Anne-Florence Salvetti
31 juillet 2025

Élever ses enfants dans une double langue : « la confusion n’existe pas »

Élever ses enfants dans deux ou plusieurs langues, qu’elles soient celles des parents ou du pays d’adoption, est une expérience riche et fascinante. Des mères françaises nous racontent.

Grandir avec deux langues

Il n’existe pas de modèle préconçu pour élever ses enfants dans deux langues. Léa, qui vit en France avec un mari hispanophone, a décidé d’exclure le français de chez elle afin de favoriser la pratique de l’espagnol. « Ils parlent français à l’école et chez les grands-parents, mais à la maison c’est en espagnol. » Chez Marika, qui vit également en France, c’est l’inverse : « Ils sont éduqués en français à la maison, mais à l’école c’est exclusivement en breton. »

La fille de Charlotte est née en Angleterre mais ses deux fils sont ensuite nés en France. « On parle anglais et français chez nous, mais si ma fille parle bien anglais, mes fils sont plus à l’aise en français. On continue de les exposer à l’anglais le plus possible sans forcer. Avant d’avoir des enfants on s’était imaginé qu’ils seraient tous aussi à l’aise en français qu’en anglais, mais il faut aussi prendre en compte leur nature. Ça serait même cruel de faire apprendre à mon fils DYS que le son « on » sonne comme bonbon en français et comme on and off en anglais. »

Pour Charlotte et son mari, anglophone, l’important est que leurs enfants puissent discuter avec leur famille anglaise, mais pas forcément savoir lire et écrire parfaitement en anglais. Chez Laetitia, les enfants parlent français avec elle et à l’école, et néerlandais avec leur père. « Le seul conseil que j’ai, c’est de faire confiance à l’enfant. Au départ, notre fils ne parlait pas du tout néerlandais, et on pensait qu’il ne comprenait pas non plus. Mais si, et petit à petit il a commencé à le parler. »

L’importance de commencer très jeune, mais pas à tout prix

Des familles interrogées pour cet article, aucune n’utilise de ressources particulières pour booster l’apprentissage des langues. Tout se fait naturellement, avec l’appui précieux des albums jeunesse. Mais il ne faut pas chercher à apprendre à son enfant une langue qui ne nous est pas naturelle. Caroline Benoit-Levy, linguiste, est la co-fondatrice de Babylangues, une association à but non lucratif qui promeut la pratique des langues chez les enfants à travers des ateliers. « Il est déconseillé de se forcer à parler une autre langue, il faut que ça ait du sens. »

Le temps d’exposition et de pratique en langue étrangère est important. « Ce qui compte avec les bébés, c’est l’interaction humaine, pas la langue. Avec les yeux, les mains, la tonalité, le regard, les jeux et soins prodigués par l’adulte, l’enfant s’éveille et apprend une langue. » Pendant ses ateliers, les enfants sont en immersion dans une langue étrangère. « Concrètement, ils sont par exemple gardés en langue étrangère après l’école ».

Pour la linguiste, il est essentiel de démarrer l’apprentissage d’une langue au plus tôt. « La capacité de perception des sons commence à chuter dès 10-12 mois. Puis autour de 7-8 ans, les enfants apprennent les langues différemment, on perd en capacité à reproduire des phonèmes étrangers, et il est alors plus complexe d’avoir un accent dit natif. »

Crédit photo : Pexels / Susanne Jutzeler, suju-foto

La confusion entre les langues, info ou intox ?

La fille d’Hélène apprend le luxembourgeois et l’allemand à l’école, mais parle français à la maison. « On corrige à chaque fois que ses constructions de phrases sont germaniques. Par exemple, « je veux ce livre lire », ça lui arrive quand elle est distraite ou fatiguée. Je pense que la séparation de langues à la maison et à l’école aide à éviter la confusion. »

Mais grandir avec deux langues peut-il réellement amener une confusion ? « Je ne crois pas à la confusion entre les langues » affirme Charlotte. « Nos enfants savent très bien qui leur parle en quelle langue, même s’ils sont surpris si une tatie française leur parle en anglais, ou que le grandad dit quelques mots en français. » Et quand le franglais prend le dessus, Charlotte et son mari reformulent correctement la phrase, sans pression.

Caroline Benoît-Levy est également formelle sur le sujet, « il n’y a pas de confusion. Il y a un moment transitoire où les enfants mélangent les langues, c’est ce qu’on appelle l’interlangue, ce n’est pas grave ! L’apprentissage d’une langue ne se fait jamais au détriment d’une autre. Les parents francophones s’en inquiètent beaucoup mais c’est un faux sujet. S’il y a des troubles du langage, ils seront là quel que soit le nombre de langues auquel l’enfant est exposé. »

Il est vrai que les enfants relient très vite une langue à une personne. « La seule personne avec qui mes filles mélangent le français et l’espagnol c’est moi, sûrement parce qu’elles savent que je parle les deux langues et que je vais les comprendre. » observe Léa. « Mon fils de 21 mois ne parle pas encore mais il sait déjà qui parle quelle langue dans son entourage et montre une vraie surprise si quelqu’un de la crèche lui chante une chanson en espagnol. »

Laetitia a, elle aussi, remarqué que son fils ne lui parlait pas néerlandais, car il a assimilé qu’elle ne le parle pas. « Cela me fait penser que les enfants sont très intelligents, et qu’il n’y a pas vraiment de confusion à proprement parler. Pour moi, la « confusion » vient plutôt du fait que l’enfant n’a pas toujours un mot adéquat dans la langue pour s’exprimer, ou qu’un mot de l’autre langue vient plus vite. Apprendre une langue prend beaucoup de temps… Alors il faut également leur laisser le temps de le faire, sans se stresser. »

Crédit photo : Pexels / Lina Kivaka

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