Marion Zipfel
10 décembre 2025

À Singapour, au cœur de l’EDF Lab Asie-Pacifique

Contrainte dans son espace, dépourvue de ressources mais ogre énergivore, Singapour n’a d’autre choix que d’être aux avant-postes de la transition énergétique dans la région. Au cœur de cette réflexion, EDF Lab Asie-Pacifique s’est imposé comme un partenaire clé en matière de recherche et d’innovation. Visite guidée avec Dominique Bertin, directeur d’EDF Lab Asie-Pacifique.

Cet article fait partie du dossier Asie du Sud-Est — Le moteur discret de la croissance mondiale.  Téléchargez l'intégralité de ce dossier au format PDF : Guide gratuit à télécharger : Asie du Sud-Est — Le moteur discret de la croissance mondiale : 5/13

L’aventure du Lab débute en 2014 dans le quartier de Woodlands, au nord de Singapour. Il devient alors le premier centre de recherche et développement du groupe EDF en Asie (hors Chine). En collaboration avec le Singapore Economic Development Board (EDB) et le Housing Development Board (HDB), le Lab concentre dès ses débuts ses travaux sur la transition énergétique urbaine.

Une question centrale guide ses recherches : comment EDF, en tant qu’énergéticien, peut-il relever les défis posés par l’urbanisation rapide, l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, la planification urbaine durable, l’intégration des énergies renouvelables — notamment solaire — et le déploiement des technologies intelligentes au service des villes (réseaux électriques intelligents, mobilité, etc…) ?

À partir de 2018, le Lab a intensifié ses travaux de recherche sur l’électrification durable.
« En collaboration avec la Nanyang Technological University (NTU) et Enedis, nous avons lancé le démonstrateur MASERA (*Microgrid for Affordable and Sustainable Electricity in Remote Areas*), dans le cadre du projet REIDS (*Renewable Energy Integration Demonstrator Singapore*) », explique Dominique Bertin.

« Installé sur l’île de Semakau, au large de Singapour, ce micro-réseau constitue l’un des projets pilotes majeurs du Lab. Il permet de tester des solutions intégrées associant énergie solaire, systèmes de stockage, production d’hydrogène et gestion locale de l’énergie. Nous y expérimentons également des systèmes d’intelligence pour piloter le micro-réseau et l’adapter en temps réel aux variations météorologiques », poursuit le chercheur français, installé à Singapour depuis trois ans.

À la barre de ce Lab, une équipe de 15 personnes seulement. « C’est une équipe dont je suis très fier et qui reflète la diversité de la population singapourienne », reconnaît Dominique Bertin. Une équipe multiculturelle, et qui peut également se targuer d’être paritaire. « À l’échelle du groupe, la R&D emploie 34 % de femmes, et au sein d’EDF Lab Asie-Pacifique à Singapour, nous sommes à 50 %. »

Au cœur des réflexions : l’interconnexion énergétique régionale

Au cœur des réflexions de l’EDF Lab Asie-Pacifique se pose également la question de l’interconnexion énergétique régionale. Le Lab est impliqué dans les études d’opportunités d’interconnexions électriques entre Singapour et les différents pays de l’ASEAN via l’initiative des ASEAN Power Grids, observe Dominique Bertin.

Depuis les années 1990, l’ASEAN cherche à bâtir un marché régional intégré de l’énergie. L’idée est simple : relier les pays producteurs et les pays consommateurs pour optimiser les ressources énergétiques et renforcer la sécurité d’approvisionnement. Singapour, dépourvue de ressources naturelles, importe 95 % de son énergie, mais s’est fixé comme objectif une réduction de 36 % de l’intensité carbone d’ici 2030, et un objectif de net zéro d’ici 2050. Pour Singapour, l’intégration énergétique régionale est donc une nécessité. « Le Lab a évalué le contenu carbone de l’ammoniac produit à partir d’électricité renouvelable en Australie et transporté par bateau jusqu’à Singapour pour produire de l’électricité dans des centrales thermiques adaptées », illustre le directeur d’EDF Lab Asie-Pacifique.

Singapour, ogre numérique : un défi énergétique majeur

Trouver des pistes pour s’alimenter en électricité bas carbone est un enjeu crucial pour Singapour, dont la dépense énergétique a récemment explosé, entre autres avec les data centers. En quelques années, Singapour s’est imposé comme le plus grand hub de data centers d’Asie du Sud-Est, avec plus de 100 installations opérées par les géants du cloud — Amazon Web Services, Google, Microsoft, Meta, Digital Realty — mais aussi par des acteurs régionaux. Piliers de l’économie digitale, cette centaine de data centers absorbe aujourd’hui près de 7 % de l’électricité nationale.

Pas question pour autant de se passer de la colonne vertébrale de l’intelligence artificielle et du cloud computing. « La question est de savoir comment nous pouvons continuer à nous développer tout en respectant nos engagements sur la voie de la neutralité carbone, et en restant responsables sur le plan de la durabilité », a déclaré Josephine Teo, la ministre du Développement numérique et de l’Information, citée par le Straits Times, le principal quotidien singapourien, ajoutant que la mise en place de normes adaptées aux data centers en climat tropical pourrait constituer une partie de la solution.

Sujet sur lequel EDF Lab Asie-Pacifique est également impliqué. « Nous travaillons sur les solutions de pilotage énergétique des data centers en prenant en compte à la fois la composante énergie et l’utilisation de l’eau, car Singapour cherche avant tout un développement harmonieux », conclut Dominique Bertin.

Dossier ASEAN Sud - Décembre 2025

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