Frédéric Lassaigne
27 janvier 2026

Suisse : quand les Français plient bagage à cause du chômage

Jadis considérée comme un eldorado grâce à des salaires confortables, la Suisse subit elle aussi les effets de crises multiples, avec à la clé licenciements et départs contraints.

Le marché de l’emploi en Suisse est-il en train de vaciller ? C’est dans le secteur bancaire que la tendance est la plus sombre depuis le rachat du Crédit suisse par UBS en 2023 et les licenciements en cascade qui ont suivi. « La Suisse reste un marché attractif, mais le contexte s’est nettement durci pour l’ensemble des candidats, quelle que soit leur nationalité », reconnaît Christopher Finnegan, directeur financier du cabinet de recrutement Approach People opérant à Genève.

La fête est finie

Sur les réseaux sociaux, les témoignages de Français, souvent hautement qualifiés, qui font leurs valises, se multiplient. Selon le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM), en effet, une personne qui se retrouve sans emploi perd en principe son droit de séjour à la fin de son contrat.« Auparavant, il y avait davantage de postes disponibles que de candidats, affirme Anne Donou, directrice régionale du cabinet suisse von Rundstedt, spécialiste en ressources humaines. Aujourd’hui, l’équation a changé. Certaines sociétés embauchent en priorité des résidents helvètes. » Une partie de ces expatriés devenus personæ non gratæ retourne en France, principalement vers les grandes villes et bassins économiques dynamiques comme Paris ou Lyon. « Les pays du Golfe (Dubaï, Qatar…) constituent également une solution de repli, souligne M. Finnegan. L’expérience acquise en Suisse sert souvent de tremplin vers ces marchés. » D’autres privilégient la qualité de vie et se tournent vers l’Espagne ou le Portugal où la croissance reste forte.

Christopher Finnegan : « La Suisse reste un marché attractif, mais le contexte s’est nettement durci pour l’ensemble des candidats, quelle que soit leur nationalité. »

Un sentiment de désespoir

Ukraine, Proche-Orient, Chine, changement climatique… Aujourd’hui, toutes les crises se superposent et de nombreux facteurs créent des tensions dans de multiples secteurs, sans compter la digitalisation des entreprises et la pression des marchés financiers. La situation sur le marché du travail en Suisse s’est encore dégradée l’an dernier, malgré une amorce d’embellie sur la première moitié de l’exercice. Le taux de chômage moyen s’est établi à 2,8%, contre 2,4% en 2024. Mais, contrairement à la France ou à l’Organisation internationale du travail, l’assiette de calcul n’inclue ici que les personnes indemnisées et pas tous les demandeurs d’emploi. Si on appliquait le mode de calcul de l’OIT, le taux réel atteindrait 10 % en Suisse, selon les experts, voire jusqu’à 15 % dans le canton de Genève. Certains secteurs continuent toutefois à embaucher, notamment la santé, l’ingénierie, l’IT, la cybersécurité, l’horlogerie haut de gamme et certaines fonctions techniques dans l’industrie.

Anne Donou : « Les entreprises qui vont recevoir 3 à 400 CV vont fortement porter attention aux candidatures qui leur sont recommandées. »

Noyé dans la masse

De grands groupes financiers, en particulier de la place de Zurich, confient eux recevoir le double de candidatures d’il y a un an, d’où une sélection plus stricte. « Les entreprises qui vont recevoir 3 à 400 CV vont fortement porter attention aux candidatures qui leur sont recommandées, relève Mme Donou. Il faut davantage soigner son réseau quand vous êtes dans un métier en tension comme le marketing, sinon vous serez noyé dans la masse. Ce qui ne sera pas le cas d’un développeur ou d’un expert en machine learning, un domaine où le nombre de candidats est inférieur à celui de postes disponibles. » Si le secteur bancaire et financier est le plus touché, les organisations internationales et les ONG, très concentrées à Genève, traversent également une période difficile. Le retour de Donald Trump au pouvoir aux États-Unis a entraîné des gels de recrutements, des réductions d’effectifs et de nombreux non renouvellements de contrats.

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