Astrid Raudot
26 février 2026

180 salariés, 80 villes, 0 bureau : la recette 100 % "digital nomad" de Swapcard

« Lors du séminaire au Portugal, il y avait près de la moitié des personnes que je n’avais jamais rencontrées physiquement, bien qu’on travaille ensemble depuis quatre ans » , raconte Godefroy Colas des Francs, 38 ans, fondateur de Swapcard. S’il s’en émeut, c’est parce que son entreprise a pris une forme peu banale : les 180 salariés sont dispersés dans une trentaine de pays. Une organisation entièrement en "full remote", devenue l’ADN même de cette entreprise française de l’événementiel digital.

Créée en 2013, l’entreprise grandit pourtant avec un schéma classique: un bureau à Paris, une trentaine d’employés, une moyenne d’âge de 22 ans et des séminaires pour souder les équipes. « C’était un peu l’auberge espagnole », sourit Godefroy. En recrutant une première DRH américaine, les trois fondateurs donnent à leur entreprise une couleur internationale: des process en anglais, des employés internationaux et une culture d’entreprise très “à l’américaine”.

Le covid, point de bascule

Les 3 fondateurs dans leurs premiers bureaux
Les 3 fondateurs dans leurs premiers bureaux

En 2020, la plateforme se spécialise dans l’événementiel digital et connaît alors une hypercroissance mondiale. « On recrutait cinq personnes par semaine », se souvient le dirigeant. Les clients apparaissent dans le monde entier et il devient nécessaire de trouver des talents sur place pour leur répondre « ce qui nous importait etait surtout dans quel fuseau horaire etait le candidat et quelle langue il parlait. Ainsi, on a recruté rapidement en Inde, Afrique du sud, Etats-Unis et Asie. » Aujourd’hui, ils sont répartis sur 80 villes différentes. Revenir au présentiel n’est même plus envisageable.

Avantages sociaux: le meilleur des mondes…

Aux débuts, chaque salarié recevait un ordinateur et un budget pour l’équipement. L’entreprise continuant de grossir, les Ressources Humaines se voient obligées de réfléchir au cadre. Au-delà de l’abonnement international à un espace de coworking, les collaborateurs doivent désormais signaler sur la plateforme s’ils quittent leur pays de référence et pour combien de temps. Godefroy a dû faire face à un autre challenge : uniformiser les avantages salariaux à travers le monde « on a dû prendre le meilleur de chaque pays et en faire la règle universelle pour ne pas que les collaborateurs choisissent tel pays parce que c’est mieux. Donc il y a 5 mois de congé maternité comme en Suède et 40 jours de congés payés comme en France. Les Américains sont particulièrement contents. » Concernant les salaires, le dirigeant observe une évolution sociale mondiale « dans notre secteur ce n’est pas parce que tu es en Pologne que tu seras moins payé. Le full remote a lissé les salaires du monde entier, ce qui est bien pour les pays émergents. C’est hyper compétitif. »

La carte des employés de Swapcard

La flexibilité avant le salaire

La liberté constitue l’avantage numéro un, selon les enquêtes internes. Le full remote attire deux catégories de personnes : les nomades digitaux qui aiment découvrir de nouveaux lieux régulièrement et des familles en quête d’un meilleur équilibre de vie « Nous ne sommes pas forcément les plus compétitifs sur les salaires, mais l’autonomie et la qualité de vie attirent énormément », observe Godefroy, lui-même, père de trois enfants.

Le défi du lien

Certains salariés ont quitté l’entreprise par besoin de contact physique. Au-delà du côté social, Godefroy reconnaît que cela peut avoir une influence au niveau professionnel « Dans un bureau, tu peux aller facilement déjeuner avec quelqu’un d’une autre équipe qui va t’apprendre d’autres choses et c’est important. » Pour y remédier, Swapcard développe une certaine ingénierie du lien social. Une équipe « People », équivalent des ressources humaines, orchestre des rencontres de collaborateurs dans des salles virtuelles et les réunions globales mensuelles avec caméra obligatoire. Et puis il y a les séminaires, organisés tous les deux ans. Une semaine où 150 collaborateurs venus du monde entier se rencontrent enfin. « C’est émouvant de voir en vrai des personnes avec qui on échange toutes les semaines en visio. Il y en a certaines que j’ai eu du mal à reconnaître, car elles étaient assez différentes de leur photo », taquine Godefroy qui a pu, à cette occasion, réaliser ce qu’il avait monté « C’était incroyable de voir autant de monde, et toutes ces personnes réunies ».

À l’heure où de nombreuses entreprises prônent le retour au bureau, le dirigeant assume une trajectoire à contre-courant : « on s’est construits comme ça. Les équipes sont responsabilisées, tout passe par les objectifs et les outils ». Un modèle d’entreprise né par nécessité, avec des salariés qui n’ont connu que ça, c’est certainement le secret de cette réussite.

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