proximité discret mais indispensable face aux imprévus de la saison estivale.

Actualités internationales
Sport

Michel Disdier, le Niçois qui fait rugir les circuits ovales de NASCAR

De ses rêves d'enfant sur les genoux de son père au volant, jusqu'aux tribunes bondées de Daytona, Michel Disdier trace depuis plus de vingt ans une route unique : celle du seul pilote français en NASCAR depuis 1978. Portrait d'un Niçois qui a fait de l'obstination une méthode.

Actualités internationales

France Identité s’étend aux Français de l’étranger

Un nouveau dispositif de certification dans une mairie, un consulat ou une ambassade permet d’accéder au service bien utile quand on vit à des milliers de kilomètres de la France.